Les résultats du test du vaccin Ebola sont encourageants

Les premiers résultats des essais de vaccination menés aux Hôpitaux universitaires de Genève sont plutôt encourageants, malgré les effets secondaires observés. Le feu vert a été donné en Guinée pour des essais à plus grande échelle.
 

Depuis cinq mois, des essais cliniques testent à travers le monde des vaccins expérimentaux contre Ebola, notamment aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Les premiers résultats de l’étude de sûreté et d’efficacité d’un de ces vaccins, un produit canadien appelé VSV-EBOV, ont été publiés jeudi dans le New England Journal of Medicine. Les analyses ont été présentées mercredi aux HUG. Selon les coordinateurs de l’essai dit de phase I/II, aucun effet secondaire grave n’a été signalé mais plusieurs cas d’arthrite douloureuse ont été rapportés à Genève. Le VSV-EBOV induit aussi une réponse immunologique et les experts ont décidé de poursuivre les tests avec des vaccinations à plus grande échelle en Guinée.

Au total, pour l’essai de phase I/II, ce sont 800 volontaires — des adultes en bonne santé — qui ont reçu le vaccin VSV-EBOV en injection depuis novembre 2014, sur six sites cliniques différents : à Genève mais aussi en Allemagne, au Gabon, au Kenya, aux États-Unis et au Canada. La quantité de vaccin injectée varie d’un site à l’autre.

 

La sûreté du produit

Les chercheurs ont d’abord évalué la sûreté du produit. « Il est important de caractériser les effets secondaires de ce vaccin, car il sera injecté dans des zones où sévissent la malaria et Ebola, commente Claire-Anne Siegrist, vaccinologue et coordinatrice de l’étude aux HUG. Il faudra rassurer les participants. » Elle annonce qu’« aucun effet grave n’a été observé ».

Cependant, des effets moins sévères ont été constatés. Ainsi neuf volontaires genevois sur dix ont présenté des effets attendus comme de la fièvre et des frissons 24heures après l’injection, qui ont vite disparu. La vaccinologue ajoute : « On a été plus surpris par des participants qui revenaient, en moyenne dix jours après l’injection, avec des douleurs articulaires ou des irritations de la peau. » Les investigateurs ont décidé de suspendre les tests en décembre dernier pour analyser ces effets. Les injections ont repris en janvier, mais avec une dose plus faible.

À quoi sont dus les effets secondaires du VSV-EBOV observés chez 20 % des volontaires des HUG ? Ce vaccin est une particule « chimérique » constituée d’un pathogène courant chez les bovins, appelé virus de la stomatite vésiculaire (VSV), auquel on a enlevé son enveloppe pour la remplacer par celle du virus Ebola. Cette chimère est toutefois incapable de transmettre cette fièvre hémorragique. Cependant, le VSV-EBOV est capable de se dupliquer dans le corps grâce à sa partie VSV. « Nous pensons que les vésicules cutanées observées sont le résultat de l’effet du VSV, qui, chez les vaches, est aussi responsable de lésions cutanées, explique Claire-Anne Siegrist. L’arthrite, qui dure plusieurs semaines chez certaines personnes, serait due à une propriété de l’enveloppe d’Ebola. Elle peut se fixer à des cellules immunitaires qui la transportent à l’intérieur des articulations. »

Aucune réaction de ce type n’a été observée sur les sites africains. Par contre, selon des résultats non publiés encore, des volontaires aux États-Unis et au Canada ont présenté ces symptômes. « Il est difficile de dire la fréquence ou l’intensité de ces effets secondaires dans la population africaine, précise Claire-Anne Siegrist. Dans tous les cas, on parle de symptômes bénins qui n’ont entraîné ni hospitalisation ni arrêt de travail. »

L’efficacité du vaccin a aussi été évaluée. La vaccinologue annonce : « Nous avons montré pour la première fois que le VSV-EBOV entraîne la production d’anticorps contre le virus Ebola, chez toutes les personnes vaccinées. Dans la majorité des cas, ces anticorps sont aussi capables de neutraliser le virus, c’est-à-dire de l’empêcher d’infecter des cellules humaines. Et cette efficacité croît avec la dose. »

Des essais à plus grande échelle

Cependant, la coordinatrice des tests prévient qu’à ce stade, il est impossible de dire si la quantité d’anticorps produite par VSV-EBOV est suffisante pour protéger contre la maladie. Pour les tests en Afrique de l’Ouest, la dose injectée a été fixée à 20 millions de particules virales actives (PFU). Selon des études précédentes, 10 millions de PFU — une des doses testées à Genève — permettent de protéger des macaques contre Ebola.

« Ces résultats ont justifié de continuer l’évaluation de la sûreté et de l’efficacité, prévient Claire-Anne Siegrist. Le vaccin n’est pas prêt pour une vaccination de masse chez tous, notamment les enfants et les femmes enceintes. » C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé (OMS) coordonne depuis début mars des essais à plus grande échelle, dits de phase III, chez des adultes consentants. Le suivi des effets secondaires se fait grâce à un questionnaire et à deux visites après l’injection. « À ce jour, 200 volontaires ont été vaccinés en Guinée, explique Marie-Paule Kieny, chargée de la coordination des essais à l’OMS. Nous visons 1750 vaccinations parmi les travailleurs en première ligne. » Selon elle, après 15 jours, aucun cas d’arthrite n’a été signalé. L’OMS a aussi lancé une vaccination dite « en ceinture » : lorsqu’un cas d’Ebola se présente dans un centre de soin guinéen, la liste de ses contacts est établie et un périmètre est dessiné autour de chez lui à l’intérieur duquel tout le monde est vacciné. L’OMS espère vacciner 10 000 personnes avant la fin juin et publier les résultats cet été.

Or — c’est une bonne nouvelle — le nombre de nouveaux cas en Guinée (198 ces trois dernières semaines) est en baisse. Est-ce que cela pourrait compromettre l’étude d’efficacité du vaccin ? « Nous ne pensons pas que le contrôle de l’épidémie sera assez rapide pour bloquer le recrutement pour la vaccination en ceinture », répond Marie-Paule Kieny. Selon elle, la population a été accueillante jusqu’à présent, mais deux facteurs pourraient ralentir le recrutement : la saison des pluies qui approche, ainsi que les élections, qui pourraient instaurer un climat politique défavorable.

Comparé aux autres vaccins en cours d’essai, le VSV-EBOV est le plus avancé. Le ChAd3-EBOZ, de la société GlaxoSmithKline, a été testé en Suisse aussi, au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), cet hiver. Sans effet secondaire durable, le ChAd3-EBOZ est cependant difficile à produire et semble nécessiter l’injection de fortes doses et peut-être de rappels, ce qui compliquerait fortement la logistique de sa distribution. Des essais de phase II ont débuté en février au Liberia, mais il est peu probable, selon Marie-Paule Kieny, qu’une étude de phase III ait lieu, car le nombre de nouveau cas y est quasi nul. « Et il serait trop compliqué logistiquement pour la Guinée, qui est fragilisée, de mener deux études sur deux vaccins différents en même temps », commente Claire-Anne Siegrist.

Deux études supplémentaires sont prévues en avril et en mai en Sierra Leone pour tester le VSV-EBOV et un vaccin de la compagnie Johnson Johnson. « Nous espérons que si l’un des vaccins ne protège pas la population ou a trop d’effets secondaires, il y aura d’autres produits candidats », conclut Marie-Paule Kieny.