Comment prédire l’efficacité des antidépresseurs?

Photo: Ingram Publishing

Pourquoi certaines personnes déprimées bénéficient-elles d’un traitement aux antidépresseurs classiques, alors que d’autres y demeurent insensibles ? Cette question taraude les cliniciens depuis belle lurette. Or, l’année dernière, l’équipe de Gustavo Turecki mettait en lumière un micro-ARN qui pourrait bien s’avérer un bon prédicateur de la réponse au traitement antidépresseur.

C’est en cherchant dans le cerveau de personnes qui se sont suicidées que M. Turecki et ses collègues ont remarqué qu’un micro-ARN, désormais nommé miARN 1202, y était moins abondant que dans le cerveau de témoins. Les miARN sont de courts brins d’ARN (acide ribonucléique) qui ont tendance à réprimer l’expression des gènes en empêchant certains ARN messagers d’accomplir leur fonction, soit celle de traduire le code ADN d’un gène en protéines.

L’équipe de M. Turecki, qui est directeur du Groupe McGill d’études sur le suicide, a ensuite découvert que le miARN 1202 agit sur l’expression du gène responsable de la fabrication des récepteurs au glutamate. Ce qui n’est pas banal, compte tenu du fait que des chercheurs ont remarqué, il y a quelques années, que l’administration de la kétamine, une substance qui bloque les récepteurs sensibles au glutamate, avait un effet antidépresseur et antisuicidaire très rapide, qui apparaissait dans l’heure suivant son administration. Un effet spectaculaire sachant que la plupart des antidépresseurs classiques n’apaisent les symptômes dépressifs qu’après deux à trois semaines d’administration. « Cette découverte a amené le glutamate à l’avant-scène, car un excès de la transmission glutamatergique semblait être en cause dans la dépression », rappelle Naguib Mechawar, directeur de la Banque de cerveaux Douglas-Bell Canada. Depuis, plusieurs compagnies pharmaceutiques sont à mettre au point et à tester de nouveaux antidépresseurs agissant sur le système glutamatergique.

L’équipe du professeur de psychiatrie Gustavo Turecki a aussi remarqué lors d’une étude clinique que les patients déprimés présentaient des niveaux sanguins de miARN 1202 plus bas que les témoins. Mais après leur avoir administré pendant huit semaines un traitement antidépresseur conventionnel (le citalopram), les niveaux de ce miARN s’étaient normalisés uniquement chez les patients ayant répondu au traitement, mais pas chez ceux qui y étaient réfractaires.

« Un des problèmes que l’on rencontre en clinique avec les patients déprimés, c’est qu’on ne sait jamais qui va répondre aux traitements et il faut parfois beaucoup de temps avant de trouver un traitement qui fonctionne, ce qui occasionne beaucoup de souffrance pour le patient. Il nous faut trouver des pistes qui pourraient nous aider à mieux prédire la réponse au traitement, ainsi qu’à développer de nouveaux types d’antidépresseurs ayant des mécanismes d’action différents. On sait aujourd’hui que ce n’est pas seulement l’impact sur la sérotonine qui a un effet antidépresseur. Le cerveau est un système de vases communicants, dans le sens où si on intervient sur un système, cela aura un impact sur un autre système. Un traitement peut modifier le système sérotoninergique, mais à la fin, ce qui fait que les gens se sentent mieux, c’est l’effet secondaire sur un autre système », fait valoir M. Turecki.

Pour M. Tureck, le miARN 1202 constitue « un biomarqueur potentiel » de prédiction de la réponse aux antidépresseurs, et il permet d’envisager la mise au point de tout nouveaux traitements.