Philae va s’éteindre, mais il aura fait un travail «extraordinaire»

Le robot Philae va bientôt s’éteindre faute d’énergie, mais il a fait un «travail extraordinaire» depuis son atterrissage mercredi sur la comète «Tchouri», ont souligné vendredi des responsables de la mission européenne Rosetta.

Philae fonctionne avec une pile d’une durée de vie de 60 heures et ses batteries solaires qui devaient prendre le relais ne fonctionnent qu’à capacité très réduite car le robot s’est posé à l’ombre, entre des rochers.


«Nous pensons que le robot devrait s’éteindre vers minuit», a déclaré à l’AFP Philippe Gaudon, chef du projet Rosetta au CNES (Centre national d’études spatiales) à Toulouse.

Mais «les résultats de Philae sont extraordinaires», a souligné Marc Pircher, le directeur du CNES à Toulouse. «80 % du travail du robot a été fait», a-t-il assuré.

Engagé dans une course contre la montre, le robot laboratoire a lancé un forage vendredi sur la comète mais il n’est pas certain que ces ultimes données parviendront à temps sur terre avant son hibernation.

L’action de forer a été enclenchée mais les scientifiques ne savent pas encore si un échantillon a pu être prélevé car le signal avec le robot s’est interrompu au cours de cette opération.


Batteries presqu’à plat


«Nous ne sommes pas sûrs que Philae ait assez d’énergie pour pouvoir transmettre les donnéeslors du prochain contact», a indiqué Stephan Ulamec, responsable de l’atterrisseur, lors d’un point de presse de l’Agence spatiale européenne (ESA) à Darmstadt, en Allemagne.


«Si on ne reçoit aucune donnée lors du prochain contact» avec Philae, cela voudra «probablement dire que les batteries sont à plat. Ou qu’une astéroïde est tombée sur Philae», a ajouté M. Ulamec, en plaisantant.

Le robot qui a atterri mercredi sur le noyau de la comète Tchourioumov-Guérassimenko, à plus de 500 millions de kilomètres de la Terre, a fait un grand rebond puis un plus petit avant de poser sur une pente, une de ses trois pattes en l’air. Il est coincé entre des rochers, ce qui l’a sans doute empêché de rebondir encore. Mais il est à l’ombre

Les batteries solaires «fournissent environ quatre fois moins d’énergie qu’escompté», selon Philippe Gaudon.

La durée d’activité du robot, qui aurait pu durer jusqu’en mars, est donc écourtée. «Il sera ensuite rallumable dès que ses panneaux solaires recevront assez de lumière pour faire fonctionner les batteries rechargeables» du robot, a dit M. Gaudon.


Molécules organiques

Le robot est chargé notamment de trouver sur le noyau de la comète des molécules organiques qui ont pu jouer un rôle dans l’apparition de la vie sur Terre, les comètes étant les objets les plus primitifs du système solaire.

Même sans résultat pour le forage, le robot aura récolté une mine d’images et de données scientifiques.

Pendant ses rebonds, «le robot a travaillé et a récolté plein de poussières», a fait valoir Marc Pircher.


«Les dix instruments de Philae ont tous fonctionné. C’est un grand succès. On peut être satisfait», a estimé M. Gaudon.

Le robot, qui pèse 100 kg sur la Terre, a une masse d’un gramme sur la comète. Il a radiographié l’intérieur de la comète, étudié son magnétisme, fait des images du sol, analysé les molécules complexes dégagées par la surface en les «sniffant».


Unique

Cette mission «est unique et restera unique à jamais», a souligné Andrea Accomazzo, directeur de vol de la mission Rosetta, lors du point de presse de l’ESA.

Les scientifiques espèrent que le robot pourra sortir de son hibernation en août prochain. À ce moment-là, la comète sera «active comme un diable, elle sera très près du soleil», a dit l’un des scientifiques. Avec un peu de chance, les batteries solaires du robot emmagasineront de la chaleur ce qui lui permettrait de se réveiller et de se remettre au travail et d’envoyer les données restées bloquées faute de signal.

Philae mourra ensuite de chaleur à l’approche du Soleil.

Mais la mission Rosetta sera loin d’être terminée. La sonde, qui a déjà parcouru 6,5 milliards de km dans l’espace, poursuivra son escorte de «Tchouri» au moins jusqu’au 13 août. C’est à cette date que la comète passera au plus près de l’astre.

L’atterrissage sur une comète est une première dans l’histoire de l’exploration spatiale, point d’orgue d’une aventure entamée il y a 20 ans, qui a coûté 1,3 milliard d’euros.