Sortir des sentiers battus

Thierry Haroun Collaboration spéciale
L’Université du Québec à Rimouski sera l’hôte du congrès de l’Acfas du 25 au 29 mai.
Photo: Courtoisie UQAR L’Université du Québec à Rimouski sera l’hôte du congrès de l’Acfas du 25 au 29 mai.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le 83e Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) aura lieu au bord du Saint-Laurent, soit à Rimouski, du 25 au 29 mai. Où précisément ? À l’UQAR, mais également au Cégep de Rimouski et à l’Institut maritime du Québec, qui sont des partenaires importants de cette grande messe. La programmation est chargée et fortement teintée d’enjeux régionaux : choix des lieux oblige !

On sait que le congrès annuel de l’Acfas est le plus important rassemblement multidisciplinaire du savoir et de la recherche de la Francophonie. Mais, quand on compile certains chiffres de celui qui se tiendra dans la capitale du Bas-Saint-Laurent, on en est convaincu : 3500 scientifiques, dont 300 en provenance d’une trentaine de pays, y participeront. Quoi encore ? Pas moins de 135 colloques touchant à une multitude de domaines de la recherche seront accessibles, en plus de 500 communications libres ouvertes à tous et de plus d’une quinzaine d’activités gratuites.

Branché en région

On notera au passage que de nombreux colloques sont branchés sur l’actualité régionale. C’est-à-dire ? « Enjeux et défis liés à la santé et aux services sociaux en régions rurales, éloignées et isolées »est le thème de l’un d’entre eux. On y apprendra que l’organisation des services dans le réseau de la santé en région soulève plusieurs problèmes. « La dispersion des collectivités à desservir, l’éloignement des centres de services spécialisés, la petite taille des effectifs en poste et un fort taux de roulement du personnel ne sont que quelques exemples des contraintes qui restreignent l’accessibilité et la continuité des soins. » Et que… « Le fait de vivre en région peut notamment accentuer la vulnérabilité de certaines populations. Par exemple, les personnes âgées vieillissant en milieu rural, éloigné ou isolé vivent souvent dans des conditions sociales et de santé difficiles », lit-on dans la documentation.

Hydrocarbures et cathédrale

Le colloque intitulé « Environnement socio- écologique du golfe du Saint-Laurent : sommes-nous prêts pour l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures ? »en est un autre. Lequel suscitera assurément des débats. Par ailleurs, la documentation du colloque intitulé « Pauvreté, exclusion et intervention sociale en milieux ruraux et régionaux : bilan et prospectives »indique que, en croisant les trois univers que sont la ruralité-régionalité, la pratique de l’intervention sociale de même que la pauvreté et l’exclusion sociale, une série de questions se dégagent : comment se révèlent, en milieu rural-régional, la pauvreté et l’exclusion ? En quoi l’intervention sociale portant sur l’exclusion et la pauvreté en milieu rural-régional constitue-t-elle un champ distinct de pratique ? Comment s’y expriment l’action sociale autonome, la défense des droits ainsi que la mise en place de solutions de rechange en matière d’intervention sociale, hors et dans les institutions ? Voilà autant de questions qui seront soumises à l’examen des participants.

Toujours à l’échelle locale, une activité grand public cette fois-ci propose une réflexion sur le devenir de la cathédrale de Rimouski, fermée au public depuis l’automne dernier en raison de son état. Visites et causeries sont aussi inscrites à l’ordre du jour.

Thème et discussion

Le thème du congrès, quel est-il, au fait ? « Sortir des sentiers battus »a été choisi pour coiffer le tout. « Il s’agit d’un appel à voyager, à explorer de nouveaux horizons, à appréhender la recherche sous un angle nouveau pour favoriser la créativité, l’innovation et l’excellence. » Va pour la version officielle que les conférenciers liront dans la documentation afférente. Quelle est la définition qu’en donne Jean Bernatchez, le président du congrès et professeur-chercheur à l’UQAR ? « Écoutez, ça évoque la volonté de faire les choses autrement. Il faut surprendre. Il faut innover et donc sortir des sentiers battus. Dans les faits, cette approche reflète notre situation à l’UQAR, c’est-à-dire une université en région, près du fleuve, très liée à sa collectivité. »

« Et je dois vous dire, poursuit le professeur, que c’est toute la communauté rimouskoise qui va accueillir les congressistes. La ville entière sera aux couleurs de l’Acfas. Nous voulons non seulement en faire un colloque scientifique, mais aussi un lieu de rassemblement, un lieu d’interaction entre les chercheurs scientifiques et la population. » L’un des défis d’accueillir un aussi grand nombre de personnes dans un si court laps de temps a été de « les loger », fait-il valoir. « Véritablement, tous les hôtels de la région ont été mobilisés. Nous avons aussi fait appel à la collectivité et, au final, on s’est bien débrouillé grâce aux nombreux bénévoles. »

Des occasions uniques de rencontres

Chose certaine, rappelle Jean Bernatchez, ce colloque est une occasion de rencontres entre chercheurs qui autrement n’auraient pas lieu. « En effet, l’idée ici est justement de faire en sorte que des gens qui normalement ne se rencontrent pas puissent se voir et échanger. Dans les faits, une université fonctionne beaucoup par discipline, par département ou par champ d’étude. Il est donc assez rare que des professeurs de lettres côtoient des professeurs du domaine des sciences de la santé. D’ailleurs, nous aurons plusieurs colloques qui sont transdisciplinaires et multidisciplinaires, ce qui fait que l’apport de chacun est précieux, notamment sur les enjeux d’actualité. »

 

À propos de Boucar Diouf

Enfin, il est à noter que le porte-parole de ce congrès est le biologiste et humoriste, voire philosophe, Boucar Diouf. Dans la dernière livraison de L’universitaire, le magazine de l’UQAR, M. Diouf confie ceci : « Mes liens avec la science consistent à vampiriser les découvertes des chercheurs pour les présenter à un plus large public dans un emballage différent. »