Des médicaments courants augmenteraient le risque de démence

Les médicaments visés par cette étude possèdent tous une activité anticholinergique, un important neurotransmetteur du système nerveux qui intervient dans les fonctions cognitives du cerveau.
Photo: Hanquan Chen / CC Les médicaments visés par cette étude possèdent tous une activité anticholinergique, un important neurotransmetteur du système nerveux qui intervient dans les fonctions cognitives du cerveau.

La prise quotidienne et prolongée d’antidépresseurs, d’antihistaminiques ou d’antispasmodiques, des médicaments couramment utilisés par les personnes âgées pour traiter l’incontinence, les allergies saisonnières, la dépression et l’insomnie, augmenterait le risque de démence et de la maladie d’Alzheimer, révèle une étude publiée dans la dernière édition du Journal of the American Medical Association (JAMA) Internal Medicine.

Les médicaments visés par cette étude possèdent tous une activité anticholinergique, c’est-à-dire qu’ils bloquent les récepteurs de l’acétylcholine, un important neurotransmetteur du système nerveux qui intervient dans les fonctions cognitives du cerveau, telles que l’attention, la concentration et la rapidité des réflexes moteurs.

Les chercheurs de l’Université de Washington à Seattle qui ont réalisé cette étude ont relevé pendant dix ans la dose et la fréquence de consommation de ces médicaments par 3434 personnes âgées de 65 ans et plus, dont 797 (soit 23 %) ont développé une démence, telle que la maladie d’Alzheimer qui est apparue chez 637 participants, soit 80 % des 797. Les chercheurs ont noté que les médicaments anticholinergiques les plus couramment employés par ces personnes étaient les antidépresseurs tricycliques, les antihistaminiques de première génération et les antimuscariniques ou antispasmodiques pour la vessie. Ils ont évalué que les plus hautes doses cumulatives absorbées pendant plus de trois ans augmentaient le risque de démence de 54 % et d’Alzheimer de 63 %.

Allergie, incontinence et dépression

La gériatre Cara Tannenbaum, chercheuse à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, précise qu’au Québec, les anticholinergiques les plus couramment prescrits sont l’amitriptyline (Elavil), un antidépresseur tricyclique aussi proposé pour soulager les douleurs chroniques, l’oxybutynine (Ditropan) utilisé pour traiter l’incontinence urinaire et qui est remboursé par la Régie de l’assurance maladie du Québec, ainsi que le diphénhydramine, que l’on connaît sous le nom commercial de Benadryl, qui est disponible sans ordonnance.

Elle rappelle que plusieurs études ont démontré que les médicaments qui agissent sur le cerveau peuvent avoir des conséquences à long terme chez les personnes âgées.

La Dre Tannenbaum souligne aussi le problème posé par le fait que les médicaments prescrits aux patients atteints de la maladie d’Alzheimer, l’Aricept ou le Donépézil, sont « pro cholinergiques » : « ils visent à accroître l’acétylcholine dans la fente synaptique ». « En clinique, il arrive souvent que les personnes que l’on traite pour leurs symptômes de démence ou de la maladie d’Alzheimer avec l’Aricept ou le Donépézil prennent aussi des médicaments anticholinergiques qui bloquent les récepteurs à l’acétylcholine, alors que les deux médicaments ont des effets contraires », explique-t-elle.

Alors que l’on croyait que les troubles cognitifs — une baisse de l’attention et des réflexes, voire une somnolence — engendrés par les anticholinergiques disparaissaient dès leur retrait, l’étude du JAMA suggère au contraire que le risque de développer une démence persiste après l’interruption d’un traitement prolongé. « On sait que le cerveau s’adapte à son environnement, donc s’il est en présence de ces molécules pendant très longtemps, il se pourrait que l’effet devienne irréversible », affirme la chercheuse.

La Dre Tannenbaum insiste sur le fait qu’il existe des traitements non pharmacologiques pouvant servir d’alternative aux médicaments anticholinergiques. « Pour une vessie hyperactive, il faut éviter de boire du thé et du café. On peut aussi renforcer les muscles du plancher pelvien par des exercices. Pour améliorer le sommeil, on peut opter pour une thérapie cognitivo-comportementale. Pour soulager des douleurs chroniques, on peut se tourner vers des traitements de physiothérapie ou psychologiques », propose-t-elle.

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Ce texte a été modifié après publication

4 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 28 janvier 2015 08 h 02

    Les médicaments....

    Je plains ceux qui doivent ou pensent être obligés d'en prendre. Ils semblent faire du bien sur le coup, mais causent plus de problèmes à long terme. En plus, quand ils sont gratuits (façon de parler bien sûr), les gens en profitent plutôt que de se soigner autrement. Pourtant l'autrement existe.

  • Stéphanie LeBlanc - Inscrite 28 janvier 2015 09 h 15

    Traiter des problèmes ou des symptômes?

    Trop de médicaments sont utilisés pour traiter des problèmes qui sont consécutifs à de mauvaises coonditions de vie ou une mauvaise gestion des ressources humaines en CHSLD. Un médicament modifiant la biochimie du cerveau ne devrait être utilisés que pour traiter des problèmes réels et seulement si toutes les autres alternatives ont échoué.

    Peut-être que si on ne mettait pas les aînées en CHSLD aux couches dès qu'ils sont en fauteuil roulant pour ne pas avoir à les amener aux toilettes, ils seraient moins nombreux à souffrir d'incontinence.

    Peut-être que si on ne leur faisait pas prendre des somnifères juste pour qu'ils ne dérangent pas le personnel la nuit, ils ne finiraient pas par développer un cycle vicieux médicament-accoutumance-insomnie.

    Peut-être que s'ils avaient plus de contacts humains et une bonne raison de se lever le matin, ils seraient moins nombreux à être dépressifs.

    On ne va pas aux causes des probl;mes, on ne fait que traiter des symptômes.

    • Daniel Bérubé - Abonné 29 janvier 2015 01 h 00

      Le hic, c'est que la santé est aujourd'hui traité par des "marchés", et que leurs raison d'être première n'est pas d'aider des humains, de rayer les maladies, mais bien de faire des profits. Traiter la cause du problème peut l'éliminer, mais... es-ce cela le plus rentable pour les investisseurs ? Tant et aussi longtemps que nous traitons les symptômes, le besoin du médicament demeure...

      Ne pas oublier qu'avec la phylosophie capitaliste: au nom des profits, tout est permis...

      De plus, depuis combien de temps, ici en amérique et ailleurs, nos dirigeants politique ont pour principe de "laissé libre cour aux marchés" ?. On connaît la qualité d'un arbre à ses fruits.

  • Di Stradart - Inscrit 28 janvier 2015 13 h 13

    Oufffff!

    Il est grand temps ! Mais ceci n'est bien-sûr que la pointe de l'iceberg... Regardons un peu, point par point les effets secondaires de chaque médicament, surtout les grands gagnants de Big Pharma... donnés par milliard... antalgiques arrivent en tête (paracétamol...), suivis des psycholéptiques (zolpidem...)puis des antibiotiques (amoxicilline...). Allez un, deux, trois, GO! Faites votre devoir...