«Il faut toujours se battre»

Vicky Fragasso-Marquis Collaboration spéciale
Le système scolaire est encore trop rigide pour accueillir ces élèves qui ont un trouble de l’apprentissage, selon le comédien et animateur Francis Reddy.
Photo: Albert Cesare Associated Press Le système scolaire est encore trop rigide pour accueillir ces élèves qui ont un trouble de l’apprentissage, selon le comédien et animateur Francis Reddy.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le comédien et animateur Francis Reddy peut témoigner de la difficulté d’élever un enfant qui éprouve un trouble d’apprentissage. « On est amené aux limites de nos compétences en tant que parent », a-t-il expliqué, lui qui est le père d’un enfant atteint de dysorthographie.

Celui qui est devenu le porte-parole de l’Association québécoise des troubles d’apprentissage (AQETA) s’est souvent senti incompétent avec son fils. « Il faut toujours se battre », a-t-il constaté.

À l’école primaire, on a posé pour son fils un diagnostic de difficultés d’écriture ainsi qu’un autre de déficit de l’attention. M. Reddy et sa conjointe, aidés d’une orthopédagogue, ont travaillé fort pour que leur enfant persévère jusqu’à l’université, où il étudie actuellement.

L’animateur dit toutefois avoir « frappé un mur » lorsque son fils est entré au cégep. Tout le soutien dont il avait bénéficié au primaire et au secondaire s’était envolé, parce qu’il était maintenant considéré comme un adulte. Lui et sa conjointe n’ont donc pas pu s’engager autant qu’ils l’auraient voulu, parce que le collège ne partageait plus les informations avec eux.

« Ce n’est pas vrai qu’on devient mature à 18 ans. Le 18 devient un chiffre qui ne veut rien dire. Si on ne laisse pas le parent participer et aider pour que ça se passe bien et que l’enfant réussisse, c’est un cul-de-sac », a-t-il regretté.

M. Reddy insiste beaucoup sur le rôle important des parents dans l’encadrement de leur enfant en difficulté. « Il faut qu’on y mette le temps. Si on ne le fait pas, c’est voué à l’échec. Ce n’est pas vrai que le système va faire le travail pour nous », a-t-il martelé.

De la flexibilité dans l’apprentissage

Le système scolaire est encore trop rigide pour accueillir ces élèves qui ont un trouble de l’apprentissage, selon lui. Les enseignants devraient adapter leur pédagogie à ces cas particuliers. Par exemple, un enfant qui présente des difficultés d’écriture pourrait être évalué sur un film qu’il aura produit sur la matière à apprendre.

« Le professeur, dans sa façon de donner la matière et ensuite de vérifier la compétence, permet à tout soi-disant handicap de ne plus en être un », a-t-il résumé.

Ces élèves en difficulté seront aussi bien scolarisés que les autres, mais avec des moyens qui facilitent leur apprentissage, a-t-il soutenu. « Le but de l’école, c’est de s’assurer que l’enfant absorbe la matière et qu’il devienne compétent », a-t-il poursuivi.

Il vante le modèle de l’Université McGill, inspiré de plusieurs établissements scolaires américains, qui offre à ses étudiants en situation de difficulté la possibilité de passer des examens spéciaux selon leurs besoins. Par exemple, un élève dyslexique peut avoir accès à un examen oral dont les questions lui sont lues.

De plus, cette flexibilité dans l’enseignement ne serait pas dispendieuse, a avancé M. Reddy, puisque les écoles n’auraient pas à embaucher des spécialistes ou à assumer des coûts pour des outils technologiques.

Des jeunes talentueux

L’animateur croit que ces changements sont nécessaires pour faire éclore les talents de ces jeunes, qui ont souvent une intelligence particulièrement développée.

« On retrouve énormément de dirigeants d’entreprise, de patrons, de créateurs, de gens extrêmement enrichissants pour la société qui ont dû prendre d’autres chemins », a-t-il expliqué.

Il mentionne entre autres le cas du cofondateur de la société Apple, Steve Jobs, qui a lui-même eu un parcours scolaire difficile avec son trouble de dyslexie. L’homme d’affaires fondateur de Virgin, Richard Branson, a lui aussi avoué sa dyslexie en lançant son autobiographie en 2012.

De plus, un sondage mené en 2007 par une professeure de la Cass Business School de Londres auprès de 139 entreprises a révélé que plus du tiers des entrepreneurs éprouvaient des problèmes de dyslexie.

« Ils ont un imaginaire, ils ont une façon de penser, de créer, d’avancer qui sont exceptionnels. Ce sont des gens qui ont un potentiel, et, le jour où on se rend compte de ça, on a envie de leur dire : Merci pour ce que vous nous apportez  », a-t-il conclu.