La vulgarisation scientifique passe à la trappe

Québec explique qu’il y a une réorientation de la mission du programme vers l’entrepreneuriat.
Photo: Bayard Québec explique qu’il y a une réorientation de la mission du programme vers l’entrepreneuriat.

Hécatombe dans le milieu de la vulgarisation scientifique : après Les Débrouillards, une quinzaine d’organismes de promotion des sciences auprès des jeunes voient leurs subventions pour l’année 2015 réduite à rien ou presque par le gouvernement Couillard. L’impact est tel que certains songent carrément à fermer boutique.

L’Association francophone pour le savoir (Acfas), l’Agence Science-Presse, Science pour tous, le Conseil de développement du loisir scientifique et ses neuf composantes régionales… voilà autant d’organismes voués à la vulgarisation de la science dont la subvention au fonctionnement ne sera pas renouvelée en 2015.

D’autres, comme le Canal Savoir, voient leur enveloppe reconduite, mais à un barème inférieur à ce qui avait été demandé. De mauvaises nouvelles qui s’ajoutent à la perte de 175 000 $ qu’accusent les magazines Les Débrouillards, Les Explorateurs et Curium, que dévoilait Le Devoir vendredi. C’est plus d’un million de dollars qui disparaît ainsi de la colonne des revenus de ces organismes scientifiques et organes de presse, selon des données fournies par Québec. Plusieurs d’entre eux en bénéficient depuis des années, voire des décennies.

L’Acfas voit son financement retranché de 300 000 $. À l’Agence Science-Presse (ASP), 70 % du budget de l’organisme disparaît d’un coup avec l’arrêt d’une subvention de 123 000 $. Science pour tous perd une somme similaire. La directrice de l’ASP, Josée Nadia Drouin, craint sérieusement pour la survie de l’entreprise, une référence depuis 36 ans en journalisme scientifique à l’échelle de la francophonie. « De plus en plus, le Québec fait face à des enjeux qui relèvent de la science. C’est beau prioriser la relève en entrepreneuriat comme affirme le faire Québec, mais si on n’intéresse pas nos jeunes à la science dès un jeune âge, on n’avance pas ! On essaie de voir comment on peut faire pour survivre. Le journalisme scientifique est en péril », dit-elle.

Budget « réorienté »

Le programme NovaScience dont émanent ces budgets est maintenu, a affirmé une porte-parole du ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations Jacques Daoust. « Il n’y a pas de coupes. C’est juste qu’il y a une réorientation de la mission du programme. On veut mieux utiliser les budgets et se tourner vers le développement de la culture d’innovation en entreprise. On veut favoriser l’embauche de jeunes diplômés », a fait valoir Mélissa Turgeon. Les fonds iront vraisemblablement à des organismes voués à l’entrepreneuriat plutôt qu’à la science.

Une lueur d’espoir toutefois : certains organismes touchés pourraient solliciter une subvention si l’un de leurs projets correspond aux visées gouvernementales. C’est le cas des expo-sciences présentées par les Conseils du loisir scientifique, note le sous-ministre adjoint à l’Innovation, Jean Belzile. « Ils ont déjà beaucoup de [liens] avec des entrepreneurs et des entreprises. C’est le genre d’initiative qu’on veut continuer », dit-il.

Troublée par cette annonce, l’opposition officielle demande au ministre Daoust de revoir sa décision. « A-t-on vraiment les moyens au Québec de ne pas stimuler l’intérêt des jeunes pour les sciences ? Cette décision ne repose sur aucune assise solide, et va à l’encontre de décisions prises par ce même gouvernement », a fait valoir la péquiste Véronique Hivon.

Chose certaine, la résistance s’organise. Sur le Web, une pétition avait déjà été signée par près de 1200 personnes au moment de mettre sous presse.