Fin seul au pôle Sud

Propulsé par un cerf-volant, Frédéric Dion a réussi à atteindre en solitaire le point du continent antarctique le plus éloigné de toute côte. On voit ici l’aventurier lors d’une expédition précédente.
Photo: Source : Frédéric Dion Propulsé par un cerf-volant, Frédéric Dion a réussi à atteindre en solitaire le point du continent antarctique le plus éloigné de toute côte. On voit ici l’aventurier lors d’une expédition précédente.

Seul, complètement seul, face à l’immensité de l’Antarctique. L’aventurier québécois Frédéric Dion est devenu, lundi matin, la toute première personne à atteindre en solitaire le centre du continent le plus méridional de la Terre. Une épopée en solo qu’il décide maintenant de prolonger.

Frédéric Dion peut dire mission accomplie. En un temps record, propulsé par un cerf-volant la plupart du temps, l’homme de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, près de Trois-Rivières, est parvenu à atteindre le pôle Sud d’inaccessibilité, c’est-à-dire le point du continent antarctique le plus éloigné de toute côte. Seul compagnon pour célébrer cet exploit : un buste de Vladimir Lénine, dernier vestige encore visible de la station de recherche soviétique du pôle d’inaccessibilité, érigée en décembre 1958, et qui se trouve désormais quelques mètres sous la neige et la glace.

Parti de la base russe Novolazarevskaya en Antarctique, le 10 novembre dernier, sur des skis à traction, l’aventurier a affronté des températures sous les –50 °C, a connu les engelures, un traîneau brisé à plusieurs reprises qui s’est finalement démembré, un blizzard avec des vents de 150 km/h et un incendie qui a failli brûler sa tente. Alors qu’il s’attendait à pouvoir se propulser grâce au vent pour la majeure partie de son parcours, il a aussi dû faire face à une accalmie complète ayant duré plus de dix jours, a-t-il confié au Devoir, en soirée, au cours d’une entrevue menée par téléphone satellite.

« Le plus grand défi, c’était de composer avec le doute. J’avais parcouru 2100 kilomètres en 26 jours. C’était très rapide comme progression, malgré les embûches… et là, soudainement, alors qu’il ne me restait que 98 kilomètres, le vent est tombé complètement. J’ai pris une journée de congé, puis une deuxième, une troisième… puis j’ai commencé à douter. Combien de temps est-ce que ça allait durer ? »

Inquiet pour ses conditions de vie, M. Dion a donc décidé de parcourir dix kilomètres par jour, sans propulsion éolienne. Ce n’est que vers 3 h du matin dans la nuit de dimanche à lundi que le vent a repris.

Seulement deux expéditions ont réussi cet exploit avant lui, mais en groupe, et moins rapidement. Il s’agit de l’équipe Paul Landry, Henry Cookson, Rupert Longsdon et Rory Sweet, ayant fait le trajet en 48 jours, et de l’équipe Éric McNair-Landry et Sébastien Copeland, arrivée à destination en 55 jours.

Non content d’être arrivé à son objectif, l’homme veut tenter une autre expérience unique, soit de poursuivre sa route du pôle Sud d’inaccessibilité au pôle Sud géographique, ajoutant ainsi 900 km aux 2100 déjà parcourus.

« L’Antarctique, c’est le continent le plus haut, le plus sec, venteux, désertique au monde. C’est l’endroit où les plus grandes aventures se sont déroulées. C’était un rêve pour moi. Jamais personne n’a fait cette section-là en solo, alors je vais continuer », explique le Québécois de 37 ans.

Même s’il a subi des blessures légères, comme des engelures, il affirme avoir encore l’énergie nécessaire pour parcourir cette distance. « J’ai fini d’arracher mes gales, et j’ai appris à mieux connaître mon organisme. J’ai eu des engelures sur les joues et le nez, alors je fais plus attention. […] et j’ai de la nourriture pour 30 jours, j’espère en profiter au maximum ! », dit-il.

Malgré la solitude physique, Frédéric Dion a pu compter sur toute une équipe d’experts qui suit ses déplacements à la trace, et avec qui il communique tous les jours. « J’ai des équipements à la fine pointe de la technologie, que nous avons modifiés pour mes propres besoins. J’ai six différents types d’assurances, je dois me rapporter tous les jours, donner signe de vie. Il y a toute une procédure à suivre, et j’ai une équipe d’urgence qui peut intervenir s’il se passe quelque chose », explique-t-il.

L’aventure coûte près de 150 000 $. Frédéric Dion espère amasser cette somme grâce aux conférences qu’il a données avant l’expédition, et qu’il offrira par la suite dans différentes villes de la province. Il a déjà donné plus de 1000 conférences de la sorte, au fil des années, partageant son goût de l’aventure.

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 16 décembre 2014 00 h 23

    Felicitation et bon retour

    Mon cher ami, vous m'impressionnez de par votre savoir et votre courage bon, nous ne sommes plus au sciecle dernier, il existe maintenant des communication tout autour de la terre, mais quand meme ce que vous faites il faut le faire, felicitation et bon retour

  • Raymonde Verreault - Inscrite 16 décembre 2014 09 h 12

    En solitaire

    Bravo pour ce courage et cette détermination. Nous ne pouvons que saluer un tel exploit, mais pourquoi toujours insister sur l'expression « En solitaire ». Sans minimiser tout le mérite de Frédéric Dion, soulignons qu'au cours de cette expédition, celui-ci est suivi à la minute près, voire à la seconde près, grâce à la technologie actuelle.