Ottawa fait volte-face après le tollé

Photo: Rémi Boucher remiboucherphoto.com

Face au tollé soulevé mercredi matin par l’annonce de la fermeture prochaine de l’Observatoire du mont Mégantic (OMM) en raison de l’échéance et du non-renouvellement d’une importante subvention fédérale, le bureau du ministre de l’Industrie, James Moore, s’est engagé en fin d’après-midi à fournir le financement nécessaire pour maintenir l’Observatoire ouvert.

Depuis 2008, l’OMM bénéficiait de l’aide de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), qui lui a accordé une subvention de 11, 7 millions, laquelle subvention a permis de « remettre à niveau l’observatoire avec de nouveaux instruments à la fine pointe de la technologie », a précisé au Devoir René Doyon, directeur de l’OMM. Étant donné que cette subvention arrive à échéance le 31 mars prochain, l’équipe de l’OMM avait participé au concours spécial du Fonds des initiatives majeures scientifiques majeures de la FCI dans l’espoir d’obtenir le financement nécessaire au fonctionnement de l’Observatoire. Cette subvention lui a été refusée parce que l’OMM « ne remplissait pas les critères d’admissibilité », a indiqué la FCI.

« La FCI ne subventionne plus que les infrastructures dites nationales, et elle ne nous considère pas comme une infrastructure nationale. Pourtant, l’OMM rayonne sur la scène internationale. Au fil des années, l’OMM s’est donné comme mission le développement d’instruments astronomiques de pointe qui sont par la suite intégrés aux grands télescopes du monde. Il n’y a aucun autre groupe universitaire au Canada qui contribue autant à cette discipline qu’est l’astrophysique instrumentale », a souligné M. Doyon avant de citer de multiples exemples des conceptions réalisées à l’OMM.

Le dernier instrument à avoir été installé sur le télescope Gemini, soit le Gemini Planet Imager, intègre des avancées techniques qui ont été mises au point à l’OMM.

La découverte en 2008 d’un nouveau système planétaire par l’équipe de M. Doyon a d’ailleurs été rendue possible grâce à une nouvelle technique d’imagerie, la méthode d’imagerie angulaire différentielle, qui a été inventée et testée à l’OMM. « Quand on a compris toute la puissance de cette technique, on l’a exportée sur les grands télescopes, ce qui nous a permis de nous positionner parmi les grandes équipes mondiales de recherche d’exoplanètes », a rappelé M. Doyon tout en ajoutant que « l’OMM a aussi été un pionnier dans le développement de la technologie de l’astronomie infrarouge. Notre expertise dans ce domaine a contribué à ce que nous participions à la mise au point du télescope spatial James Webb », qui sera le successeur du télescope Hubble.

Autre exemple de réalisation, on installera dans les prochaines semaines sur le télescope Canada-France-Hawaï un instrument appelé SITELLE, dont le prototype a été construit et éprouvé à l’OMM. « Cet instrument exceptionnel combine la spectroscopie et la photométrie. Il fournit une image du ciel dans laquelle chaque pixel porte un spectre qui nous informe sur la composition moléculaire de l’atmosphère », a expliqué depuis Hawaï Lison Malo, qui est astronome résidente pour le Canada au Télescope Canada-France-Hawaï.

Mme Malo, qui a terminé il y a six mois son doctorat avec M. Doyon, a consacré plus de 200 nuits d’observation à l’OMM durant sa maîtrise et son doctorat. « J’y ai appris à manipuler tous les nouveaux instruments dont sont dotés les grands télescopes du monde », a-t-elle relaté.

« La majorité des nouveaux instruments qui sont déployés sur les grands télescopes du monde proviennent de l’initiative de l’expertise de chercheurs de l’OMM.Je n’ai qu’une histoire à succès à raconter. L’OMM est aussi un endroit unique pour former des astrophysiciens. On forme deux fois plus d’astrophysiciens au Québec que partout ailleurs au Canada, probablement en partie parce que l’OMM attire les étudiants chez nous », a fait remarquer en matinée M. Doyon.

Il avouait alors être torturé par la difficile décision de fermer l’OMM qu’a dû prendre son conseil d’administration en raison du silence du ministre du Développement international et de la Francophonie, et député de Mégantic-L’Érable, Christian Paradis. L’équipe de l’OMM et le cabinet du recteur de l’Université de Montréal avaient sollicité le ministre sans succès à l’automne dernier.

Car la contribution du fédéral est essentielle pour la poursuite des activités à l’OMM, a indiqué son directeur avant de préciser que le gouvernement provincial accorde environ 100 000 $, soit 10 % du budget global de fonctionnement de l’observatoire, qui s’élève à un million par année. Les Universités de Montréal et Laval apportent une contribution de 25 à 30 %. L’Agence spatiale canadienne donne une subvention servant à couvrir les activités liées au télescope spatial James Webb. « Il manque donc un demi-million pour assurer la survie de l’OMM », a répété M. Doyon.

Idéologie conservatrice dénoncée

Dès l’annonce de la fermeture probable de l’OMM, les réactions ont afflué autant de la part des scientifiques que des députés fédéraux et provinciaux de l’opposition. Le député libéral de Westmount–Ville-Marie au fédéral, Marc Garneau, a dénoncé l’idéologie du gouvernement Harper en ce qui concerne le financement de la recherche au Canada. « Ce gouvernement a clairement donné le message, il y a quelques années, qu’il désirait favoriser la recherche appliquée qui aboutit à des débouchés commerciaux, plutôt que la recherche fondamentale, comme l’astronomie qui accroît notre connaissance de l’Univers », a-t-il rappelé au Devoir avant de souligner qu’« on a formé de nombreux astronomes à l’OMM qui ont une excellente réputation internationale et qui ont débuté leurs premiers travaux sérieux à Mégantic ».

Pour sa part, l’astronome Pierre Chastenay et animateur du Code Chastenay à Télé-Québec, a, entre autres, souligné que « l’OMM n’est pas le plus gros télescope au monde, loin de là, mais il est le plus grand observatoire dans l’est de l’Amérique du Nord, ce qui n’est pas rien. Il s’y produit de la bonne recherche, dont les résultats sont publiés dans des revues prestigieuses ».

En fin d’après-midi, les ministres fédéraux James Moore et Christian Paradis sont sortis de leur mutisme et ont affirmé que leur « gouvernement est déterminé à financer l’Observatoire du mont Mégantic afin qu’il demeure accessible pour tous les Canadiens ». L’attaché de presse du ministre de l’Industrie, Jake Enwright, a confirmé au Devoir que le cabinet du ministre s’engageait à « accorder à l’OMM le financement dont il aura besoin pour demeurer ouvert et poursuivre ses activités durant les prochaines années. Dans l’immédiat, l’OMM recevra les 500 000 $ nécessaires à son fonctionnement. Ensuite, nous ajusterons le financement en fonction des besoins qui peuvent fluctuer d’une année à l’autre ».