Le cancer, plus qu’une question de malchance

Des facteurs environnementaux et non la simple malchance seraient responsables de 70 à 90 % du risque de développer certains cancers, indiquent les résultats d’une étude publiée dans la dernière édition de la revue Nature.

Cette conclusion, à laquelle sont arrivés des chercheurs de l’Université d’État de New York à Stony Brook, vient rejeter la controversée « hypothèse de la malchance » proposée en janvier dernier par deux chercheurs de l’Université Johns-Hopkins dans la revue Science. Cristian Tomasetti et Bert Vogelstein avançaient en effet que des mutations aléatoires, c’est-à-dire les erreurs survenant lors de la réplication de l’ADN au moment des divisions des cellules souches, seraient en grande partie responsables de l’apparition du cancer.

Ces mutations de la « malchance », comme ils les qualifient alors, seraient à l’origine d’un plus grand nombre de cancers — environ les deux tiers — que les facteurs héréditaires et environnementaux. Cette conclusion avait fait grand bruit à l’époque, puisqu’elle suggérait que peu pouvait être fait pour prévenir la plupart des cancers.

Or, les chercheurs de Stony Brook font remarquer que les mutations affectant les cellules souches peuvent aussi bien être provoquées par des facteurs externes, comme les rayons ultraviolets et les carcinogènes de la fumée de cigarette, et que ces mutations extrinsèques vont se perpétuer également lors des divisions cellulaires.

Yusuf Hannun et ses collègues de Stony Brook affirment que de nombreuses études épidémiologiques ont démontré que le risque de développer plusieurs cancers est en grande partie attribuable à des expositions environnementales. À preuve, « l’incidence des cancers du sein et de la prostate présente de grandes variations géographiques. L’incidence du cancer du sein est en effet cinq fois plus élevée en Europe de l’Ouest qu’en Asie de l’Est et que dans le centre de l’Afrique. L’incidence du cancer de la prostate est 25 fois plus élevée en Australie et en Nouvelle-Zélande que dans des régions du sud et du centre de l’Asie », écrivent ces scientifiques dans Nature. Ils soulignent d’ailleurs que les personnes qui immigrent dans un pays où l’incidence du cancer est supérieure à celle de leur pays d’origine voient leur risque de cancer s’accroître au niveau observé dans leur pays d’accueil.

Régime alimentaire

D’autres études épidémiologiques indiquent que plus de 75 % du risque de développer le cancer colorectal est attribuable au régime alimentaire, qu’au moins 75 % des cancers de l’oesophage, de la tête et du cou sont causés par le tabac et l’alcool, qu’entre 65 et 85 % des mélanomes, ainsi qu’environ 90 % des cancers de la peau autres que le mélanome, soient les carcinomes basocellulaires et les carcinomes squameux, sont imputables au rayonnement ultraviolet du soleil.

Il est aussi clairement reconnu que certains pathogènes peuvent augmenter le risque de certains cancers. Par exemple, le virus du papillome humain est responsable de 90 % des cas de cancer du col de l’utérus et de l’anus, et de 79 % des cas de cancer de l’oropharynx. Les hépatites B et C comptent pour environ 80 % des cas de cancer du foie et la bactérie Helicobacter pylori serait responsable de 65 à 80 % des cas de cancer de l’estomac, relatent les chercheurs tout en indiquant que ces facteurs sont souvent modifiables en changeant de style de vie et par la vaccination.

Dans leur article, ils citent également les données accumulées entre 1973 et 2012 dans le cadre du programme Surveillance, Epidemiology and End Results (SEER) aux États-Unis, lesquelles donnés démontrent que l’incidence de plusieurs cancers (de la thyroïde, du rein, du foie, du thymus, du petit intestin, de l’anus, testiculaire et anorectal, le lymphome non hodgkinien extraganglionnaire, le mélanome) s’est continûment accrue et que leur incidence actuelle est substantiellement plus élevée que celle qu’ils présentaient il y a 40 ans. L’augmentation de la mortalité par cancer du poumon entre 2011 et 1930 montre que le risque de développer ce cancer a été multiplié par 15. Tous ces exemples suggèrent qu’une grande proportion du risque est attribuable à des changements dans l’environnement, souligne Yusuf Hannun.

Les chercheurs de Stony Brook ont également analysé les signatures laissées dans le génome des différents cancers par les différents processus mutagènes. Ils ont relevé une trentaine de signatures différentes parmi les divers cancers, dont deux seulement étaient vraisemblablement générées par des processus intrinsèques étant donné que leur nombre augmentait de façon constante au cours de la vie. Les autres signatures avaient des taux d’apparition variables au cours de la vie ou avaient déjà été associées à des facteurs de risque connus, comme le rayonnement UV et le tabagisme.

L’équipe de M. Hannun a observé que très peu de cancers présentaient une grande proportion (plus de 50 %) de signatures découlant de mutations intrinsèques, et que la majorité des cancers avaient accumulé des signatures dues à des mutations extrinsèques : jusqu’à 100 % des signatures pour les mélanomes, ainsi que les cancers du poumon et de la thyroïde, et de 80 à 90 % pour les cancers utérin, colorectal et de la vessie. Une autre observation indiquant l’importante contribution des carcinogènes dans le développement de la plupart des cancers.

La clé de la prévention

Les chercheurs de New York ont aussi démontré, à l’aide d’un modèle mathématique, que le nombre de mutations intrinsèques qui se produisent spontanément lors de la division cellulaire n’est pas suffisant pour obtenir « le minimum de trois à quatre mutations dans une même cellule qui est nécessaire pour que cette cellule devienne cancéreuse ».« Si on ne considérait que le rôle des mutations intrinsèques, personne ne développerait de cancer. Il faut absolument que des facteurs externes viennent accélérer le taux de mutation », explique M. Hannun.

 

« Les quatre approches que nous avons utilisées nous ont donné des réponses similaires, indiquant toutes que les facteurs extrinsèques, qu’ils soient environnementaux, bactériens ou viraux, sont très importants, beaucoup plus importants que les facteurs intrinsèques, dans l’apparition des cancers, a résumé M. Hannun. Nos approches nous ont permis d’estimer que la contribution des facteurs extrinsèques dans l’émergence de la plupart des cancers courants atteint plus de 70 à 90 %. Toutefois, nous ne connaissons pas encore les facteurs extrinsèques qui interviennent dans l’apparition de plusieurs types de cancer, et par conséquent, nous ne savons pas si nous pouvons les modifier ou pas. »

« Chose certaine, nos résultats devraient inciter les pays à investir dans les recherches visant à élucider les causes des cancers, à déceler les facteurs environnementaux qui en sont responsables et à concevoir des programmes de prévention », souligne M. Hannun.

Les facteurs extrinsèques, qu’ils soient environnementaux, bactériens ou viraux, sont très importants, beaucoup plus importants que les facteurs intrinsèques, dans l’apparition des cancers

16 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 16 décembre 2015 21 h 42

    Investir dans la recherche

    « Chose certaine, nos résultats devraient inciter les pays à investir dans les recherches visant à élucider les causes des cancers, à déceler les facteurs environnementaux qui en sont responsables et à concevoir des programmes de prévention », souligne M. Hannun.

    Bien oui, et ça va changer quoi que l'on sache que nous sommes entouré de merde. De l'air qu'on respire à la bouffe qu'on donne aux animaux et celle qu'on mange, tout cela rempli d'antibiotique et de pesticides cancérigènes. Ça prends pas de longue recherche pour savoir ou est le problème si on veut le trouver.

    Est-ce que les papous qui vivent en Amazonie sans crème solaire meurent tous du cancer de la peau, ont-ils tous le cancer de la prostate, du sein et du colon étant donné qu'ils vivent comme des colons sans pharmacie Jean Coutu pour se protégé et se soigné. De plus ils ont pas de grands hopitaux universitaires qui cherchent des solutions pour trouver de l'argent et faire de la recherche pour les pharmaceutiques qui eux veulent vendre de pilules miracles.

    Nous sommes supposé vivre dans le meilleur environnement comparer à eux et pourtant je n'en suis pas trop sur. Qu'en pensez-vous les chercheux, faudrais-tu chercher ailleurs que dans le colon pour trouvé à le guérir pour vrai. On s'en sort assez bien quand même, c'est juste plate de réalisé qu'il y a de plus en plus de jeunes qui sont affecté par la merde qui nous entoure.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 17 décembre 2015 08 h 22

      Ce matin huit heures et des poussières...
      J'ai telllement ri...au troisième paragraphe (les papous) que je crois
      être immunisée pour la journée contre tous ces malheurs annoncés.
      merci...

      Je sais par contre que ça tombe sous le sens, si entre 1930 et 2011
      le cancer du poumon a augmenté de façon exponentielle, c'est que la population mondiale a augmenté elle aussi...cause à effet ou effet à cause.

    • Yves Corbeil - Inscrit 17 décembre 2015 11 h 30

      Les études, la recherche et les statistiques ont leurs faits dire ce que l'on veut bien quand ont cherche des sous pour creuser autour du vrai problème. Il faut faire fonctionner les économies, c'est tout ce qui compte pour la prospérité de ceux qui veulent notre bien-être. Peut-être devraient-ils travailler sur la mutation accélérer vers des branchies pour notre espèce car avec le réchauffement on en aura bientôt besoin et la terre n'est-elle pas composé d'eau à 75%.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 17 décembre 2015 04 h 30

    La pétrochimie ?

    Les déversements de milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve pourraient-ils être une cause de cancer?
    Le pétrole sale d'Alberta qui circule dans nos municipalités entre les écoles malentretenues et les terrains de jeux de nos enfants, pourraient-ils être la cause des enfants atteint du cancer ?
    Comme la commission Charbonneau il y aura dissidence, parceque le gouvernement libéral est notre grand leader.

  • Jean-Paul Michon - Inscrit 17 décembre 2015 06 h 13

    Les progrès de la médecine

    Les progrès de la médecine et de la recherche devraient amener la société à être plus drastique pour le respect de l'environnement et de la Mère Terre. Notre médecin de famille disait à mes parents quand j'étais petit: Le Cancer avance avec l'asphaltage des routes. Le problème, c'est que les intérêts financiers des grandes entreprises polluantes priment sur la qualité de la vie. Il suffit de penser à des entreprises comme Dow Chemical ou Monsanto pour savoir qu'elles sont infiltrées dans tous les rouages de l'État pour pouvoir continuer à oeuvrer sans être déranger, un peu à l'image de l'Opus Dei. Il serait nécessaire de changer les mentalités complices.
    Merci de nous informer et rendez-vous dans 10 ans pour savoir si cet article a fait changer nos habitudes.

  • François Beaulé - Inscrit 17 décembre 2015 07 h 08

    Le hasard n'existe pas

    Il y a toujours des causes qui expliquent des effets. Faire appel au hasard est une échappatoire face à la difficulté d'établir les causes d'un phénomène. L'hypothèse du hasard est anti-scientifique.

    Que Cristian Tomasetti et Bert Vogelstein de l’Université Johns-Hopkins se le tiennent pour dit. Et tous les scientifiques.

    • Pierre Hélie - Inscrit 17 décembre 2015 19 h 39

      Avez-vous une ligne directe avec le Créateur pour être si affirmatif? Les rétrovirus oncogènes des animaux peuvent s'insérer un peu partout dans le génome (des millions de site), de façon aléatoire sauf preuve du contraire; s'ils s'insèrent par exemple à côté d'un proto-oncogène cellulaire, ils peuvent l'aciver et causer un cancer. Plus il y a de particules rétrovirales, plus la chance d'une mutation menant au cancer est grande. Je crois que pour les mathématiciens et physiciens, le hasard n'existe pas, mais peut-être existe-t-il en biologie? Appellé à commenter les affirmations des "scientifistes" (ceux qui ont remplacé la religion par la science; mon interprétation) qui affirment que la possibilité d'un "être supérieur" ou quelque chose du genre est impossible car incompatible avec la science, Einstein disait qu'il trouvait ces gens plutôt prétentieux compte tenu de notre ignorance abyssale...

  • Marie-Élaine Banville - Abonnée 17 décembre 2015 08 h 07

    Contrôler son environnement intérieur

    Contrôler son environnement extérieur peut être difficile, car trops vaste. Par contre contrôler son environnement intérieur, notre maison, peut diminuer nos contacts avec une multitude d'irritants. La SCHL mentionne que la population canadienne passe 90% de sont temps à l'intérieur. Si nous voulont améliorer notre qualité d'environnement intérieur, il faudrait se soucier davantage des polluants qu'on y incère volontairement, tel le formaldéhyde de nos armoires, le cov dans nos peintures, les produits ignifuges dans nos meubles, les produits nettoyants et leur composition ultrachimique, les champs électromagnétiques (compteur, wifi, micro-onde), etc. en plus de la présence de moisissures et de radon, conséquence d'un bâtiment déficient. Je pense qu'il faut avant tout se responsabiliser et prendre conscience que nous pouvons faire notre part chez soi pour dimininuer nos risques de cancer.

    • Yves Corbeil - Inscrit 17 décembre 2015 16 h 30

      Je ne veux pas être insultant ou méchant loin de moi cette pensée mais votre message semble tout droit sorti d'un salon ésotérique.

      90% du temps à l'intérieur? une publicité de la société central d'hypothèque et logement surement.

      Je prends soin de mon environnement immédiat comme une grande majorité mais je n'ai pas encore réussi à avoir une basse cour et un jardin sur mon balcon pour me nourrir. Et garder les fenêtres fermées en permanence ce n'est pas une option non plus. Le problème est extérieur et pénètre l'intérieur malgré toutes les précautions prises.

      On peut réduire un peu beaucoup dans son immédiat mais ça restera insignifiant face à l'industrie pense seulement en $.