Les criminels psychopathes ne réagissent pas à la punition

Les criminels psychopathes ne modifient pas leur comportement même s’il mène à une punition.
Photo: iStock Les criminels psychopathes ne modifient pas leur comportement même s’il mène à une punition.

Une nouvelle étude réalisée à l’Université de Montréal et au King’s College de Londres indique que le cerveau des criminels psychopathes est réfractaire à la punition. Elle montre ainsi que le gouvernement Harper fait fausse route en choisissant d’accroître les peines d’emprisonnement des criminels plutôt que leur réadaptation.

Les criminels psychopathes, qui comptent pour 20 % des détenus dans les pénitenciers canadiens, se distinguent des autres criminels par leur manque d’empathie et par le fait qu’ils ne se sentent pas responsables de leurs actes. Ils récidivent beaucoup plus souvent. Quant aux autres criminels, « ils voient des menaces partout. Quand ils s’engagent dans une agression, ils sont très émotifs parce qu’ils se sentent très menacés, contrairement aux psychopathes qui n’ont pas peur des autres », souligne Sheilagh Hodgins, professeure à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

En collaboration avec des collègues anglais, Mme Hodgins a réalisé trois études, dans lesquelles elle comparait la structure et l’activité du cerveau de criminels violents et psychopathes, à celui de criminels avec trouble de la personnalité antisociale et d’hommes n’ayant jamais commis de crime. Dans une première étude, l’équipe de chercheurs a découvert que le volume de matière grise — qui traite l’information — dans des régions associées à l’empathie, au raisonnement moral et au traitement des émotions sociales, telles que la culpabilité, était moindre dans le cerveau des criminels psychopathes que dans celui des autres criminels et des témoins. Dans un autre article, les scientifiques ont remarqué que les fibres blanches reliant le système limbique, qui traite les émotions, et une région du cortex préfrontal, qui sert à contrôler les émotions, étaient « moins bien organisées chez les psychopathes, et qu’elles transmettaient moins bien les messages ».

Récompense

La troisième étude, dont les résultats étaient publiés mercredi dans The Lancet, a consisté à enregistrer l’activité cérébrale des participants pendant qu’ils exécutaient une tâche visant à évaluer leur capacité à modifier leur comportement après une punition. Alors qu’ils étaient dans un scanneur, les sujets devaient cliquer sur une des deux photos (celle d’un téléphone et d’un animal) qui leur étaient présentées. Au cours des premiers essais, les sujets recevaient des points quand ils choisissaient l’animal. Puis, soudainement, on leur enlevait des points quand ils cliquaient sur l’animal et on les récompensait quand ils optaient pour le téléphone. « Les participants s’attendaient à une récompense, mais ils ont reçu une punition. En principe, cette information devait les inciter à changer de comportement », explique la chercheuse.

Or, contrairement aux autres criminels et aux sujets contrôles, les psychopathes échouaient à décoder cette information. De plus, cette situation activait chez eux des régions cérébrales complètement différentes de chez les autres participants de l’étude.

« Le patron d’activation particulier des psychopathes montre qu’ils traitent l’information très différemment. On a l’impression qu’ils n’enregistrent pas le message, qu’ils ne tirent pas de leçon des punitions », fait remarquer la psychologue avant d’ajouter que les enfants ayant des problèmes de comportement et un manque d’empathie ne répondent pas non plus aux punitions infligées par leurs parents et leurs enseignants, contrairement aux autres enfants présentant des troubles comportementaux mais qui font preuve d’empathie. « Les enfants manquant d’empathie apprennent des récompenses, mais pas des punitions. Avec eux, il faut donc user de renforcement positif le plus possible », avance Mme Hodgins.

« Nos recherches visent à comprendre pourquoi et dans quelles circonstances les psychopathes sont réfractaires aux punitions — ils ont tout de même appris à ne pas marcher devant un autobus. Nos observations devraient aider à concevoir des interventions correctives qui soient plus appropriées. Mais surtout, il faut intervenir dès l’enfance alors que l’on peut modifier la structure et le fonctionnement cerveau », affirme-t-elle.


 
1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 29 janvier 2015 09 h 29

    une difficulté du systeme cognitif

    Ne dit on pas qu'un pschopathe est quelqu'un dont l'affectivité est completement perturbée, enfin dans certaine situation, ne dit on pas en langage populaire qu'il a perdu le nord, voire qu'il est désorienté, peut etre est ce une difficulté du systeme cognitif de maitriser certaines situations