La fumée de cigarette est détectée dans le sang cinq ans après la naissance des enfants

Photo: Getty Images

Les enfants nés de mères ayant fumé durant leur grossesse gardent dans leur sang des traces de cette exposition à la fumée de tabac pendant au moins les cinq premières années de leur vie. Cette découverte effectuée par des chercheurs de l’Université Johns Hopkins, à Baltimore, devrait aider à confirmer que ces traces favorisent le développement de maladies chroniques plus tard dans la vie de l’enfant, ou du moins qu’elles indiquent la probabilité de leur apparition.

Il y a deux ans, un groupe de chercheurs qui avait examiné le sang de cordon ombilical de nouveau-nés avait trouvé de plus nombreuses modifications épigénétiques chez les nourrissons dont la mère avait fumé durant la grossesse, que chez ceux qui n’avaient pas été exposés à la fumée. L’épigénétique est unecouche d’informations situées au-dessus des gènes et qui indiquent si ces gènes seront exprimés ou réprimés.

L’environnement et nos comportements peuvent induire des modifications de l’épigénome, que l’on appelle marques épigénétiques, lesquelles se présentent le plus souvent sous la forme de groupements méthyleapposés sur l’ADN et qui conduisent à l’inactivation des gènes.

Cette fois, Daniele Fallin et ses collègues de l’Université Johns Hopkins ont analysé le sang de 572 enfants âgés de trois à cinq ans. Plus précisément, ils ont regardé les mêmes 26 sites du génome qui avaient été associés à une exposition prénatale à la fumée de tabac dans le sang de cordon ombilical. Chez les enfants qui avaient été exposés au tabagisme de leur mère durant la gestation, ils y ont observé les mêmes patrons de méthylation de l’ADN que chez les nouveau-nés.

De plus, ces marques épigénétiques étaient présentes à la suite de diverses intensités d’exposition. Les chercheurs ont remarqué que l’ampleur des modifications de la méthylation était proportionnelle à la dose — soit à l’intensité de l’exposition — uniquement sur une dizaine des 26 sites. Sur la plupart des sites, les différences observées dans la méthylation entre une consommation d’une à dix cigarettes par jour et une consommation supérieure à dix cigarettes quotidiennement étaient minimales.

Les plus grands écarts sont apparus entre le groupe d’enfants n’ayant pas été exposés au tabagisme et celui ayant été exposé à la fumée d’une à dix cigarettes par jour. De plus, les enfants dont la mère avait été exposée uniquement à la fumée secondaire durant sa grossesse, ou qui avait cessé de fumer durant le premier trimestre de sa grossesse, présentaient de très modestes changements dans la méthylation de certains des 26sites génétiques étudiés.

Somme toute, « nos observations suggèrent que les différences dans les patrons de méthylation induites par une exposition prénatale au tabac sont toujours détectables plus tard durant l’enfance […] et qu’elles prédisent précisément une exposition prénatale à la fumée de tabac », soulignent les chercheurs dans la revue Environmental Research. Ces derniers croient que des signatures épigénétiques pourraient être trouvées pour d’autres types d’exposition prénatale susceptibles d’affecter la santé de l’enfant des décennies plus tard.

1 commentaire
  • Yves Corbeil - Inscrit 25 novembre 2015 08 h 57

    Cibler ses combats

    Moi aujourd'hui, je m'inquièterais plus avec l'environnement, les pesticides dans l'agriculture et les antibiotiques donné aux animaux qui se retrouvent dans la nappe phréatique et ensuite dans nos assiettes.

    Le vice d'un parent est insignifiant comparer aux vices du profit industriel et ses commettants.