Comment la poussière des fermes laitières prévient-elle les allergies?

Pourquoi les enfants élevés dans une ferme laitière sont-ils moins à risque de développer des allergies?
Photo: Amy Sancetta Associated Press Pourquoi les enfants élevés dans une ferme laitière sont-ils moins à risque de développer des allergies?

Plusieurs études ont montré que les enfants qui sont élevés dans une ferme laitière sont moins à risque de développer des allergies. Une équipe de scientifiques européens a cherché à élucider le mécanisme à l’origine de la protection qu’offre une exposition régulière à l’air des étables.

Pour ce faire, ils ont exposé pendant deux semaines un groupe de souris à de faibles doses d’une composante — une endotoxine — de la membrane de bactéries particulièrement abondantes dans la poussière des fermes laitières. Après ce traitement, ils ont introduit dans les voies respiratoires des animaux des acariens de maison qui, chez plusieurs humains, induisent les symptômes de l’asthme. Ils ont alors observé que les souris ayant été exposées à l’endotoxine ne développaient pas d’allergies et d’asthme, contrairement à celles qui avaient été traitées avec une solution saline servant de contrôle. Ils ont également noté une diminution de la sécrétion de substances inflammatoires par les cellules épithéliales des poumons des souris traitées.

« On pensait jusqu’à récemment que les cellules épithéliales qui sont le lieu de contact avec l’air [et les particules qu’il véhicule] jouaient uniquement un rôle de barrière. On sait maintenant qu’elles participent aussi au développement de la réponse immunitaire, explique le Dr Philippe Bégin, allergologue et chercheur au CHUM. Lorsqu’elles sont irritées par la présence de particules étrangères (acariens ou endotoxines de bactéries, par exemple), les cellules épithéliales sécrètent des facteurs chimiques qui informent les cellules dendritiques, les surveillants du système immunitaire qui dépistent les intrus, du message qu’il faut transmettre aux lymphocytes T, lesquels, en tant que chefs d’orchestre de la réponse immunitaire, décideront de développer une réaction allergique ou pas. »

Les auteurs de cette étude publiée dans Science ont ainsi découvert que le type de particules auxquelles sont exposées les cellules épithéliales a un impact sur le message qu’elles transmettront aux cellules dendritiques. Et qu’un environnement riche en endotoxines a tendance à supprimer la réactivité des cellules épithéliales, et à diminuer la quantité de molécules proinflammatoires qu’elles sécrètent normalement en présence d’allergènes dans le but d’instaurer une réaction allergique.

Les chercheurs ont par ailleurs constaté que lorsque les cellules épithéliales des poumons des souris étaient dépourvues de l’enzyme A20, en raison d’un défaut génétique, les animaux ne tiraient plus aucune protection d’une exposition aux endotoxines. « La protéine A20 désactive la réponse inflammatoire des cellules épithéliales et les empêche de sécréter des facteurs inflammatoires » qui risquent d’induire au bout de la chaîne une inflammation de type allergique, précise le Dr Bégin.

Les chercheurs ont ensuite exposé des cellules épithéliales pulmonaires prélevées chez des humains sains à des endotoxines. Et ils ont observé, comme chez les souris, que ces cellules sécrétaient moins de molécules inflammatoires que celles provenant de personnes asthmatiques qui par ailleurs présentaient de très bas niveaux de protéines A20. « Des études génétiques effectuées chez l’humain ont permis de trouver plusieurs variantes génétiques qui prédisposent à l’asthme et l’une de ces mutations se trouve sur le gène synthétisant la protéine A20. Ce gène n’est qu’un risque parmi plusieurs autres, génétiques et environnementaux, mais il semble particulièrement important pour les personnes qui vivent sur une ferme, puisqu’il empêche l’effet protecteur de celle-ci de s’exprimer », souligne le Dr Bégin.

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