De quel sexe est le 69?

Les nombres pairs, plus faciles à manipuler mais aussi plus familiers, seraient plus attractifs, ce qui les lierait davantage aux stéréotypes de la féminité, selon cette étude.
Photo: Getty Images Les nombres pairs, plus faciles à manipuler mais aussi plus familiers, seraient plus attractifs, ce qui les lierait davantage aux stéréotypes de la féminité, selon cette étude.

Avant même sa première bougie, bébé développe une batterie de stratégies pour différencier les mâles et les femelles de son entourage, utilisant d’abord — entre 6 et 8 mois d’âge — la voix et la coupe de cheveux de ceux qui se penchent sur son berceau puis les caractéristiques de leur visage. L’information sur le genre joue un rôle prépondérant dans la manière dont Homo sapiens interprète son environnement, tant social que physique. Tout au long de son enfance, il élabore quantité de stéréotypes au point de finir par considérer actions, comportements, mais aussi objets comme « typiquement » masculins ou féminins.

Deux chercheurs américains spécialisés en psychologie et en marketing, James Wilkie et Galen Bodenhausen, se demandent depuis quelques années si notre tendance compulsive à sexuer le monde s’étend aux abstractions que sont les chiffres. Dans une étude publiée en 2012 par le Journal of Experimental Psychology, ils sont partis de l’idée qu’une similarité, même vague, entre les connotations accolées au 1 et au 2 et les stéréotypes sur les hommes et les femmes pouvait avoir associé les uns aux autres dans l’inconscient collectif. Ainsi, le 1, dans sa solitude et aussi sa première place, serait plutôt masculin (autonomie et puissance…), tandis que le 2, évoquant l’idée de paire et de lien, renverrait plutôt au domaine féminin.

1 et 2, homme et femme

 

Pourquoi pas ? Afin de vérifier cette hypothèse, ce duo masculin a procédé à trois expériences. Dans la première, les « cobayes » voyaient apparaître sur un écran des noms étrangers (bulgares et hispaniques) et devaient noter s’ils les percevaient comme plutôt féminins ou masculins. Même chose avec des photos de chats et de chiens. La moitié des noms et des images étaient accompagnés d’un 1, et l’autre moitié, d’un 2. Résultat : dans le premier cas, pour les participants, le nom était plutôt celui d’un homme et le chat un mâle, tandis que, dans le second, le nom était plutôt celui d’une femme et le chien une chienne.

Deux autres tests, associant des noms étrangers ou des photos de nourrissons — vêtus de blanc — à des nombres composés uniquement de trois chiffres pairs ou de trois chiffres impairs, ont donné le même résultat, faisant germer dans la tête de Wilkie et Bodenhausen qu’au-delà du 1 et du 2, les chiffres et nombres impairs seraient vus comme masculins et les pairs comme féminins.

Comme ils l’expliquent dans une étude publiée en juin dans Frontiers in Psychology, les nombres pairs, plus faciles à manipuler mais aussi plus familiers (trois multiplications sur quatre donnent un résultat pair), seraient plus attractifs, ce qui les lierait davantage aux stéréotypes de la féminité — chaleur, douceur, ce que les psychologues appellent l’effet « les femmes sont merveilleuses », si, si —, tandis que les nombres impairs, plus compliqués à gérer, se marieraient mieux avec les clichés sur les mâles (compétition, indépendance, etc.).

Dès lors, ces chercheurs ont présenté à leurs sujets des nombres qu’il fallait trier entre pairs et impairs, et des caractéristiques à classer comme féminines ou masculines. Ils ont constaté que les « cobayes » avaient plus de difficultés à remplir leur mission lorsqu’un chiffre pair accompagnait un trait masculin (ou quand un impair était associé à un trait féminin), tandis que le temps de réponse était plus court quand les couples pair-femme et impair-homme étaient respectés.

Pour répondre à la question ignoblement racoleuse qui fait le titre de cet article, le 69 semble donc plutôt être un truc d’hommes !

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