Un atout majeur pour le Québec

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Louise Dandurand, présidente de l’Acfas
Photo: Hombeline Dumas Louise Dandurand, présidente de l’Acfas

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le 83e congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) s’ouvre lundi à Rimouski. L’occasion, pour sa présidente, Louise Dandurand, de rappeler combien la recherche demeure vigoureuse partout au Québec, et ce, malgré un financement public, si ce n’est mal en point, du moins incertain. Entrevue.

Pourquoi avoir choisi Rimouski pour accueillir le 83e congrès de l’Acfas ?

Louise Dandurand : En fait, ce sont les universités qui nous offrent d’accueillir le congrès et l’Acfas a pour principe de le tenir en alternance dans les grands centres métropolitains, tels que Montréal et Québec, et dans les régions. Nous croyons qu’il est important que cette fête annuelle de la science se promène à travers toute la province. Qu’il est fondamental de souligner la présence de la recherche sur l’ensemble du territoire et de valoriser toutes les universités québécoises, qui représentent un fort potentiel pour le développement des connaissances dans une multitude de disciplines. Alors, certes, au niveau de la logistique, c’est plus compliqué que lorsque ça se déroule à Montréal, là où se trouve notre exécutif. Mais la communication entre l’équipe hôtesse, à Rimouski, et l’Acfas est soutenue, et si, à quelques jours de l’ouverture du congrès, tout le monde est un peu fébrile, nous sommes certains que tout va très bien se passer.

Mais en quoi est-ce si important que le réseau universitaire quadrille tout le territoire ?

Si on regarde les succès qu’ont les universités en région en matière d’attraction de la population locale vers les études supérieures, on peut affirmer que cela a été un atout majeur pour le Québec que de développer ce réseau. L’existence du réseau des Universités du Québec et de l’Université de Sherbrooke a permis une solide augmentation de l’accès aux études. On sait que, lorsqu’il y a une université à moins de 40 kilomètres de l’endroit où habitent les potentiels étudiants, ceux-ci la fréquentent plus aisément. Mais il y a aussi l’aspect de la recherche elle-même. Les universités en région travaillent sur des enjeux qui sont très liés aux préoccupations régionales. Elles sont les mieux placées pour développer cette expertise et pour travailler en partenariat avec des entreprises privées ou issues des milieux communautaire et culturel, sur des problématiques spécifiques à leur territoire.

Vous avez des exemples ?

À Trois-Rivières, l’UQTR développe des expertises dans les domaines de l’énergie durable, sur la matière ligneuse, puisque c’est une région de bois, et sur les PME. L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) est très pointue dans la recherche sur l’aluminium, les ressources minérales, l’étude des populations, parce qu’il y a des enjeux démographiques très particuliers dans cette région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, et sur le givrage. Et, pour revenir à Rimouski, les chercheurs de l’UQAR ont développé une expertise unique dans les domaines du développement régional, mais aussi des sciences de la mer. Leurs travaux, leurs résultats se classent parmi les meilleurs au monde. Cette proximité des problématiques régionales, cette facilité à développer des partenariats avec les entreprises locales, ce sont des atouts extraordinaires pour la recherche. Et ça permet également aux étudiants de travailler localement sur ces enjeux régionaux et de se trouver des emplois en région par la suite.

Lorsqu’on regarde le programme, on s’aperçoit que cette thématique du développement territorial est d’ailleurs particulièrement présente…

Quand on organise le congrès en région, l’une des particularités, c’est que les chercheurs et les professeurs de l’université hôtesse sont particulièrement présents, contrairement à Montréal ou à Québec, qui attirent des universitaires de toute la province, du Canada et de plus loin encore. Il est donc logique que nombre de colloques portent sur le développement territorial, l’exploitation des ressources naturelles, tous les enjeux énergétiques pour le golfe du Saint-Laurent et le fleuve. Donc, oui, les enjeux régionaux ressortent de façon très marquée cette année. Mais ce serait une erreur de croire que ce ne sont que des enjeux régionaux. Lorsqu’on parle de l’exploitation pétrolière dans le Saint-Laurent, c’est une question qui touche l’ensemble du Québec, et de la planète aussi.

À vous écouter, la recherche a l’air de bien se porter au Québec…

Elle est vigoureuse, diversifiée, de plus en plus multidisciplinaire. Elle se fait beaucoup en partenariat. Ça ne signifie pas qu’elle est guidée par le secteur privé. Les partenaires viennent de tous horizons, les entreprises oui, mais aussi les milieux culturel, communautaire, gouvernemental. Le thème du congrès illustre d’ailleurs très bien cette vigueur. Sortir des sentiers battus… c’est une invitation à voyager. Tout le monde va voyager jusqu’à Rimouski ! Mais l’université voulait appeler les congressistes à explorer de nouveaux horizons, à appréhender la recherche sous un angle nouveau pour favoriser la créativité, l’innovation et l’excellence.

Et qu’en est-il du financement de la recherche ? L’Acfas a pris plusieurs fois position ces derniers mois, pour affirmer notamment que la recherche n’est pas une dépense mais un investissement…

Le Québec avait adopté, sous l’ancien gouvernement, une politique nationale de la recherche et de l’innovation. Mais le ministre actuel n’a toujours pas indiqué s’il y donnerait suite ou non. Ce silence suscite de vives inquiétudes. Au fédéral, les budgets augmentent marginalement. Mais, de ce côté-là, la crainte porte surtout sur un déséquilibre qui s’installe entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée et partenariale, au profit de cette dernière. Il n’y a rien de mal à financer la recherche appliquée. Rien de mal à financer la recherche partenariale, même si, du point de vue du gouvernement, on envisage ces partenariats d’abord et avant tout avec le secteur privé. Mais que ça se fasse au détriment de la recherche fondamentale, c’est une grande préoccupation.