Quand personne ne s’entend sur les outils à utiliser

Comment étudier les théories du complot ? On peut utiliser les outils des psychologues, des politologues… Et il y a les philosophes, qui proposent de demander… si les théories du complot existent.

C’est le constat que fait un collaborateur de la revue Reason, de retour d’un congrès universitaire sur les théories du complot — il y a lui-même donné une conférence — qui avait lieu à la mi-mars à l’Université de Miami, en Floride. Jesse Walker est par ailleurs l’auteur d’un livre intitulé The United States of Paranoia.

D’emblée, ce qui l’a le plus frappé, c’est la variété des disciplines universitaires présentes… qui n’arrivent pas à s’entendre sur la façon d’aborder le problème.

Les psychologues sociaux aiment surtout pouvoir mener des expériences. Par exemple, une équipe allemande a récemment présenté à des participants un événement, puis leur a demandé d’imaginer ce qui a conduit à cet événement. Les participants devaient ensuite évaluer le degré de vraisemblance des histoires des autres.

Les philosophes s’inscrivent en faux contre les psychologues. Chaque fois, écrit Walker, qu’un psychologue explorait le processus mental par lequel se forment des croyances en un complot, un philosophe venait au micro pour demander pourquoi ils ne traitaient pas ces histoires de complots comme des idées.

« Entre les sessions, les philosophes étaient parfois en train de se plaindre que les psychologues et les sociologues démonisent ceux qui croient à un complot ; pendant que psychologues et sociologues se plaignaient que les philosophes étaient meilleurs pour poser des questions que pour concevoir une recherche. »

Les politologues veulent eux aussi recueillir des données. Mais face aux reproches des philosophes, un des politologues a répondu qu’ils ne ciblent pas les théoriciens du complot. Ils considèrent tous les comportements politiques comme étant irrationnels. L’exemple suivant a donné lieu à un livre en 2014, American Conspiracy Theories : l’analyse de plus de 100 000 lettres de lecteurs publiées par le New York Times et le Chicago Tribune entre 1890 et 2010. La conclusion : la paranoïa aux États-Unis a été assez stable pendant tout ce temps…

Les historiens sont plus difficiles à définir, parce que ceux qui étaient au congrès semblaient tous viser des cibles très précises (une élection pour le poste de gouverneur de Californie en 1934, le mouvement Nouvel Âge, les débats au Parlement britannique…)

Au final reste la difficulté à définir le terme : qu’est-ce qu’une théorie du complot ? Pour James Tracy, professeur de communications à l’Université Florida Atlantic, le terme serait utilisé pour discréditer des gens qui font des enquêtes légitimes. Par exemple… lui. James Tracy affirme que la tuerie de l’école primaire Sandy Hook, en 2012 (28 morts, dont 20 enfants), aurait été inventée de toutes pièces par le gouvernement afin de voter une loi sur le contrôle des armes. Peut-être faudrait-il remplacer « théorie du complot » par « croyance en un complot » ?