Des allergies croisées

Les allergiques à l’herbe à poux peuvent dévelop­per une allergie orale à la pastèque, par exemple.
Photo: David Castor Wikipédia Les allergiques à l’herbe à poux peuvent dévelop­per une allergie orale à la pastèque, par exemple.

Allergique depuis toujours au pollen d’arbres, comme le bouleau, Philippe a commencé il y a quelques années à ressentir des picotements dans la bouche chaque fois qu’il mangeait des pommes, des poires, des pêches ou des cerises. Il a d’abord attribué cette réaction aux pesticides présents sur ces fruits.

Mais, même bien lavés, ceux-ci ont continué d’engendrer les mêmes symptômes. En fait, Philippe est victime du syndrome d’allergie orale aux fruits à noyau provenant d’arbres de la famille des rosacées, qui sont reliés génétiquement aux pollens d’arbres auxquels Philippe est fortement allergique.

« La protéine présente dans le pollen à laquelle [Philippe] est allergique se trouve aussi dans ces fruits à noyau. Par contre, cette protéine est thermolabile, ce qui veut dire qu’elle sera altérée par les enzymes et l’acidité de l’estomac. Ainsi, ce qui entrera dans la circulation sera une protéine dénaturée à laquelle l’organisme ne réagit plus.

«Le risque d’anaphylaxie est donc beaucoup plus faible qu’avec des allergènes traditionnels, comme les arachides. De plus, si on fait cuire les fruits, comme dans une tarte, ils ne provoqueront aucune réaction. Ce n’est qu’aux fruits crus qu’on va réagir », explique le Dr Bégin.

Ce chercheur et allergologue au CHUM et au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine précise que, « pour une raison qu’on ne s’explique pas très bien, si la personne fait du sport et prend des anti-inflammatoires (comme de l’aspirine) ou de l’alcool, l’allergène [la protéine présente dans les fruits à noyau] peut passer dans la circulation sanguine sans être dénaturé et peut alors provoquer une anaphylaxie. Le risque est faible, mais il existe. »

Un phénomène semblable s’observe chez les personnes allergiques à l’herbe à poux qui pourront développer un syndrome d’allergie orale à la pastèque, laquelle est une proche cousine d’Ambrosia artemisiifolia L., communément appelée herbe à poux.

Également, la grande majorité des personnes allergiques aux fruits de mer le sont aussi aux acariens, « tous deux des arthropodes ». « La protéine à l’origine de ces deux allergies est toutefois stable. Elle n’est pas dénaturée au cours de la digestion », ce qui fait que ces deux allergènes provoquent de véritables réactions.

Il existe aussi des allergies croisées entre certains fruits, entre certains poissons ainsi qu’entre certaines noix. Par exemple, une personne allergique aux pacanes l’est aussi aux noix de Grenoble. Un patient allergique aux pistaches a plus de 70 % de chance de l’être aux noix de cajou.

Les individus allergiques au saumon ont 50 % de chance de l’être également à un autre poisson rouge, comme la truite saumonée. Dans 95 % des cas, une personne allergique au lait de vache sera également allergique au lait de brebis, mais dans moins de 5 % des cas elle le sera au lait de jument.