Les cinq lauréats des prix de l’Acfas étudiant-chercheur

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Renaud Boulanger, lauréat du prix Acfas-Fondation Desjardins maîtrise
Photo: Asem Bala Photographie Renaud Boulanger, lauréat du prix Acfas-Fondation Desjardins maîtrise

Ce texte fait partie du cahier spécial Sciences

Prix Acfas–Fondation Desjardins doctorat

« Lorsqu’on consulte un professionnel de la santé, on s’attend tous, évidemment, à être traité sans égard à la couleur de la peau ou à l’âge, sans égard non plus au fait d’être un homme ou une femme, riche ou pauvre, etc. Malheureusement, la réalité n’est pas si rose ! », constate Maude Laliberté, candidate au doctorat en sciences biomédicales à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal.

Celle-ci observe en effet divers biais dans la priorisation et le suivi des patients. Par exemple, les gens plus âgés, les minorités visibles, les gens à faible statut socio-économique et les femmes ont moins accès à une chirurgie de prothèse de hanche ou de genou que le reste de la population. « Mon but, au doctorat, est d’étudier les facteurs qui influencent la prise en charge des patients en physiothérapie », indique Mme Laliberté.

Elle espère que ses travaux formeront le point de départ d’une réflexion quant aux facteurs qui influencent la prise en charge des malades.

« Je suis une personne très dynamique et j’ai toujours aimé avoir plusieurs occupations, rôles et emplois en même temps !, raconte-t-elle. Présentement, je suis étudiante au doctorat, physiothérapeute, professeure adjointe de clinique à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal et syndic adjointe. » (!)

À la question : où vous imaginez-vous dans 30 ans ?, elle répond joyeusement : « Difficile de m’imaginer à un seul endroit ! Je m’imagine donc professeure à l’université et engagée dans diverses organisations professionnelles dans le but ultime d’améliorer les pratiques dans ma profession de physiothérapeute, d’influencer les politiques des établissements publics et privés en physiothérapie (par exemple, la gestion des listes d’attente) et, plus largement, d’influencer les politiques publiques afin que les patients aient plus facilement accès aux services de réadaptation et aient une meilleure qualité de vie. Et voilà ! »

De toute évidence, Maude Laliberté est une chercheuse dynamique promise à un bel avenir !

Prix Acfas–Fondation Desjardins maîtrise

Dans le cadre de ses études de maîtrise en éthique à l’Université McGill, Renaud Boulanger tente de cerner les dilemmes moraux que rencontrent les chercheurs travaillant en situation de crise humanitaire. « Je demande à des chercheurs, qui sont allés sur le terrain peu de temps après une catastrophe naturelle, de me parler de leur expérience, explique M. Boulanger. Je suis particulièrement intéressé à en apprendre davantage sur les dilemmes moraux qu’ils ont vécus. »

Il songe entre autres au cas d’étudiants au baccalauréat qui sont allés observer les populations affectées par le tsunami de 2004 et par un séisme en Amérique du Sud. « Laissés à eux-mêmes sur le terrain, ils ont dû faire face aux besoins criants des populations locales sans pouvoir faire grand-chose, commente-t-il. Tout un choc pour un nouveau chercheur ! »

Parmi les problèmes éthiques auxquels sont confrontés régulièrement les chercheurs sur le terrain, Renaud Boulanger cite la possibilité que les volontaires qui se prêtent à leurs études aient l’impression qu’ils recevront une meilleure attention médicale. D’autre part, les chercheurs songent-ils à la possibilité que leurs travaux puissent avoir des conséquences auxquelles ils ne pourront remédier ? Par exemple, quelles pourraient être les conséquences de l’essai, sur le terrain, de vaccins expérimentaux pour contrer l’épidémie d’Ebola en Afrique ?

Son projet de maîtrise se veut même l’amorce d’une quête plus globale, dit-il. « Ma maîtrise me permet de tester une approche spécifique pour une recherche plus vaste, tout en contribuant de façon très concrète à l’amélioration — je l’espère ! — de l’éthique de la recherche en situation de crise. »

Où se voit-il dans 30 ans ? « À bord d’un grand navire-hôpital axé sur l’enseignement, un genre de fusion entre le USNS Comfort et le Peace Boat… version voiles et panneaux solaires, dit-il. Ce navire aurait la triple mission de porter secours aux gens affectés par une catastrophe naturelle ou un conflit, de dispenser de l’enseignement et de servir de lieu de réflexion pour intellectuels et scientifiques. »

Prix Acfas–IRSST maîtrise, santé et sécurité du travail

Quiconque s’est suffisamment entraîné à jouer d’un instrument de musique se souviendra probablement d’avoir ressenti certaines douleurs. Ce phénomène porte même un nom : la douleur musculosquelettique liée à l’exécution de la musique, ou DMEM.

Selon Judith Robitaille, ergothérapeute et étudiante en maîtrise à l’Université de Sherbrooke, ce phénomène est d’autant plus préoccupant que les étudiants en musique acquièrent, durant leur formation, des habitudes de travail qu’ils garderont tout au long de leur carrière. « La santé et la sécurité de ces étudiants doivent donc être favorisées par des mesures de prévention », dit-elle.

Par conséquent, elle étudie les facteurs de risque liés au temps que consacrent des étudiants à jouer d’un instrument à cordes frottées. « L’impact de la durée passée à jouer d’un instrument sur la DMEM n’a pas encore été documenté, observe-t-elle. Pourtant, les étudiants y sont régulièrement exposés, notamment lors de leur participation annuelle à des camps musicaux intensifs durant la période estivale. »

Dans le cadre de sa maîtrise, Mme Robitaille surveille l’apparition de douleurs musculosquelettiques selon la durée de pratique d’un instrument, cherchant ainsi à établir la relation entre la DMEM et le temps de pratique. « Ces informations permettront aux jeunes musiciens et à leur entourage (parents, enseignants) de prendre conscience du phénomène », espère-t-elle.

Comme ergothérapeute, Judith Robitaille souhaite ultérieurement offrir ses services aux musiciens et aux étudiants qui sont aux prises avec des problèmes de santé. Elle espère en outre sensibiliser les établissements musicaux au bien-être de leurs musiciens et souhaite même que ses travaux mènent un jour à la mise en place de mesures de prévention de la DMEM.


Prix Acfas-IRSST doctorat, santé et sécurité du travail

Gabrielle Legendre, étudiante au doctorat interdisciplinaire en santé et société à l’UQAM, a une grande préoccupation, une passion même : la santé et la sécurité des immigrants au travail. Dans le cadre de ses études de doctorat, elle a participé à la création et à l’implantation d’une table de concertation visant à favoriser la collaboration d’acteurs issus de différents milieux concernés par cette problématique.

« Mon projet de recherche vise à évaluer cette table et les activités développées par les différents acteurs », explique-t-elle.

Dans ses recherches, Mme Legendre constate que les immigrants occupent des emplois précaires et souvent dans des secteurs où les risques de lésion sont élevés. De plus, ceux-ci sont réticents à déclarer tout incident. Par conséquent, elle souhaite que les intervenants en santé et sécurité au travail soient « sensibilisés et mieux outillés pour intervenir plus efficacement auprès des immigrants ».

Plus spécifiquement, son projet de recherche consiste à évaluer la pertinence et les effets de la mise en oeuvre d’une table de concertation. Elle cherche ainsi à améliorer l’impact de ce genre de structure sur la prévention des lésions. Elle espère aussi améliorer les conditions de travail des immigrants ainsi que les pratiques des intervenants sociocommunautaires.

Gabrielle Legendre a une vocation, dit-elle : elle se veut une actrice de changements sociaux et dédie sa carrière à sensibiliser tous ceux et toutes celles qui oeuvrent en santé et sécurité des immigrants au travail. Elle est d’ailleurs déjà adjointe à la direction du RRSSTQ, le Réseau de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec.

Prix Acfas ressources naturelles

Le Québec est l’un des grands producteurs mondiaux d’aluminium. Or le procédé de fabrication de l’aluminium par électrolyse, qu’on maîtrise depuis des décennies, peut encore être amélioré. C’est le défi que s’est donné François Allard, étudiant au doctorat en génie chimique à l’Université de Sherbrooke.

« L’industrie de l’aluminium occupe une place d’importance dans l’économie du Québec, note-t-il, mais, pour demeurer compétitive, le coût de production de l’aluminium doit constamment être réduit. »

À cette fin, il étudie de très près les phénomènes de perte de chaleur au-dessus des cellules où s’effectue l’électrolyse, dans le but d’optimiser le procédé.

Pour ce faire, il analyse des échantillons de matériaux prélevés dans les cellules industrielles, afin de déterminer leur composition chimique et leurs propriétés thermiques. Il tente ensuite de prédire le comportement de ces matériaux à l’aide de logiciels informatiques et d’un modèle numérique. Il espère ainsi parvenir à optimiser l’efficacité énergétique des cellules d’électrolyse et, du coup, à réduire les émissions d’agents polluants.

« À terme, mes travaux pourraient mener à une réduction de la consommation énergétique du procédé d’électrolyse, à une meilleure stabilité des cellules et à une amélioration du bilan écologique », avance François Allard.

« Dans 20 ans, je me vois chercheur de nouveaux produits utiles pour la société et responsable d’une équipe de développement dans des secteurs technologiques de pointe, prédit-il. Je vise à oeuvrer dans des secteurs comme la transformation des matières premières en produits de valeur ajoutée ou dans la recherche de nouvelles technologies de production et de stockage d’énergie qui respectent l’environnement. »

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