Le fragile vol du bourdon

À l’instar des abeilles, le bourdon joue un rôle majeur pour la biodiversité et la pollinisation de certaines espèces de plantes.
Photo: Jeremy T. Kerr À l’instar des abeilles, le bourdon joue un rôle majeur pour la biodiversité et la pollinisation de certaines espèces de plantes.

Le très velu bourdon, fort utile pour la pollinisation de plusieurs fruits, légumes et arbres fruitiers, bat de l’aile en Amérique et en Europe. Depuis 40 ans, le bourdon est disparu des régions sud des deux continents, et son aire de dispersion se réduit comme peau de chagrin, en raison de son incapacité à s’adapter aux changements climatiques.

Telle est du moins la conclusion de la première étude du genre sur l’impact du climat sur le bourdon, publiée jeudi dans la revue Science.

L’étude réalisée par des chercheurs de l’Université d’Ottawa, en collaboration avec des chercheurs d’universités européennes et américaines, est la première de cette ampleur à attester la diminution rapide de l’habitat de ce pollinisateur travaillant. Ces conclusions ont pu être tracées grâce à l’observation de plus de 400 000 spécimens de 67 espèces de ce pollinisateur, issus d’Europe et d’Amérique. Les données sur l’habitat et les distances de vol des bourdons, couvrant une époque allant de 1901 à 2010, ont permis de suivre pas à pas le lent déclin de cet insecte touffu.

Alors que le réchauffement climatique entraîne la migration vers le nord d’autres espèces affectées par la hausse des températures, l’étude démontre que le bourdon, lui, ne parvient pas à s’adapter à ces bouleversements et tend plutôt à lentement disparaître.

« En théorie, les bourdons peuvent voler vers d’autres territoires. Pourtant, quand nous observons leur taux de croissance dans les régions plus nordiques, nous observons qu’il est insuffisant pour combler la disparition observée des populations plus au sud. Nous en ignorons la cause, mais les bourdons semblent s’arrêter à une certaine latitude, ils sont coincés dans une zone géographique de plus en plus réduite », a expliqué mercredi Jeremy Kerr, auteur de l’étude et professeur en biologie à l’Université d’Ottawa.

L’étude, financée notamment par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, estime que l’aire de dispersion des bourdons s’est amenuisée d’environ 300 kilomètres, tant en Amérique qu’en Europe. L’insecte est presque totalement disparu de certains États américains comme le Texas, notamment, et du pourtour de la Méditerranée.

« Cela est arrivé bien plus vite qu’en l’espace de 100 ans. On observe une réelle diminution depuis 1975, qui est aussi le tournant à partir duquel des données attestent du réchauffement climatique. Pour les espèces qui affectionnent les climats plus frais, le réchauffement a plus d’impact », ajoute le professeur Kerr.

Impact sur l’agriculture

Pour l’instant, les chercheurs ignorent les raisons qui empêchent le bourdon de s’adapter aux zones plus nordiques, puisque le pollinisateur peut y retrouver plusieurs des plantes nécessaires à son alimentation. Chose certaine, il presse de rétablir les populations de bourdons, affirme Jeremy Kerr, puisque la raréfaction de ce gros pollinisateur pourrait avoir des impacts sur la production agricole.

À l’instar des abeilles, le bourdon joue un rôle majeur pour la biodiversité et la pollinisation de certaines espèces de plantes. Des élevages de bourdons sont notamment utilisés dans les serres pour la culture des tomates, des fraises, des bleuets et des aubergines. Ces insectes sont aussi d’importants pollinisateurs du trèfle, des cerisiers et de nombreux arbres producteurs des noix.

L’étude a également observé l’impact de l’utilisation des sols et des pesticides pendant 100 ans et arrive à la conclusion qu’il n’y aurait pas de corrélation entre ces deux facteurs et la diminution de l’aire de dispersion des bourdons. La chute des populations s’est amorcée bien avant l’usage des néonicotinoïdes, en usage depuis 1995, dont l’effet néfaste sur les abeilles a été prouvé. Cela dit, insiste le professeur Kerr, cela n’implique pas que ces pesticides sont sans effet ; ils pourraient au contraire rendre les insectes plus vulnérables au bouleversement de leur environnement.

1 commentaire
  • Daniel Bérubé - Abonné 10 juillet 2015 12 h 52

    Aucune inquiétude...

    Monsanto est sur le point d'inventer de robot-bourdon, qui viendront s'auto-recharger tout les soir dans un centre de recharge, appellé insecticharge, et qui seront de toute beauté, fonctionnant à l'énergie solaire ! Un seul petit problème en vue... c'est que leur recharge se fera la nuit, au moment où il n'y a pas de soleil... mais Monsanto s'attend de pouvoir, vs la NASA de changer la rotation du soleil pour qu'il soit présent la nuit au lieu du jour ! Ah la science !