L’anonymat est-il en voie de disparition?

La base de données d’images la plus importante au monde appartient à Facebook et elle est alimentée à longueur de journée par les utilisateurs eux-mêmes. 
Photo: Martin Dimitrov Istock La base de données d’images la plus importante au monde appartient à Facebook et elle est alimentée à longueur de journée par les utilisateurs eux-mêmes. 

Les technologies de reconnaissance faciale, de plus en plus performantes, sont capables aujourd’hui d’identifier une personne en comparant son visage à des bases de données de millions de photos provenant de caméras de vidéosurveillance, d’appareils photo numériques, de téléphones intelligents et de caméras vidéo corporelles portées par la police.

Utilisés dans les lieux publics, ces appareils jouent un rôle dissuasif et permettent d’identifier l’auteur d’un crime ou d’un acte terroriste. Et les immenses bases de données constituées par les États se justifient pour des raisons sécuritaires. L’atteinte à la vie privée est un effet secondaire, un dommage collatéral, car ces photos sont prises à notre insu et sans notre consentement.

Cependant, la base de données d’images la plus importante au monde n’a pas été constituée par un gouvernement. Elle appartient à Facebook et elle est alimentée à longueur de journée par les utilisateurs eux-mêmes. Ils téléchargent des centaines de millions de photos sur le réseau social et identifient volontairement les visages de leurs amis.

Facebook s’améliore

Selon un document publié en juillet 2015, les 1,15 milliard d’utilisateurs du réseau social téléchargent 350 millions de nouvelles photos tous les jours. Cela représente 217 photos par personne. À titre de comparaison, le Programme d’identification de nouvelle génération (NGI) du FBI devrait atteindre 51 millions de photos d’ici la fin de 2015, et la police britannique, avec ses 5 millions de caméras de télésurveillance, compte 18 millions de photos de personnes dans sa base de données.

Facebook continue d’améliorer sa technologie. Son nouvel algorithme est capable de reconnaître avec une fiabilité de 83 % une personne dans une image, même si son visage est dissimulé, en se basant sur sa posture corporelle. Le logiciel recherche des caractéristiques uniques, comme la coiffure, les vêtements portés, la forme du corps et sa position. Les mêmes indices qui nous permettent de reconnaître instinctivement quelqu’un de loin, de profil ou de dos.

Un jour, nous pourrons prendre une photo d’un parfait inconnu et l’identifier sur Internet. Ce sera le dernier clou dans le cercueil de l’anonymat.

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 4 janvier 2016 00 h 32

    Au su et au vu de tout le monde, pourquoi pas

    D'une certaine facon, je le croirais, mais ce n'est pas pour tout le monde, il y a peu de religions dont les temoignages sont publiques, combien de gens sont capables de vivre au su et au vu, de tout le monde, mais je crois qu'il y a de plus en plus de gens qui peuvent y parvenir, car il y a de plus en plus de fonctions et de travaux qui exigent ces aptitudes, n'est ce pas en éducation, ce que l'on appelle un maitre, dommage qu'avec le temps ca ce soit perdu, j'ai la conviction que ca va revenir sous d'autres formes

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 4 janvier 2016 09 h 17

    … problèmes d’anonymat ?

    « Un jour, nous pourrons prendre une photo d’un parfait inconnu et l’identifier sur Internet. Ce sera le dernier clou dans le cercueil de l’anonymat. » (Émily Turrettini, Le Temps)

    Fin ou pas de l’anonymat, l’important est de poursuivre le chemin qu’il plait de choisir ; un chemin de vie ou de mort !

    En effet, l’autre jour un ami m’a envoyé une photo qui, me représentant assis en-train de lire un livre, provenait d’un des moteurs de recherche, et j’en étais surpris !

    De ce genre de situation, où sont numérisées tout autant la vie quotidienne que les personnes qui l’accompagnent ou l’activent, le monde de l’anonymat ne peut rien faire contre de possibles médisances publiques ou privées sur les personnes, quand bien même qu’elles apparaîtraient dans les nouvelles de l’actualité judiciaire ou politique, nécrologique … !

    De ce qui précède, que faire ?

    Vaut-il mieux lire un livre tranquille que de vivre des …

    … problèmes d’anonymat ? - 4 jan 2016 -