Allergie ou intolérance

La diversité toujours croissante des produits dits « sans gluten » qui abondent sur le marché nous donne l’impression que cette protéine, présente dans le blé, l’orge et le seigle, est nocive pour la santé. Rien n’est plus faux. Le gluten n’est nuisible que pour seulement environ 1 % de la population canadienne qui souffre d’une intolérance au gluten ou d’une allergie au blé. Pour 99 % de la population, le gluten est tout à fait inoffensif et il est même recommandé de l’inclure dans son alimentation, car, en le bannissant, on se prive des produits céréaliers qui sont enrichis en acide folique, en vitamine B et en fer, trois éléments nutritifs très importants pour la santé.

L’intolérance au gluten est en fait une maladie auto-immune grave, appelée « maladie coeliaque », dans laquelle le système immunitaire s’attaque aux villosités — replis de la muqueuse — de l’intestin grêle et les détruit, ce qui engendre une mauvaise absorption des nutriments et, conséquemment, une dénutrition, de l’anémie, voire des déficits nutritifs importants. Même si le traitement consiste à cesser complètement l’ingestion de gluten, l’intolérance au gluten n’est pas une allergie alimentaire, dans laquelle le système immunitaire vise une protéine contenue dans l’aliment allergène. L’allergie au blé, par contre, est une véritable allergie alimentaire « susceptible de provoquer une anaphylaxie lors d’une exposition au gluten, mais ce type d’allergie est très peu fréquent », fait remarquer le Dr Philippe Bégin, allergologue au CHUM et au CHU Sainte-Justine.

Il y a clairement « un effet de mode » qui rend si populaires les aliments sans gluten, affirme le Dr Bégin. « On compte un nombre important de personnes qui se disent intolérantes au gluten mais qui ne sont pas atteintes de la maladie coeliaque. Ces personnes rapportent des symptômes de fatigue après avoir mangé du gluten. Mais il n’y a actuellement pas de preuve médicale qu’une telle forme atténuée d’intolérance au gluten existe », dit-il.

Le système immunitaire n’intervient généralement pas dans une intolérance alimentaire, laquelle résulte plutôt d’un dysfonctionnement du système digestif. Les personnes souffrant d’une intolérance au lactose, par exemple, ne peuvent pas digérer les sucres (lactoses) du lait. Les symptômes d’une telle intolérance se situent donc au niveau du tube gastro-intestinal et, bien qu’ils soient désagréables, ils ne menacent pas la vie de la personne atteinte.