Des subventions de recherche amputées

Les programmes du FRQNT destinés à l’établissement des jeunes chercheurs, au financement des équipes de chercheurs qui planchent sur un projet précis et au soutien des regroupements stratégiques de chercheurs de diverses institutions sont particulièrement touchés.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les programmes du FRQNT destinés à l’établissement des jeunes chercheurs, au financement des équipes de chercheurs qui planchent sur un projet précis et au soutien des regroupements stratégiques de chercheurs de diverses institutions sont particulièrement touchés.

Des chercheurs québécois oeuvrant dans des domaines aussi divers que la forêt, les océans, l’agroalimentaire, la médecine vétérinaire, l’optique, les mathématiques et les technologies verront leurs subventions réduites de 20 %, ou même complètement abolies.

Plusieurs de ces chercheurs qui comptaient sur un financement du Fonds de recherche du Québec Nature et technologies (FRQNT) ont appris la mauvaise nouvelle alors qu’ils s’apprêtaient à embaucher des étudiants pour l’été avec ces subventions. Au lieu de cela, ils devront plutôt mettre à pied de précieux assistants de recherche.

Plus précisément, ce sont les programmes du FRQNT destinés à l’établissement des jeunes chercheurs, au financement des équipes de chercheurs qui planchent sur un projet précis, et au soutien des regroupements stratégiques de chercheurs de diverses institutions qui offrent désormais des subventions diminuées de 20 %. Qui plus est, certains regroupements stratégiques ne recevront plus un financement de six ans, comme le prévoit le programme, mais une subvention déjà réduite de 50 % pendant un an, voire deux ans tout au plus.

Par ailleurs, les bourses allouées à des étudiants-chercheurs pour effectuer un stage en entreprise disparaissent. « Ces stages ont permis à 46 % de nos étudiants de trouver un emploi dans l’entreprise », souligne avec regret Maryse Lassonde, directrice scientifique du FRQNT.

Mme Lassonde explique que « ces réductions, qui ne sont pas imposées de gaîté de coeur », découlent d’un manque à gagner qui remonte à 2012. Cette année-là, le budget annuel de base du FRQNT s’élevait à 35 millions, soit un montant nettement inférieur à celui des deux autres fonds (Santé, et Société et culture).

Mais pour compenser ce déséquilibre, le FRQNT bénéficiait de 15 millions supplémentaires provenant de la Stratégie québécoise de la recherche et d’innovation (SQRI), qui allouait des crédits ponctuels pour promouvoir certains projets, comme la mise en place de nouveaux regroupements stratégiques et la création de bourses pour les stages en entreprise.

Adoptés par le gouvernement Charest, la SQRI et son financement corollaire sont toutefois arrivés à échéance en 2013. Après la protestation des chercheurs qui réclamaient la reconduction de ces crédits, dont la disparition mettait à mal certains secteurs de la recherche, le gouvernement Marois avait finalement accordé 7 millions au FRQNT. « La chance dans notre malchance est que notre budget a été majoré à 45 millions au cours des deux dernières années », affirme Mme Lassonde avant de reconnaître que le fonds fait néanmoins face à un important manque à gagner depuis 2013, puisqu’il recevait au total 50 millions en 2012, alors qu’il n’a disposé que de 42 millions en 2013 et 45 millions au cours de 2014 et 2015. « Pour compenser ce manque à gagner et éviter de couper dans nos programmes, nous utilisions les crédits résiduels provenant de la SQRI. Mais nous avons maintenant épuisé ces crédits. Nous avons donc cherché des stratégies pour faire face à la situation », précise-t-elle avant de préciser que les bourses d’excellence qui sont destinées aux étudiants de maîtrise, de doctorat et de postdoctorat ont été épargnées.

Steve Charette, chercheur à l’Université Laval, déplore vigoureusement ces coupes, et plus particulièrement le fait qu’elles s’appliquent non seulement aux subventions qui sont attribuées pour la première fois à une équipe, mais également à celles qui avaient déjà été accordées au cours des deux dernières années.

« En enlevant 20 % sur des sommes qui étaient déjà promises, il y a certains projets qui ne pourront pas être complétés, car nous ne pourrons plus payer les étudiants et le personnel technique ou professionnel qui avait été embauché grâce à ces subventions », dit-il. Il est surpris que les chercheurs aient été avertis de ces coupes à la dernière minute, soit au moment où débute « la session d’été durant laquelle on peut embaucher des étudiants. Il y a probablement des étudiants qui avaient reçu des offres pour faire une maîtrise ou un doctorat et qui se retrouvent avec des chercheurs qui ne peuvent plus les financer. » M. Charette rappelle aussi que « les regroupements stratégiques [qui écopent d’une diminution de 20 % dans le meilleur des cas] servent de levier pour aller chercher du financement au fédéral, voire à l’international. Le financement offert par le gouvernement provincial est essentiel pour permettre à nos unités de recherche de s’organiser pour être plus compétitives au niveau national. »

 

Océanographie

Selon Philippe Archambault, chercheur à l’Institut des sciences de la mer (ISMER) à l’Université du Québec à Rimouski, les coupes imposées aux regroupements stratégiques se traduiront notamment par la mise à pied du personnel chargé de l’entretien des appareils d’océanographie, de leur installation en mer et du traitement des données prélevées par ces instruments. Il souligne aussi les dommages que provoqueront les coupes dans les subventions accordées aux jeunes chercheurs qui démarrent leur carrière. « Ces subventions servent de tremplin aux jeunes diplômés au doctorat en leur permettant d’acheter un minimum d’équipement et d’accepter un ou deux étudiants afin de devenir performants rapidement. Ces subventions sont capitales », dit-il.

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