L’aérospatiale prend le virage vert

Pierre Vallée Collaboration spéciale
L’ICIA a décidé d’approcher l’aérospatiale dans une perspective plus large que les seuls domaines du génie et de l’informatique. Un étudiant en sciences environnementales pourrait s’intéresser à pollution sonore générée par les aéroports en milieu urbain.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’ICIA a décidé d’approcher l’aérospatiale dans une perspective plus large que les seuls domaines du génie et de l’informatique. Un étudiant en sciences environnementales pourrait s’intéresser à pollution sonore générée par les aéroports en milieu urbain.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

L’Institut de conception et d’innovation en aérospatiale (ICIA) de l’Université Concordia a pour mission d’effectuer des recherches en aérospatiale et de former les futurs spécialistes du domaine. Récemment, l’ICIA a choisi d’élargir son mandat et de mettre l’accent sur l’aérospatiale verte.

Les recherches menées au sein de l’ICIA ont deux origines. Elles peuvent être mises en place par les professeurs-chercheurs, accompagnés de leurs étudiants, ou elles peuvent répondre à des demandes spécifiques des acteurs du secteur de l’aérospatiale. « Lorsque les recherches répondent à des demandes de l’industrie, elles sont financées par le Consortium de recherche et d’innovation en aérospatiale au Québec, un partenariat entre les entreprises de l’aérospatiale et les universités québécoises, explique Christian Moreau, directeur de l’ICIA. Par contre, lorsque les recherches sont initiées par un de nos professeurs-chercheurs, ce sont des recherches de premier niveau que l’on peut financer par nos fonds propres. Mais dès que ces recherches prennent de l’ampleur, nous cherchons toujours à les réaliser en partenariat avec l’industrie aérospatiale. »

La seconde mission de l’ICIA est celle de la formation. « Nous cherchons à recruter les étudiants en génie qui présentent un bon potentiel pour travailler en aérospatiale, explique Nadia Bhuiyan, directrice de l’éducation à l’ICIA. Les étudiants qui se joignent à l’ICIA participent aux recherches menées par nos professeurs-chercheurs. Mais ils ont aussi la possibilité d’effectuer des stages en entreprise, où ils sont appelés à travailler sur des projets de recherche et de développement en aérospatiale. Ainsi, ils acquièrent une connaissance pratique du domaine de l’aérospatiale. Notre volonté, à Concordia, c’est de former les futurs spécialistes de l’industrie aérospatiale québécoise. »

Une vision plus large

Récemment, l’ICIA a décidé d’élargir son mandat afin de se donner une perspective plus large. « Traditionnellement, les étudiants à l’ICIA étaient recrutés au sein de notre Faculté de génie et d’informatique, souligne Christian Moreau. Mais maintenant, nous avons choisi de nous ouvrir aux autres facultés. Ce choix nous permet désormais d’approcher l’aérospatiale dans une perspective plus large que les seuls domaines du génie et de l’informatique. Par exemple, un étudiant en administration des affaires pourrait se joindre à l’ICIA parce qu’il s’intéresse à la gestion de la chaîne d’approvisionnement en aérospatiale. Un étudiant en sciences environnementales pourrait s’intéresser à la pollution sonore générée par les aéroports en milieu urbain. »

Cette approche a l’avantage de présenter une vision plus complète des enjeux reliés à l’industrie aérospatiale. « Bien sûr, à la base, il y a le design, poursuit Christian Moreau, et ensuite la fabrication et la production d’un aéronef. Mais une fois l’aéronef produit, que fait-on ? Comment le gérer une fois en vol ? Comment gérer les aéroports ? Que faire avec l’aéronef une fois son cycle de vie utile terminé ? L’industrie aérospatiale ne se limite pas à la production d’aéronefs. Il y a ce qu’on fait avant et ce que l’on fait après. C’est cette réalité que veut refléter la nouvelle orientation que l’on a donnée à l’ICIA. »

Le développement durable

Et dans cette nouvelle réalité élargie de l’aérospatiale, la question du développement durable se pose. Et l’industrie y répond en proposant une aérospatiale plus verte. « Les recherches en développement durable en aérospatiale ont jusqu’à présent principalement porté sur la réduction de la consommation de carburant, souligne Christian Moreau. L’industrie a réussi à fabriquer des moteurs d’avion moins énergivores, et l’utilisation plus fréquente de matériaux composites plus légers a permis une réduction de la consommation de carburant. Des recherches ont été aussi menées pour fabriquer des moteurs plus silencieux, réduisant la pollution sonore lors du décollage. La CSeries de Bombardier est un exemple de ce nouveau type d’aéronefs. »

Mais cela ne s’arrête pas à la seule réduction de la consommation de carburant. D’autres éléments du développement durable se pointent le nez. « Que faire avec un aéronef une fois celui-ci arrivé à la fin de son cycle de vie ? Aujourd’hui, le dépotoir n’est pas une solution viable, il faut envisager plutôt le recyclage, avance Christian Moreau. C’est la raison pour laquelle l’écoconception prend de plus en plus d’importance en aérospatiale. Il faut s’assurer dès les premiers dessins que les éléments qui entreront dans la fabrication de l’aéronef sont le plus largement possible recyclables. »

Et la gestion des aéroports pose aussi des défis en matière de développement durable. L’achalandage est tel que les avions doivent tourner en rond de longues minutes avant d’obtenir la permission d’atterrir, ce qui entraîne une consommation inutile de carburant et une augmentation des GES. « Le fonctionnement en vigueur aujourd’hui est celui de la descente par étapes, précise Nadia Bhuiyan. Par contre, au Royaume-Uni, plusieurs aéroports font des expériences avec la descente en continu, ce qui minimise les effets polluants de la descente par étapes. »

Une conférence internationale

Le Forum aéronautique mondial de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), qui se tiendra à Montréal du 23 au 25 novembre, portera justement sur le développement durable en aérospatiale. L’ICIA y participera, tout comme il était présent au dernier Salon du Bourget. « Nous avons pris la décision d’être présents lors des grands événements internationaux en aérospatiale, explique Christian Moreau. C’est une façon pour nous de nous faire connaître et surtout de cibler de nouveaux partenaires de recherche potentiels, que ce soient les grands donneurs d’ouvrages ou des partenaires internationaux. Et même de nouveaux partenaires canadiens, et même québécois, puisque tous les acteurs d’une certaine importance en aérospatiale se retrouvent à ces grands événements internationaux. »