Les deux solitudes de La Romaine

Sur les 2000 travailleurs qui se trouvent sur le chantier, environ 200 sont des Innus.
Photo: Archives Le Devoir Sur les 2000 travailleurs qui se trouvent sur le chantier, environ 200 sont des Innus.

La cohabitation de travailleurs innus et non innus sur le chantier de La Romaine n’a pas contribué à rapprocher les deux communautés, constatent des chercheurs.

Les deux groupes entretiennent « très peu de relations », a expliqué Alexia Desmeules du Département de géographie de l’UQAM dans sa présentation à l’Acfas mercredi. La candidate à la maîtrise en géographie humaine a toutefois souligné qu’il s’agissait d’une première étude exploratoire dans un projet de recherche beaucoup plus vaste sur les impacts du mégaprojet hydroélectrique.

Parmi les quelque 2000 travailleurs qui se trouvent sur le chantier, environ 200 sont des Innus. Cela faisait d’ailleurs partie des engagements pris par Hydro-Québec au départ du projet puisque La Romaine se trouve sur le territoire ancestral des Innus, le Nitassinan.

Sur place, les chercheurs ont constaté que les deux groupes avaient tendance à rester chacun de leur côté entre autres parce qu’ils se trouvent dans des corps d’emplois différents. Les Innus travaillent pour la plupart aux services alimentaires ou comme concierges parce qu’ils sont moins scolarisés, ce qui n’est pas le cas des non-Innus.

À cela s’ajoutent la barrière de la langue et le caractère particulièrement exigeant du travail, a soutenu Mme Desmeules. L’enquête résulte d’une douzaine d’entrevues semi-dirigées, d’observations et de rencontres informelles, notamment au campement des travailleurs.

Dans ces échanges, la jeune chercheuse a aussi remarqué que les Innus se jugeaient victimes de discrimination, alors que les Blancs leur reprochaient au contraire de jouir d’avantages indus. Les témoignages des non autochtones ont aussi été caractérisés par une « indifférence généralisée » face à la question des échanges interculturels, ajoute-t-elle. La plupart d’entre eux insistaient par exemple sur le fait que les Innus « ne les dérangeaient pas ».

Selon ce qu’elle a pu observer, les Innus accordaient un peu plus d’importance à leurs rapports avec les non autochtones, qu’ils soient positifs ou non.

Malgré ces constats plutôt négatifs, les chercheurs ont remarqué que tous avaient une vision d’avenir positive du chantier de La Romaine, sur lequel ils comptent pour augmenter la population et enrichir la communauté par les redevances notamment.

Mme Desmeules a en outre mentionné que l’Association des gens d’affaires de la Minganie avait été créée conjointement par des Innus et des Blancs. Les deux groupes ont entre autres partagé la rue lors de manifestations locales, a-t-elle signalé.

Lancé en 2009, le chantier de La Romaine prévoit des investissements de 6,5 milliards. Les travaux doivent normalement être menés à terme d’ici à 2020. Le projet a fait l’objet d’une étude d’impact d’Hydro-Québec, mais la question du rapprochement entre les deux communautés n’y avait pas été abordée.

Douleurs: les jeunes musiciens à risque

La douleur causée par la pratique des instruments de musique (à cordes surtout) devrait faire l’objet de davantage de vigilance, plaide une chercheuse. Douleurs au cou, problèmes de posture, tendinites… La pratique des instruments à cordes comme le violon peut causer des douleurs importantes chez les jeunes musiciens, souligne Judith Robitaille, candidate à la maîtrise à l’Université de Sherbrooke. Ergothérapeute et elle-même musicienne, elle a analysé les cas de 132 jeunes fréquentant des camps de perfectionnement musical. Il en ressort que les épisodes de douleur ont tendance à augmenter lorsque le rythme de pratique s’intensifie, et que les jeunes n’ont pas nécessairement de ressources pour composer avec le problème de la bonne façon, voire le prévenir.

Leurre d'enfants sur le Web: des agresseurs pas comme les autres

Une nouvelle étude montre que les hommes qui se servent du Web pour duper des mineurs dans le but de les agresser n’ont pas le même profil que les autres agresseurs d’enfants. L’étude a été menée par Maya Lambert-Vandelac, candidate à la maîtrise en criminologie à l’Université de Montréal. Elle a tiré ces conclusions à partir de 13 patients de l’Institut Pinel qui avaient commis des leurres de mineurs. Ses travaux ont révélé que ces derniers avaient des comportements plus manipulateurs que les autres agresseurs d’enfants. Ils sont en outre plus scolarisés et ont moins d’antécédents criminels. Dès lors, il faudrait selon elle traiter les coupables de leurre d’enfants de façon différente des autres types d’agresseurs, ce qui n’est pas le cas actuellement. Ces résultats corroborent ceux obtenus ailleurs au Canada sur le même type de sujet.
1 commentaire
  • Denis Breton - Abonné 28 mai 2015 13 h 05

    Marcher deux lunes dans les mocassins de l'autre...

    Il faudrait que les deux communautés, Blancs et Innus, puissent trouver des occasions de s'écouter sur leur visions respectives du 'progrès'. Jusqu'à reconnaître qu'elles sont essentielles toutes les deux, et complémentaires. Mais ce constat implique des concessions de part et d'autres. Long pas !... N'est-ce pas tout le sens de l'expression « Ne Jugez pas un homme avant d’avoir marché deux lunes dans ses mocassins »?

    Les chercheurs donnent des preuves que c'est possible - quand ils évoquent que les deux groupes ont une vision d'avenir positive du chantier de la Romaine, ou le fait que l'Association des gens d'affaires de la Minganie a été une création conjointe.

    Je me dis que ces pas iront plus loin quand d'abord ces deux communautés auront trouvé le tour de vivre des moments de loisirs ensemble en marge du chantier, par plaisir de vivre, simplement. Alors des gens de l'autre communauté, en chair et en os, commenceront à habiter le coeur de certains. Qui sait si ceux-ci y trouveront la confiance et l'énergie pour proposer des initiatives plus formelles en direction de nouvelles étapes de rapprochement...

    Denis Breton, Projet Cultures au coeur, Québec, <contact@culturesaucoeur.org>