Le cinquième des municipalités disparaissent de l’écran-radar

La disparition du recensement long découle d’une décision du gouvernement de Stephen Harper.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La disparition du recensement long découle d’une décision du gouvernement de Stephen Harper.

Le manque de données sur les petites localités fait en sorte que des centaines d’entre elles sont exclues des recherches, des cartes et d’une partie de la science, déplore un chercheur en urbanisme à l’Université McGill, Richard Shearmur. « Il y a des municipalités qui n’existent plus scientifiquement », déplore-t-il.

M. Shearmur étudie l’impact des politiques économiques sur les petites municipalités rurales canadiennes. Mais, désormais, dans 20 % des localités, les données sont insuffisantes pour tirer des conclusions.

Pour ces localités plus petites, l’abolition du questionnaire obligatoire, qui incluait les questions sur le travail, a eu un impact important.

« On a beaucoup de mal, dans les petites municipalités, à savoir combien il y a d’emplois. Comme on n’a pas échantillonné la population de manière stricte, on ne connaît que les emplois de ceux qui ont bien voulu répondre », explique-t-il.

Dès lors, impossible de savoir, dans ces endroits, si l’emploi a progressé entre 2006 et 2011. « Statistique Canada nous dit qu’on ne peut pas comparer, surtout pour des petites unités géographiques, les données de 2006 avec celles de 2011, déplore-t-il. Du coup, impossible, surtout pour les municipalités et les MRC plus périphériques, de mesurer l’évolution de choses comme la pauvreté, le niveau d’éducation ou l’emploi dans tel ou tel secteur.

« Plus la donnée que l’on observe concerne des petits chiffres (par exemple : les emplois dans le secteur du vêtement, les immigrants récents travaillant dans le service public, les francophones diplômés en science travaillant dans le high-tech…), moins elle sera fiable. »

Sur les 5008 municipalités documentées dans le recensement de 2006, 1128 ont dû être exclues en 2011 parce que les données ne sont pas d’assez bonne qualité. Au Québec, on parle de 183 municipalités.

La Basse-Côte-Nord est particulièrement touchée, tout comme l’Abitibi-Témiscamingue (Témiscaming, Malartic). Des villes comme Saint-Joseph-de-Kamouraska (Bas-Saint-Laurent), Stanstead (Estrie), Val-David (Laurentides), Bois-Franc (Outaouais), ainsi que l’île d’Anticosti, disparaissent aussi des cartes.

« Le monde continue de tourner. Il n’y aura pas de morts, toutefois, ce qui se passe, c’est une dégradation lente mais continue des connaissances, dénonce le chercheur. Si on n’a pas d’information fiable, ça donne plus d’influence à l’idéologie. Le rôle de garde-fou des scientifiques, on ne peut plus le jouer. Si quelqu’un dit demain qu’il veut couper l’aide à une municipalité, on n’a pas d’argument pour lui répliquer. »

C’est exactement ce qui inquiète la Fédération québécoise des municipalités (FQM). Depuis le dernier recensement, elle manque de données pour défendre les municipalités dévitalisées. « On n’a plus les outils pour cibler les interventions, déplore le président Richard Lehoux. Les municipalités dévitalisées dans une MRC, c’est sûr qu’on est capables de les repérer, mais avec le recensement, on avait des données plus pointues. On était capables, avant, de mesurer l’ampleur de la dévitalisation. […] On était capables de voir s’il y avait une progression, si les outils étaient adaptés… »

M. Lehoux est d’autant plus embêté que le gouvernement est en train de réviser ses programmes d’aide pour ces milieux. Le Fonds de soutien aux municipalités dévitalisées, vieux de dix ans, a été interrompu l’an dernier et le gouvernement a dévoilé cette semaine un nouveau programme pour financer leurs infrastructures. « C’est beaucoup plus compliqué de faire la preuve des conséquences des décisions », conclut-il.

3 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Abonné 23 mai 2015 07 h 47

    Accéder au Tiers Monde...

    ... tranquillement, les deux pieds en dedans, le Plusse Meilleur Pays du Monde de Jean Chrétien, grâce aux politiques de l'extrême droite canadienne qui mine de rien dirige ce pays depuis au-delà d'une décennie maintenant, est en passe de devenir membre du Tiers Monde scientifique... Qui l'eut cru?

    Il serait peut-être temps de réagir avant qu'il ne soit trop tard?

    Car à ce train-là, s'ils mettent la main sur un nouveau mandat (vous connaissez l'expression PRENDRE le pouvoir?) il est à craindre qu'ils en viennent à interdire Darwin d’abord, puis les élections ensuite, ma foi?

  • Yves Corbeil - Inscrit 23 mai 2015 08 h 54

    Bravo M. Harper

    Ça va de mieux en mieux dans notre pluss meilleur pays ou le coût de la vie n'augmente pratiquement pas à chaque année statistiquement.

  • Mario Jodoin - Abonné 23 mai 2015 16 h 10

    Encore pire...

    «Sur les 5008 municipalités documentées dans le recensement de 2006, 1128 ont dû être exclues en 2011 parce que les données ne sont pas d’assez bonne qualité. Au Québec, on parle de 183 municipalités (en fait, il s'agit de 183 subdivisions de recensement).»

    En fait, c'est pire que cela. Pour ne retirer «que» 183 subdivisions de recensement, Statistique Canada a modifié son critère. Il n'a retiré que les subdivisions de recensement dont le taux de réponse a été inférieur à 50 %, tandis qu'en 2006 le critère était de ne pas publier lorsque le taux de réponse était inférieur à 75 %. Si ce critère avait été appliqué, Statistique Canada aurait publié des données dans bien moins que la moitié des subdivisions de recensement, car le taux de réponse global au Québec fut de 68 %! Encore pire, ce 68 % inclut les formulaires incomplets!

    Pour plus de précision, voir cette analyse de l'Institut de la statistique du Québec :

    http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/rapport-en