Apprendre en répétant, en répétant à deux

De nouvelles données montrent que répéter tout haut une information en présence d’un interlocuteur joue un rôle clé dans la mémorisation.
Photo: iStock De nouvelles données montrent que répéter tout haut une information en présence d’un interlocuteur joue un rôle clé dans la mémorisation.

Les élèves qui peinent à retenir leurs notes d’histoire et les conjugaisons du passé simple et du subjonctif devraient les répéter à voix haute devant une autre personne, indiquent les résultats obtenus par une équipe de l’Université de Montréal.

On savait déjà que répéter tout haut une information induit un meilleur souvenir que lorsqu’elle est simplement lue en silence, mais ces nouvelles données montrent que le faire en présence d’un interlocuteur joue un rôle clé dans la mémorisation.

L’étudiant Alexis Lafleur et le professeur Victor Boucher du département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal ont voulu vérifier le rôle joué par les informations sensori-motrices générées lors de la production orale d’une information dans sa mémorisation. Pour ce faire, ils ont demandé à 44 étudiants francophones de l’Université de Montréal d’apprendre par quatre méthodes différentes une liste de mots dissyllabiques de la langue française qui leur étaient présentés sur un écran.

Dans un premier temps, les participants devaient retenir les mots qui s’affichaient sur l’écran en imaginant qu’ils les lisaient à voix haute. Dans un second temps, ils devaient articuler les mots silencieusement en remuant les lèvres. La troisième méthode consistait à les prononcer à voix haute. En quatrième lieu, ils les répétaient à voix haute en regardant l’expérimentateur. Après une activité de distraction d’une quinzaine de minutes consistant en des questions de connaissance générale, les participants devaient retrouver les mots qu’ils avaient prononcés parmi une liste incluant des mots qui ne leur avaient jamais été présentés.

Durant les différentes conditions d’apprentissage, les participants portaient un casque d’écoute diffusant un bruit blanc dans le but d’éliminer la rétroaction auditive de leur propre voix qui est reconnue pour avoir un effet positif sur la mémorisation.

Parler pour mieux mémoriser

Les chercheurs ont alors observé que la synchronisation labiale (lip sync) consistant à prononcer silencieusement les mots permettait de se souvenir des mots significativement mieux que lorsqu’ils n’avaient été que répétés mentalement. Les prononcer à voix haute aboutissait à des performances encore meilleures que celles induites par la synchronisation labiale. Mais, étonnamment, le fait de regarder une personne pendant leur lecture à voix haute permettait une mémorisation encore meilleure.

Articuler silencieusement les mots a permis de mieux les retenir que simplement les passer en revue intérieurement en raison de « la mobilisation des articulations [de la bouche] qui envoie des influx sensori-moteurs au cerveau », fait remarquer Victor Boucher. « Répéter à voix haute mobilise en plus les cordes vocales, qui ajoutent d’autres effets sensori-moteurs contribuant à accroître encore davantage la mémorisation. Le fait de s’adresser à quelqu’un pendant qu’on prononce les mots mobilise également l’attention et ajoute un contexte de communication. »

Les chercheurs ont toutefois remarqué que lorsque les participants devaient apprendre des séquences de deux syllabes ne se référant à aucun mot de la langue française, la présence d’un interlocuteur lors de l’apprentissage n’améliorait pas la mémorisation. Seule la mobilisation articulatoire avait un impact, qui était toutefois le même que les mots soient articulés en silence, à voix haute ou en contexte de communication.

« Lorsque les participants n’avaient pas l’impression de communiquer avec quelqu’un, parce qu’ils répétaient des séquences de syllabes sans sens qui ne servent pas à communiquer, l’effet additionnel de ce contexte sur la mémorisation n’était plus là. L’effet particulier [et cumulatif] des divers contextes d’apprentissage n’apparaissait que quand les unités lexicales présentées étaient connues et donc déjà stockées en mémoire », précise M. Boucher qui explique cette différence entre l’apprentissage de mots connus et de syllabes quelconques par le fait que « répéter des mots déjà présents en mémoire n’est pas “un geste moteur anodin comme pour les syllabes sans sens, car on réactive des mots qui s’accompagnent de tout un univers sensori-moteur”» qui s’est constitué lors de l’intégration de ces mots dans notre vocabulaire. Et comme ces mots nous servent avant tout à communiquer, les répéter dans un contexte communicatif renvoie à la situation de communication dans laquelle on les utilise, en plus de mobiliser toute la mémoire épisodique qui leur est associée, ce qui permet de s’en souvenir davantage.

De plus, « des études d’imagerie cérébrale ont montré que des tâches sollicitant l’attention visuelle augmentent la connectivité entre le cervelet et le cortex visuel, le cortex pariétal ainsi que certaines parties du cortex préfrontal », précisentles deux chercheurs dans l’article qu’ils ont publié dans la revue Consciousness and Cognition.

Nos jeunes qui ont beaucoup d’informations à mémoriser peuvent retenir de cette étude qu’« en multipliant les événements sensori-moteurs, [ils pourront] accroître [leur] mémorisation ».

3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 14 décembre 2015 10 h 19

    Bonne vieille méthode

    De même, les chansons apprises en chantant en choeur dans notre enfance ne sont jamais oubliées. Tandis que l'info lue sur Wikipédia redisparait de ma mémoire en deux jours, les notions de géo ou d'histoire apprises à dix ans sont toujours là.

  • Andrée Le Blanc - Abonnée 14 décembre 2015 19 h 50

    Hommage aux pédagogues d'autrefois

    Je n'ai pu que penser à ma mère, en lisant le résumé de recherche livré par Mme Gravel. Sa persévérance à demander ses leçons, à faire épeler sa fille qui n'avait hâte qu'à aller jouer, a certainement compté pour beaucoup dans ma faculté de retenir ce qu'on m'enseignait. Son intérêt pour les apprentissages de ses enfants a été un tremplin incroyable: s'adresser à elle pour mieux nous rentrer dans la tête ce que nous apprenions à l'école fonctionnait fort bien. Tant mieux que la science mette à l'épreuve ce que conseillaient nos profs d'autrefois et que relayaient si bien nos mères !

  • René Pigeon - Abonné 16 décembre 2015 18 h 50

    L’introverti tire un plus grand avantage que l’extroverti ?

    Il serait intéressant de savoir si un élève introverti tire un plus grand avantage que l’extroverti (tel que défini par Myers-Briggs) de ce phénomène.