Valoriser la science «qui se fait en français»

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Le président d’honneur du 83e Congrès de l’Acfas, le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion
Photo: Fonds de recherche du Québec Le président d’honneur du 83e Congrès de l’Acfas, le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Cette année, le président d’honneur du 83e Congrès de l’Acfas n’est nul autre que le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion. De plus, M. Quirion coanimera un colloque intitulé« La recherche universitaire et collégiale, un atout pour le développement du Bas-Saint-Laurent ».Entrevue.

Quelle est l’importance pour les scientifiques du congrès de l’Acfas ? « Le Congrès de l’Acfas est la plus grande réunion au monde de scientifiques qui présenteront et discuteront de leurs recherches en français, avance d’emblée Rémi Quirion. C’est une occasion unique de donner une visibilité à la science qui se fait en français et ainsi de la valoriser. C’est aussi une chance pour de jeunes chercheurs francophones de faire leurs premières présentations scientifiques en français. Il est toujours plus facile de faire ses premières présentations scientifiques dans sa langue maternelle. Et, puisqu’il s’agit d’un congrès scientifique, c’est évidemment l’occasion de faire le point sur les plus récentes avancées et données scientifiques. »

Mais mis à part le fait français, un nécessaire vent de fraîcheur dans un monde scientifique dont la lingua franca est devenue aujourd’hui, ici comme ailleurs dans le monde, l’anglais, qu’est-ce qui distingue le congrès de l’Acfas des autres congrès scientifiques ? « Sans aucun doute l’éventail des sujets scientifiques abordés. La gamme est très large au congrès de l’Acfas, on y parle génie comme on y parle culture. Je ne connais pas d’autres congrès scientifiques internationaux qui abordent une telle variété de sujets et autant de disciplines scientifiques différentes. »

La recherche scientifique au Québec

Qu’en est-il de la recherche scientifique au Québec? Le Québec est-il dans le coup ? « Le pourcentage du PIB investi dans la recherche scientifique au Québec est le même que dans le reste du Canada, soit environ 2 %. Ce n’est pas très élevé si l’on se compare à certains pays, comme la Finlande, où le pourcentage du PIB est de 4 %, soit le double du Canada. On devrait se fixer l’objectif politique de hausser cet investissement à 3 % du PIB. Il faut aussi noter que le Québec va chercher une part plus importante des fonds dédiés à la recherche au Canada que le permettrait son poids démographique. C’est à mon avis une indication que la science se porte assez bien au Québec. »

Et ce financement est-il stable ? « On a connu une certaine baisse récemment au Québec. Ce fléchissement est dû à une baisse des investissements en recherche de la part du secteur privé. Le Québec a ses créneaux d’excellence : la pharmaceutique, l’aéronautique et le secteur de l’aluminium, par exemple. Quand les entreprises de ces secteurs connaissent des difficultés, elles investissent moins en recherche et développement, et c’est ce qui explique la récente baisse au Québec. »

Règle générale, on distingue deux types de recherche scientifique, soit la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Rémi Quirion préfère, lui, une autre distinction, soit la recherche dirigée et la recherche non dirigée. « La recherche dirigée est une recherche scientifique où l’on réunit des chercheurs pour trouver une solution à un problème ciblé. Dans le cas de la recherche non dirigée, c’est le chercheur qui décide lui-même de son champ de recherche. Présentement, la recherche qui se fait au Québec est essentiellement de la recherche non dirigée. Elle représente 86 % de toute la recherche scientifique faite au Québec. C’est à mes yeux un avantage, car, en science, on ne sait jamais d’où va venir la prochaine découverte. »

Le colloque

Le colloque qu’il coanimera est l’occasion pour Rémi Quirion de rappeler que la recherche scientifique ne se fait pas seulement dans les grands centres urbains et qu’elle existe bel et bien en région. « À cet égard, le Québec est bien servi notamment par le réseau universitaire mis en place par l’Université du Québec. Par exemple, l’Université du Québec à Rimouski, grâce à son institut de recherche ISMER, est devenue un leader mondial dans le domaine de l’océanographie et des sciences de la mer. L’expertise scientifique qu’on y trouve aura des retombées concrètes en régions côtières lorsque le gouvernement mettra en place sa stratégie maritime. »

Et il ne faut pas oublier l’apport des collèges. « Les collèges ont leurs centres de transfert technologique, les CCTT, qui sont extrêmement liés aux acteurs de leurs communautés locales, en particulier les PME, pour lesquelles les CCTT font de la recherche appliquée. Les universités et les collèges agissent aussi comme des moteurs socio-économiques et culturels en région. »

 

Le scientifique en chef

C’est en 2012 que le gouvernement du Québec a décidé de se doter d’un scientifique en chef. En cela, il faisait preuve d’innovation, puisque le Québec est à ce jour le seul gouvernement au Canada à avoir cette fonction. « Dans certains pays, comme en Angleterre, la fonction existe depuis une cinquantaine d’années. Ailleurs, c’est plus récent. Nous ne sommes pas encore très nombreux, mais de plus en plus d’États ont aujourd’hui un scientifique en chef. »

Une des fonctions du scientifique en chef est de conseiller le ministre de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la recherche sur des questions scientifiques. « Nous pouvons lui suggérer des pistes de réflexion, mais la décision revient toujours au ministre. » Par contre, le scientifique en chef a aussi un autre rôle, celui de faire la promotion de la science et de son utilité. « Le scientifique en chef discute avec les élus, tant au niveau fédéral que provincial et municipal, afin de leur faire voir comment la recherche scientifique peut les aider à faire de meilleures prises de décisions. Il doit leur démontrer comment la science peut leur être utile. »