L’Ontario veut se débarasser de pesticides funestes

Ces pesticides menaceraient non seulement les abeilles, les papillons et autres pollinisateurs, mais aussi « la diversité et la stabilité de l’écosystème ».
Photo: iStock Ces pesticides menaceraient non seulement les abeilles, les papillons et autres pollinisateurs, mais aussi « la diversité et la stabilité de l’écosystème ».

Le gouvernement de l’Ontario propose un règlement visant à restreindre l’emploi de semences de maïs et de soja ayant été enrobées d’un pesticide néonicotinoïde afin de protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs, dont les populations sont décimées par intoxication à ces pesticides. Nombreux sont ceux qui espèrent que la démarche ontarienne, qui est une première en Amérique du Nord, amènera les autres provinces canadiennes et le gouvernement fédéral à bannir ces pesticides.

En juin dernier, un groupe de 29 scientifiques indépendants affirmait, après avoir analysé plus de 800 articles scientifiques relatant les effets des néonicotinoïdes, que ces pesticides menacent non seulement les abeilles, les papillons et autres pollinisateurs, mais aussi « la diversité et la stabilité de l’écosystème ». Les néonicotinoïdes sont des pesticides systémiques, c’est-à-dire qu’ils se répandent dans tous les tissus de la plante, y compris les racines, la tige, les feuilles, les fleurs, le pollen et le nectar. Et comme ils se dégradent très lentement, ils s’accumulent dans l’environnement.

Un bon départ

Dans la proposition que le gouvernement ontarien a déposée au Registre environnemental pour consultation publique et commentaires, on envisage de réduire de 80 % la surface des terres agricoles sur lesquelles des graines de maïs et de soya traitées aux néonicotinoïdes seront semées, d’ici 2017. Le règlement, s’il est adopté, ne visera que les semences de maïs et de soya qui ont été enrobées de néonicotinoïdes, il n’interdira pas l’arrosage de ces mêmes pesticides, « mais c’est un bon point de départ, car il s’agit de la principale forme sous laquelle les néonicotinoïdes sont utilisés en Ontario », précise Lisa Gue, chercheuse et analyste à la Fondation David Suzuki.

« Il faudrait, tôt ou tard, interdire tous les pesticides de la classe des néonicotinoïdes, ainsi que pour tous les usages, et non pas seulement les trois principaux que vise le règlement proposé en Ontario, car il est très probable que de nouveaux néonicotinoïdes feront leur apparition sur le marché. Justement, le gouvernement fédéral propose d’homologuer un nouveau pesticide qui est très semblable à un néonicotinoïde, on dirait même un cousin chimique, alors qu’il est censé devoir étudier les problèmes que cause l’utilisation de ces pesticides ! »

« Le Québec doit prendre exemple sur l’Ontario, et même aller plus loin », affirme Mme Gue, avant de souligner qu’en Ontario, l’usage des néonicotinoïdes sur les pelouses pour lutter contre les vers blancs est déjà interdit, tandis qu’au Québec, un règlement bannissant l’utilisation de pesticides à des fins esthétiques ne vise pas les néonicotinoïdes.

Qui plus est, 99 % des graines de maïs grain et 30 % de celles de soya qui sont semées au Québec sont recouvertes de néonicotinoïdes. En Ontario, presque tout le maïs et 60 % du soya qui est cultivé proviennent de semences traitées aux néonicotinoïdes. Pourtant, « le recours à des insecticides n’est pas toujours nécessaire », et deux études, l’une québécoise et l’autre américaine, ont montré que le traitement des semences aux néonicotinoïdes n’accroît pas le rendement des cultures, souligne Mme Gue.

Dans 60 jours, le gouvernement ontarien examinera les commentaires qu’il aura reçus au sujet de sa proposition et, si tout se passe comme prévu, il adoptera son règlement, qui devrait entrer en vigueur le 1er juillet 2015.