Est-ce vraiment une bombe H?

Les Sud-Coréens ont pu voir l’essai nucléaire qu’aurait effectué Pyongyang.
Photo: Jung Teon-Je Agence France-Presse Les Sud-Coréens ont pu voir l’essai nucléaire qu’aurait effectué Pyongyang.
Mercredi matin, la Corée du Nord prétendait avoir réussi son premier essai de bombe H. Du coup, elle se targuait d’avoir rejoint « les rangs des États nucléaires avancés ». L’acquisition d’une bombe H opérationnelle représenterait en effet une énorme avancée pour Pyongyang, mais les spécialistes doutent que l’explosion de cette semaine soit véritablement celle d’une bombe H.
 

Plusieurs indices portent à croire que les prétentions de la Corée du Nord sont infondées. La magnitude et la signature du séisme engendré par l’explosion survenue dans un complexe souterrain niché dans une vallée encaissée bordée de hautes montagnes à Punggye-ri, et détecté en Corée du Sud ainsi qu’en Chine, indiquent en effet que le régime de Kim Jong-un n’a pas fait éclater une bombe H ou thermonucléaire, mais plutôt une bombe atomique conventionnelle, résultant d’une fission nucléaire, ou tout au plus une « bombe à fission dopée ».

Une bombe atomique conventionnelle, ou bombe A, fait appel à la technique de fission qui consiste d’abord à casser le noyau d’un atome en le bombardant à l’aide d’un neutron. Cette fission nucléaire induit la production de radiations et de nouveaux neutrons, qui à leur tour font éclater d’autres atomes provenant de matières instables, comme l’uranium et le plutonium, induisant ainsi une réaction en chaîne qui libère une énergie considérable.

La bombe atomique que les Américains ont larguée sur Hiroshima le 6 août 1945 était à l’uranium 235, tandis que celle qui a explosé sur Nagasaki deux jours plus tard était au plutonium 239.

Une bombe à hydrogène, ou bombe thermonucléaire, repose quant à elle sur la technologie de fusion qui vise à réunir des noyaux d’atomes, en l’occurrence des noyaux d’hydrogène, comme cela se produit au coeur des étoiles. Et comme la fusion nucléaire requiert beaucoup d’énergie, on provoque d’abord une petite réaction de fission qui permet d’en produire une quantité suffisante.

Les bombes H seraient au moins 1000 fois plus puissantes que les bombes A. Les deux plus grosses bombes H ayant été testées à ce jour sont Castle Bravo en 1954 — mise au point par les États-Unis —, qui était dotée d’une puissance de 15 000 kilotonnes ou 15 mégatonnes (une kilotonne correspondant à 1000 tonnes de TNT), et Tsar Bomba, en 1961, développée par l’Union soviétique et dont la puissance est estimée à 57 mégatonnes, soit l’équivalent de 3800 bombes de type Hiroshima.

Une bombe dopée

Une bombe atomique dite dopée, comme celle que les Nord-Coréens ont vraisemblablement expérimentée cette semaine, n’est pas considérée comme une arme thermonucléaire, et sa puissance destructive n’a rien à voir avec celle d’une bombe H. Elle fonctionne sur le même principe de fission que la bombe A. Sauf qu’on ajoute une petite quantité de tritium, un isotope radioactif de l’hydrogène, dans le coeur de la bombe, ce qui contribue à accroître la puissance de l’explosion.

Les États-Unis ont été les premiers à tester ce procédé en 1951 avec la bombe Item, qui était d’une puissance de 46 kilotonnes, alors que celle d’Hiroshima était de 15 kilotonnes, et celle de Nagasaki, de 17 kilotonnes. Puis, c’est en 1953 que l’Union soviétique a fait l’essai de Joe 4, une bombe atomique dopée de 400 kilotonnes.

Le fait que la bombe H comporte une fission nucléaire comme amorce la rend beaucoup plus complexe à produire que la bombe A. Seuls cinq pays possèdent officiellement cette arme thermonucléaire : les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la Chine et la France. Quatre autres pays, que l’on sait en possession de bombes atomiques conventionnelles, prétendent avoir réussi à mettre au point une bombe H, mais de telles revendications de la part de l’Inde, du Pakistan, d’Israël et de la Corée du Nord n’ont jamais été confirmées.

Traité

En 1996, plusieurs pays ont élaboré le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, qui prohibe tout essai nucléaire ou tout autre type d’explosion nucléaire, que ce soit à des fins pacifiques ou miliaires, dans quelque environnement que ce soit. À ce jour, 183 pays ont signé ce traité, qui a prévu la mise sur pied d’un système de surveillance international, coordonné par l’ONU, et destiné à détecter tout signe d’explosion nucléaire sur la planète.

Ce réseau comprend 282 stations de contrôle installées à des endroits stratégiques autour du monde. Certaines stations sont équipées de sismographes qui enregistrent les ondes de choc souterraines qui peuvent être provoquées par des tremblements de terre et des explosions atomiques.

D’autres stations, dites hydro-acoustiques, sont munies de microphones sous-marins et de sismographes qui détectent les ondes sous-marines ayant été engendrées par une explosion sous-marine. D’autres stations encore sont pourvues d’appareils dotés de senseurs de pression acoustique qui permettent de percevoir les ondes sonores de très basses fréquences associées à la détonation d’une explosion atomique. Et environ 80 stations prélèvent des échantillons d’air qui pourraient contenir des traces de particules radioactives ou de gaz rares.

C’est d’abord l’activité sismique induite par l’explosion de la « supposée bombe H » en Corée du Nord qui a été détectée par le système de surveillance. Mardi, à 10 h 00 heure locale, une station de Mudanjiang, en Chine, a enregistré un séisme d’une magnitude de 5,1, ayant pris naissance à environ 20 km de Sungjibaegam, en Corée du Nord. En examinant attentivement les ondes sismiques, les experts ont alors compris de quoi il s’agissait.

Surface et volume

On reconnaît deux types d’ondes sismiques : d’une part, des ondes de surface qui voyagent à travers la surface de la Terre, et d’autre part, des ondes de volume qui se propagent à l’intérieur du globe et qui se divisent en ondes primaires (ondes P) qui sont similaires aux ondes sonores, et en ondes secondaires (ondes S), ou de cisaillement, qui sont semblables à celles qui se forment lorsqu’on secoue le bout d’une corde.

Les tremblements de terre et les explosions génèrent une combinaison de ces différents types d’onde, mais la proportion de chacune d’elles fournit une bonne indication de la nature de leur source.

Ainsi, les explosions se distinguent des tremblements de terre par le fait qu’elles génèrent de fortes ondes P au cours de la première minute suivant l’explosion et ensuite de faibles ondes S, tandis que ce sont des ondes S qui dominent lors d’un séisme naturel. Un tremblement de terre découle du glissement des deux surfaces rocheuses d’une faille, ce glissement constitue un pur mouvement de cisaillement, caractéristique des ondes S.

La profondeur à laquelle les ondes sont détectées — les tremblements de terre étant détecté à des kilomètres de profondeur — ainsi que la période et la fréquence des ondes constituent aussi des éléments susceptibles d’aider à différencier une explosion d’un séisme.

La signature

Également, les experts ont affirmé que la signature sismique de l’explosion de cette semaine était très similaire à celle enregistrée en 2013 lors du dernier essai nucléaire effectué par la Corée du Nord, lequel n’avait pas été revendiqué comme celui d’une bombe H.

L‘explosion d’une bombe H sous l’île Amchitka, en Alaska, en 1971, par les États-Unis avait provoqué des ondes de choc gigantesques qui avaient érigé sur leur passage des collines s’affaissant l’instant d’après, et avait induit un soulèvement colossal de roches et de terre dans les airs, la chute de grands pans de falaises dans la mer et l’ouverture de larges crevasses sur les routes avoisinantes.

Or, cette explosion provoqua alors un événement sismique d’une magnitude de 6,8, alors que la Corée du Sud estime que la détonation de la bombe nord-coréenne de cette semaine n’était que de 4,8 sur l’échelle logarithmique de Richter, relatait jeudi le New York Times. Kenneth W. Ford, un physicien américain ayant participé à la mise au point de la première bombe H aux États-Unis et qui a publié l’an dernier ses mémoires à ce sujet, ne peut croire qu’« une bombe thermonucléaire ait pu provoquer un si faible signal sismique ».

L’armée de l’air américaine a prévu d’envoyer son avion renifleur autour de la Corée du Nord dans le but de recueillir des échantillons d’air qui pourraient révéler la présence de débris radioactifs.

Pour sa part, le Japon a annoncé hier que trois avions partis collecter des échantillons d’air étaient rentrés bredouilles. Tokyo a indiqué n’avoir constaté aucun changement dans le niveau de radioactivité au-dessus de son territoire.

Chose certaine, même si la Corée du Nord n’a pas fait exploser de bombe H, elle subira de sévères sanctions.

1 commentaire
  • Geneviève Rouleau - Abonné 9 janvier 2016 09 h 26

    Que de bêtise...

    Le procelet s'amuse, en obligeant le peuple famélique à applaudir. Il me lève le coeur.