L’oeil, ce miroir de l’âme

On dit souvent que les yeux sont « le miroir de l’âme ». Or des chercheurs québécois sont en train d’en faire la preuve scientifique. En examinant la rétine des enfants, ils pensent bientôt pouvoir détecter les risques de développer la schizophrénie et d’autres maladies mentales.

« Nous sommes à l’aube de grandes découvertes scientifiques », a déclaré lundi Yves De Konninck, le directeur du Centre de recherche à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (CRIUSMQ).

Son Centre a lancé en conférence de presse un ambitieux projet de recherche expérimentale baptisé « Hope » pour suivre les enfants de personnes souffrant de maladies mentales. Ces derniers ont 15 à 20 fois plus de risques de développer la maladie que les autres.

Pour l’humoriste P. A. Méthot, c’est une nouvelle fabuleuse. Porte-parole de l’Institut depuis quelques années, M. Méthot est lui-même atteint de bipolarité et d’un TDAH. Aujourd’hui, il vit bien avec sa maladie au point d’en faire des blagues, mais il s’inquiète pour sa fille de quatre ans. « Merci, a-t-il dit. Au nom de tous les parents qui sont atteints de maladies mentales qui, chaque matin, chaque soir, se demandent si leur enfant aura les mêmes symptômes, si leurs enfants vont grandir normalement et n’auront pas à vivre ça », a-t-il dit.

Pour l’heure, le test demeure expérimental, mais les résultats sont prometteurs. En projetant un jet de lumière dans l’oeil, on peut recueillir énormément d’informations, explique le Dr Marc Hébert. « On utilise l’oeil comme miroir du cerveau », résume-t-il. Lors du développement de l’embryon, la rétine enregistre différentes informations en provenance du cerveau, dont certaines anomalies. « On capte l’information dans la rétine un peu comme ce qu’on fait avec l’électrocardiogramme », signale-t-il.

Chez les personnes qui sont déjà malades, les chercheurs peuvent distinguer une personne atteinte de schizophrénie d’une personne qui n’en est pas atteinte dans 99 % des cas. Pour la bipolarité, le test est efficace à 98 %.

M. Hébert et ses collègues ont déjà détecté « des anomalies » chez les enfants dits « à haut risque » (au moins cinq membres de leur famille étendue sont atteints). Ils veulent maintenant raffiner leur technique et établir à partir de quel âge il est possible de le faire.

Attention, précise-t-il toutefois. « On ne peut pas arriver dans la population et mesurer tout le monde. C’est toujours le médecin qui est à la source. […] On espère que ça va s’ajouter aux outils des médecins pour dire “OK, il y a quelque chose. Ce patient-là, je vais le suivre de plus près.”»

Un outil pour faire de la prévention

 

Lundi, l’Ordre des infirmières et l’entreprise Bell ont officialisé des dons de 250 000 $ et 1 million respectivement pour accélérer la recherche. L’argent destiné au projet Hope (Horizon Parent Enfant) va permettre de tester le nouvel outil tout en offrant un suivi des enfants les plus à risque.

On cible des jeunes de 5 à 17 ans de Québec nés d’un parent atteint d’une maladie psychiatrique majeure. Les patients devront être envoyés par un médecin ou un professionnel en raison d’inquiétudes particulières. Dans la région, on estime à 12 000 le nombre d’enfants de parents atteints.

Pour le psychiatre Marc Guérin, c’est une avancée extraordinaire. « C’est une aide au diagnostic importante. Je n’ai rien vu de comparable, a-t-il déclaré en marge de l’annonce. C’est un test non invasif, qui est facile à faire. Je pense qu’on va avoir une percée extraordinaire au niveau du traitement. »

Sans régler la maladie, on pourra, selon lui, réduire ses impacts négatifs, limiter les psychoses chez les personnes qui en souffrent et augmenter leurs chances de vivre une vie normale. « Les familles vont savoir ce qui s’en vient. Par exemple, si vous avez un garçon ou une fille qui arrive à l’âge de l’université et que vous savez qu’il a un risque de développer la schizophrénie ou une maniaco-dépression, vous n’allez pas l’envoyer faire des études en Afrique du Sud, illustre le psychiatre. Vous allez vous assurer qu’il soit encadré et que, si quelque chose se produit, vous puissiez intervenir plus rapidement. »

Au-delà du diagnostic, le Dr Guérin salue les autres aspects du projet Hope qui table sur un suivi à long terme des enfants. Une équipe interdisciplinaire incluant des infirmières au rôle accru pilotera les dossiers. Ses activités doivent débuter officiellement à l’automne.

En plus de la schizophrénie et de la bipolarité, « l’électrorétinographie » est efficace pour identifier des marqueurs de dépression ou de troubles anxieux graves. Les chercheurs espèrent en faire le premier test reconnu de détection précoce de « vulnérabilité » à ces maladies.

Reste à financer la suite. « Il faut savoir que ces programmes de recherche coûtent énormément d’argent. On est rendus à 4 millions d’investissements, relève le Dr Marc Hébert. On aura à investir environ 10 millions d’ici deux ans pour arriver à développer un outil reconnu par Santé Canada avec toutes les validations. »

On ne peut pas arriver dans la population et mesurer tout le monde. C’est toujours le médecin qui est à la source. […] On espère que ça va s’ajouter aux outils des médecins pour dire: “OK, il y a quelque chose. Ce patient-là, je vais le suivre de plus près”.

C’est une aide au diagnostic importante. Je n’ai rien vu de comparable. C’est un test non invasif, qui est facile à faire. Je pense qu’on va avoir une percée extraordinaire au niveau du traitement.


 
3 commentaires
  • Sylvain Dionne - Inscrit 26 janvier 2016 09 h 17

    Précaution

    Cette technique apporte en effet beaucoup d'espoir. Mais parlant de prévention, il faudrait s'assurer que les entreprises (ex: assureurs, employeurs potentiels) ou autres institutions (ex.: universités pour les demandes d'admission) n'aient pas accès aux résultats de ces tests afin d'éviter de discriminer des personnes en bonne santé (et même celles déjà atteintes) malgré les risques dévoilés par les résultats. Comme la reconnaissance rétinienne chemine dans le domaine de l'authentification et la sécurité, on risque d'être pris avec un gros problème d'éthique bientôt si une application implémentant ces tests y est incorporé subrepticement.

  • Jacques de Guise - Abonné 26 janvier 2016 14 h 36

    Retenez-moi quequ'un

    Quand je lis de telles élucubrations, je ne peux que me rappeler les débuts honteux de la criminologie lorsque l’on s’est enfoncé totalement inutilement pendant des décennies dans le « corps du crime ». C’est-à-dire que l’apparence du corps avouait la future criminalité. Pour dénoncer quelque crime, il suffisait de l’évidence d’un trait ou la vérité d’un visage, comme la physionomie désastreuse d’un brigand, l’épaisseur des cheveux d’un vaurien, l’étroitesse d’un front, la tête difforme d’un assassin, le regard d’un escroc…… Telle a été l’origine de l’anthropométrie criminelle et ses excès.

    L’illuminé à l’origine de ce mouvement est un dénommé C. Lombroso, sommité à son époque, car il est l’un des pères-fondateurs de la criminologie scientifique, qui a publié, en 1876, L’homme criminel.

    L’anomalie de la forme du crâne ou de l’épaisseur des cheveux et l’étiquetage de criminel et l’anomalie de la rétine et l’étiquetage de TDAH.

    WOW! Toute une évolution médicale scientifique!!!

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 janvier 2016 11 h 46

      Effectivement il a de quoi s'inquiété a ce qu'une image de l'oeil puisse confirmé des maladie mentales, qui ont par définition ont des contours biens flous, et ce avec la certitude de ce qu'une radiographie peut faire d'une fracture de bras...