Un gène de l’intelligence est associé à l’autisme

Ces mutations, présentes chez un à deux autistes sur cent, diminuent significativement les compétences intellectuelles.
Photo: Jean-Philippe Ksiazek Agence France-Presse Ces mutations, présentes chez un à deux autistes sur cent, diminuent significativement les compétences intellectuelles.

En collaboration avec des chercheurs européens et états-uniens, une équipe du CHU Sainte-Justine a découvert la fonction de deux mutations affectant un même gène et qui sont associées à l’autisme. Ces mutations présentes chez un à deux autistes sur cent diminuent significativement les compétences intellectuelles.

Ces mutations ont été mises au jour en 2008 sur le chromosome 16 dans la région 11.2 à la suite d’études sur des familles d’autistes européennes et nord-américaines. « Il s’agit de mutations structurelles, puisqu’elles concernent un fragment de 28 gènes du chromosome 16. Cette région du génome est fragile et a tendance à disparaître ou à être dupliquée », précise le Dr Sébastien Jacquemont, médecin généticien au CHU Sainte-Justine qui signe avec ses collaborateurs internationaux un article à ce sujet dans le Journal of the American Medical Association (JAMA Psychiatry).

Dans la population générale, environ une personne sur mille naît avec une délétion (disparition) ou une duplication de cette région 11.2 du chromosome 16. Depuis 2008, on sait que ces mutations (délétion ou duplication) sont dix fois plus fréquentes chez les autistes que dans la population générale, puisqu’elles sont présentes chez 1,5 % des autistes. « Si vous portez cette mutation sur le chromosome 16, vous avez dix fois plus de risques de présenter des symptômes associés au diagnostic de trouble autistique », fait remarquer le Dr Jacquemont, qui est aussi professeur au Département de pédiatrie de l’Université de Montréal.

L’effet exact des mutations

M. Jacquemont et ses collègues ont voulu savoir si ces mutations altéraient spécifiquement l’intelligence et ils ont quantifié l’effet de ces mutations. Pour ce faire, ils ont fait appel à quelques centaines de familles dont au moins un membre était autiste et porteur d’une mutation sur le chromosome 16. Ils ont ensuite mesuré les compétences intellectuelles et les difficultés de tous les membres de la famille et ont comparé les résultats obtenus par ceux qui étaient porteurs de la mutation à ceux qui n’en étaient pas porteurs. « En soustrayant les difficultés rencontrées par les porteurs de celles des non-porteurs, on a pu extraire l’effet exact de la mutation », explique le clinicien chercheur. Les chercheurs ont également calculé que la délétion de la région 11.2 diminuait le QI de 25 points, tandis que la duplication le réduisait de 15 points.

Comme le QI moyen dans la population générale est de 100, la délétion l’abaissait à 75. Les chercheurs ont également remarqué que si l’enfant porteur de la mutation faisait partie d’une famille dans laquelle les non-porteurs de la mutation présentaient une légère diminution de l’intelligence (autour de 90), il pouvait écoper de l’effet cumulatif de la mutation et de la petite diminution déjà présente dans la famille, et son QI pouvait passer sous la barre des 70, qui est le seuil à partir duquel on parle de déficience intellectuelle.

L’intelligence n’est pas entièrement déterminée par les gènes, souligne le Dr Jacquemont. Mais « leur contribution demeure importante et serait de 60 à 80 % ».

Maintenant, l’équipe du CHU Sainte-Justine étudie ces mêmes mutations dans la population générale, notamment au sein d’une cohorte québécoise de Cart@gène chez laquelle on avait déjà procédé à des mesures cognitives, qui permettent d’établir la valeur du QI. « C’est beaucoup plus simple d’identifier et de quantifier la fonction d’un gène dans la population générale — même s’il faut beaucoup plus de participants qu’avec les familles d’autistes, étant donné que la mutation y est moins fréquente — parce que les enfants autistes qu’on rencontre en clinique ont tellement d’autres difficultés qui brouillent l’effet de la mutation », souligne le chercheur.

Le Dr Jacquemont rappelle que depuis 2008, des études familiales ont permis de trouver des mutations associées à l’autisme dans environ 80 régions différentes du génome, et à l’intérieur de ces régions, il y aurait des centaines de mutations différentes. « Or, chacune de ces mutations, on les retrouve chez très peu d’individus. Les mutations les plus fréquentes sont présentes chez seulement 1 % des autistes,précise le généticien. De plus, les nouvelles mutations que l’on découvre se retrouvent chez des personnes qui ont des présentations cliniques très différentes, certains vont bien alors que d’autres sont en grande difficulté. Ce qui est très perturbant pour les cliniciens. Mais il faut se rappeler que chaque mutation a un effet propre qui ne change pas, sauf qu’il s’additionne à celui des autres mutations. »

 

Des troubles « multidimensionnels »

« On se rend compte que les mutations que l’on détecte chez les enfants sont très importantes, mais elles ne contribuent qu’en partie au trouble. Il faudrait détecter toutes les mutations et voir comment elles s’additionnent », indique le chercheur avant de souligner que les troubles du spectre autistique sont « multidimensionnels et hétérogènes » et comprennent une « collection de troubles cognitifs et comportementaux ».

« La cognition et le comportement sont des modèles génétiques additifs. Par exemple, si vous avez de très bonnes compétences langagières, c’est en raison d’une série de gènes qui ont chacun un effet particulier sur le langage et dont les effets s’additionnent »,explique le chercheur.

Pour mieux comprendre l’autisme, il faudrait identifier les quelque mille mutations associées à ce trouble et mesurer l’effet de toutes ces mutations qui s’additionnent les unes aux autres. Cela implique de devoir répéter les démarches que le Dr Jacquemont et ses collègues viennent d’effectuer pour les mille autres gènes impliqués dans l’autisme. « Cela sera trop onéreux. C’est pourquoi nous avons formé un consortium international au sein duquel les chercheurs partagent leurs données et se mettent d’accord sur les façons de procéder », fait savoir le chercheur.

Chose certaine, la génétique est essentielle pour comprendre les troubles psychiatriques, comme l’autisme. « La connaissance des gènes impliqués nous permettra de comprendre les mécanismes en jeu dans la maladie, et cette compréhension permettra de mettre en place des traitements et des prises en charge plus adaptés », souligne-t-il.

3 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 28 janvier 2016 06 h 44

    C'est très intéressant ...

    Mais pourquoi y en a-t-il autant de personnes autistes? il me semble qu'il y en a beaucoup plus maintenant qu'avant disons 20 ans.

    • Olivier Milon - Abonné 29 janvier 2016 19 h 13

      Il "semble" en effet, mais rien n'est certain sur cette tendance : le spectre de l'autisme est devenu un fourre tout comme le dit le Dr Laurent Mottron

  • Eric Lessard - Abonné 29 janvier 2016 13 h 11

    L'alimentation

    Je viens de lire de livre de Nathalie Champoux «Être et ne plus être autiste». Elle a eu des résultats formidables avec ses deux enfants autistes en changeant simplement leur alimentation. En gros, il s'agit d'éviter le gluten, la casséine et le soya.

    Je ne pense pas qu'on puisse régler tous les cas avec un simple changement alimentaire, mais l'inflammation du systême gastro-intestinal semble être une bonne partie du problème.