Certains coraux tolèrent mieux la chaleur

«Acropora millepora»
Photo: M. Matz «Acropora millepora»

L’élévation de la température de l’eau en raison du réchauffement climatique menace la survie de plusieurs récifs de corail à travers le monde. Mais une étude parue dans la dernière édition de la revue Science montre que certaines populations de corail possèdent des gènes leur permettant de mieux tolérer la chaleur et qu’en favorisant la transmission de ces gènes aux populations plus vulnérables, on pourrait prévenir l’hécatombe appréhendée.

Des chercheurs de l’Université du Texas à Austin, de l’Institut australien des sciences marines et de l’Oregon State University ont fait cette découverte après avoir mis en présence des gamètes — de l’espèce corallienne Acropora millepora — qu’ils avaient prélevés au sein de colonies vivant dans deux régions de la Grande Barrière de corail séparées par cinq degrés de latitude : soit la baie de la Princesse Charlotte et l’île Orpheus, située 480 km plus au sud. Les familles de larves qui sont nées de la fécondation de ces gamètes ont ensuite été immergées pendant une trentaine d’heures dans un bassin d’eau dont on a haussé la température à 35,5 °C. Il est alors apparu que les larves issues des gamètes appartenant aux coraux plus résistants à la chaleur de la baie Princesse Charlotte avaient dix fois plus de chances de survivre que celles issues des gamètes de coraux vivant dans les eaux plus froides (de deux degrés Celsius) entourant l’île Orpheus. Les chercheurs ont également observé que les gamètes de la baie Princesse Charlotte qui s’unissaient aux gamètes de l’île Orpheus pouvaient également transmettre leur tolérance à la chaleur à leur progéniture : une observation suggérant que cet avantage physiologique se transmet de génération en génération.

L’équipe de scientifiques a aussi cherché à trouver les gènes qui étaient responsables de cette meilleure tolérance à la chaleur et a remarqué que ces gènes intervenaient dans les fonctions assurées par les mitochondries, des organites présents dans les cellules.

Cette découverte nous montre qu’en mélangeant et en apparentant des coraux de différentes latitudes on pourrait favoriser la survie de récifs menacés par le réchauffement du climat, font valoir les auteurs de l’étude. Bien heureusement, « les coraux n’ont pas à attendre l’apparition de nouvelles mutations. Les larves coralliennes peuvent voyager naturellement à travers les océans », souligne l’un de ces auteurs, Mikhail Matz, professeur de biologie intégrative à l’Université du Texas à Austin. On peut donc imaginer et espérer que des larves de la baie Princesse Charlotte migrent jusqu’à l’île Orpheus. « Mais les humains pourraient aussi donner un coup de pouce en transportant des coraux adultes dans les régions les plus vulnérables. »