Positionner le Québec comme acteur du Grand Nord

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Le premier Symposium international sur le développement nordique aura lieu du 25 au 27 février.
Photo: Anne Pélouas Le premier Symposium international sur le développement nordique aura lieu du 25 au 27 février.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Philippe Couillard rêve de placer le Québec au coeur du développement du Grand Nord. L’automne dernier, il a participé au sommet du Cercle polaire, en Islande, et voilà qu’il tiendra, du 25 au 27 février, le premier Symposium international sur le développement nordique.

« À la suite de sa visite en Islande, le premier ministre a décidé d’organiser un symposium, relate Maryse Lassonde, directrice scientifique du Fonds de recherche du Québec — Nature et technologies (FRQNT). Notre grande force au Québec, ce sont les sciences nordiques, poursuit-elle, et nous allons montrer de quoi nous sommes capables ! »

Mme Lassonde dirige incidemment le volet scientifique de l’organisme du gouvernement du Québec qui subventionne les recherches reliées principalement aux sciences naturelles, aux mathématiques et au génie. « C’est nous qui finançons la majeure partie de la recherche fondamentale qui se fait dans le développement du Nord », précise-t-elle.

Le symposium est coprésidé par le gouvernement du Québec et le Conseil nordique des ministres, en collaboration avec l’Université Laval, « où il se fait énormément de recherches sur le développement nordique », souligne-t-elle au passage.

Un regard québécois sur le Nord

C’est ainsi que, la veille du symposium, le 24, le Fonds de recherche du Québec organise une journée scientifique sur le thème « La recherche nordique : un regard du Québec sur le monde ». « Ce sera l’occasion pour nos chercheurs de montrer leur savoir-faire, indique Maryse Lassonde. Et, autre aspect intéressant, chacun de nos chercheurs sera jumelé à un collègue étranger. »

Par exemple, deux chercheurs, l’un de l’Université du Québec à Rimouski et l’autre de l’Université de Tromsø (Norvège), décriront l’écosystème arctique en changement. Un duo québécois et français parlera de la géothermie au service des mines et des communautés nordiques. D’autres traiteront du développement communautaire via la production alimentaire et le bioalimentaire nordique. Un jeune chercheur de l’Université Laval parlera même des « floraisons phytoplanctoniques dans un océan Arctique en mutation », etc.

« Il s’agira de faire état des connaissances et des enjeux qui concernent le Grand Nord, explique l’organisatrice de cette journée de science, ce qui permettra de situer le Québec comme l’un des principaux acteurs du Grand Nord. Du point de vue scientifique, il ne fait aucun doute que nous sommes très avancés,puisque nos chercheurs publient énormément de travaux en ce domaine. »

À son avis, le bagage scientifique acquis par nos chercheurs permet de nous positionner en regard des politiques gouvernementales et internationales, ainsi que par rapport au développement industriel du Grand Nord. « Il s’agira donc de faire état des connaissances et des enjeux sur tout ce qui a trait au Grand Nord, dit-elle, ce qui permettra de situer le Québec comme l’un des grands acteurs. »

Vers un développement concerté du Grand Nord

On se souviendra que, l’automne dernier, le premier ministre Couillard est allé présenter le Plan Nord en Islande, à l’occasion de la réunion du Cercle polaire, rappelle Maryse Lassonde. « À ce moment-là, il a été décidé d’organiser un symposium rassemblant des politiques, des chercheurs et des industriels, avec l’idée, espère–t-on, que cela devienne un événement récurrent », rapporte-t-elle.

C’est ainsi que ce symposium de trois jours réunira des représentants politiques, dont le premier ministre de l’Islande, le président du conseil des ministres du Cercle polaire et les ministres d’une demi-douzaine de pays nordiques. Il y aura également des représentants du milieu universitaire, des populations nordiques — y compris des nations autochtones elles-mêmes — ainsi que des gens d’affaires et des entreprises, « afin de partager les connaissances, les expériences et les visions d’un développement nordique durable », résume Mme Lassonde.

Parmi les pays et régions représentés, on compte bien entendu l’Islande, le Groenland, la Norvège, le Danemark ainsi que l’Alaska, mais, signe des temps, peu ou pas de représentants de la Russie, pourtant le plus vaste pays qui borde le Cercle polaire.

Ce symposium donnera lieu à une douzaine d’ateliers abordant des thèmes aussi variés que l’éducation et la formation, le tourisme, l’alimentation, les enjeux sociaux, ainsi que l’environnement, la conservation, les changements climatiques, de même que l’énergie et les infrastructures. On y traitera plus spécifiquement du rôle des autorités locales et des gouvernements infranationaux dans le développement du Grand Nord. « Ces thématiques ont été choisies parce qu’elles tiennent à coeur autant aux ministres nordiques qu’au gouvernement du Québec, précise Mme Lassonde. Ce sera une belle façon de faire valoir le savoir-faire québécois. »

Par exemple, dans le cadre de l’atelier sur l’éducation, on présentera des chercheurs de l‘Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue qui se spécialisent dans l’enseignement aux autochtones.

« Quant à l’atelier sur le tourisme, il y a là énormément de recherches à faire, notamment pour voir quels sont les obstacles et les bonnes pratiques à appliquer, rapporte Maryse Lassonde. Le tourisme est, entre autres, très bien organisé au Groenland. » Cet atelier est d’ailleurs placé sous le thème« Réalité et possibilité, la stratégie québécoise du tourisme au nord du 49e parallèle ».

Par ailleurs, le symposium traitera des politiques publiques appliquées par divers pays qui bordent le Cercle polaire. Mme Lassonde cite d’ailleurs le cas des politiques européennes en matière de développement durable.

« Nous cherchons à présenter les connaissances factuelles au sujet du Grand Nord, pour voir ce qui se fait un peu partout, résume l’organisatrice de la journée scientifique. On peut sûrement apprendre des bonnes pratiques qui se font un peu partout… »