Des ministères dépassés

Au gouvernement comme dans les municipalités, on manque d’éléments sur lesquels s’appuyer pour concevoir les programmes et vérifier s’ils sont efficaces.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au gouvernement comme dans les municipalités, on manque d’éléments sur lesquels s’appuyer pour concevoir les programmes et vérifier s’ils sont efficaces.

Le nouveau recensement force les ministères à prendre des décisions à l’aveugle et parfois à tourner les coins rond, constate l’Institut de la statistique (ISQ) dans une étude.

Au cours des derniers mois, l’ISQ a consulté tous les ministères et organismes pour savoir ce qu’ils pensent du recensement de 2011 (l’Enquête nationale sur les ménages, ENM). Les résultats doivent faire l’objet d’une présentation, cette semaine, dans le cadre de l’Acfas à Rimouski.

La conclusion de la consultation est claire : « La pertinence de revenir à la formule habituelle demeure, peut-on lire dans le document. L’ENM s’est avérée plus coûteuse à administrer et à traiter que le questionnaire détaillé et obligatoire du Recensement de 2006, et les résultats obtenus sont de moindre qualité. »

Au gouvernement comme dans les villes, on manque de données sur lesquelles s’appuyer pour concevoir les programmes et vérifier s’ils sont efficaces.

Dans le cas des groupes restreints de population, comme les minorités ou encore les petites localités, l’ancien questionnaire constituait auparavant « la seule source de données », explique-t-on.

Le hic

Le hic, c’est qu’un nombre incalculable d’organismes comptent toujours sur le gouvernement pour fournir ces données, ce qui crée de nouveaux problèmes. « Des documents sont publiés même s’ils sont d’une fiabilité relative », constate la coordonnatrice de la consultation pour l’ISQ, Sylvie Rheault.

Dans l’une des organisations sondées, on a même dit songer à manipuler des données pour « répondre aux attentes » afin « de combler les trous, avec les risques que cela comporte ».

Les plus rigoureux publient les données en multipliant les mises en garde, mais les organismes n’en tiennent pas toujours compte. « Le plus désolant, c’est de voir à quel point les utilisateurs font fi des recommandations, poursuit Mme Rheault. Beaucoup de gens ne sont pas capables de travailler avec l’Enquête, alors qu’ils étaient à l’aise avec le recensement. On demande aux utilisateurs de développer des expertises qu’ils n’ont pas. »

Or, même chez ceux qui détiennent ces compétences, les défis sont grands. À l’Institut national de la santé publique (INSPQ), par exemple, on ne sait plus comment mesurer les inégalités sociales en santé. L’indicateur de « défavorisation matérielle et sociale » qui avait été développé tient encore, mais il a fallu des mois pour s’assurer qu’il était toujours valide.

Des mises en garde

Si on l’utilise toujours, c’est en multipliant les mises en garde aux utilisateurs. « Il y a eu tellement de travail de validation, ç’a grugé beaucoup de temps », explique Denis Hamel, coordonnateur scientifique à l’INSPQ.

Dans plusieurs ministères, on a compensé en achetant différentes « compilations spéciales » de Statistique Canada. Le rapport de l’ISQ avance que cela entraîne des heures supplémentaires en ressources humaines. Par contre, il salue la décision de Statistique Canada d’avoir rendu disponible davantage de matériel en ligne.