Le chercheur Paul Del Giorgio remporte la 30e édition

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Le spécialiste des écosystèmes aquatiques et titulaire de la Chaire de recherche en biogéochimie du carbone du Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal, Paul Del Giorgio
Photo: Nathalie Saint Pierre Le spécialiste des écosystèmes aquatiques et titulaire de la Chaire de recherche en biogéochimie du carbone du Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal, Paul Del Giorgio

Ce texte fait partie du cahier spécial Sciences

Créé en 1985 en l’honneur d’un des penseurs les plus éloquents du mouvement écologiste, le prix Michel-Jurdant est remis chaque année par l’Association francophone pour le savoir (Acfas) à une personne dont les travaux sur l’environnement connaissent un important rayonnement scientifique et ont un effet sur la société. Spécialiste des écosystèmes aquatiques et titulaire de la Chaire de recherche en biogéochimie du carbone du Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal, M. Paul Del Giorgio remporte cet automne la trentième édition de ce prestigieux prix.

Enfant, Paul Del Giorgio rêvait de devenir biologiste. Comme plusieurs gamins de son âge, il regardait les émissions de Jacques-Yves Cousteau et s’imaginait sur un navire en quête d’aventures maritimes. Aussi, lorsque vient le temps de choisir un métier, M. Del Giorgio se tourne tout naturellement vers l’écologie aquatique.

Étudiant passionné, il quitte son Argentine natale, après avoir obtenu une licence en biologie de l’Université de Buenos Aires, pour venir faire son doctorat à l’Université McGill, à Montréal. Saisissant l’occasion de se joindre à un groupe de recherche travaillant en limnologie, il décide de faire de cette discipline son principal champ d’intervention, bien qu’il s’intéresse aussi à l’océanographie.

« Les parcours de recherche sont toujours dictés par un mélange d’intérêts et de concours de circonstances, relève M. Del Giorgio. On rencontre des gens, des mentors, et on est influencé par leur travail. Mon cas ne fait pas exception ! Je m’intéressais à l’écologie aquatique et il y avait une ouverture pour moi du côté de la limnologie à McGill. J’ai tout simplement saisi l’occasion. »

Il faut croire que le hasard a bien fait les choses puisque, aujourd’hui, M. Del Giorgio est considéré comme l’un des plus éminents spécialistes mondiaux de l’écologie aquatique microbienne et de la biogéochimie du carbone des écosystèmes aquatiques. La liste de ses publications est impressionnante et comprend plusieurs contributions majeures tant sur le plan conceptuel qu’empirique et méthodologique.

Des travaux fondateurs

Dans la première partie de sa carrière, M. Del Giorgio a remis en question un vieux principe de la limnologie, selon lequel la photosynthèse lacustre est la source suprême d’énergie du réseau trophique en milieu d’eau douce, et a démontré que la respiration dans les écosystèmes était souvent supérieure à la production primaire brute. Cela a eu pour effet de placer la communauté des chercheurs en environnement devant une lacune incontestable dans les connaissances de base qu’ils avaient au sujet des lacs.

Puis, il a exploré et expérimenté des idées connexes sur une vaste gamme de systèmes. En s’intéressant au rôle que jouaient les bactéries aquatiques dans le cycle du carbone des écosystèmes marins, il a permis d’améliorer de façon significative la compréhension scientifique des phénomènes de respiration. En publiant en 2005, avec le professeur Peter Williams, une synthèse quantitative des données internationales sur le sujet, « Respiration in Aquatic Systems », il a largement contribué à fournir une première estimation de la respiration aquatique à l’échelle globale. Par cette publication, il a également permis de mettre en lumière les incongruités des modèles courants du cycle du carbone et de déterminer des pistes de recherche susceptibles d’améliorer la compréhension scientifique du cycle du carbone dans les écosystèmes aquatiques mondiaux.

Aujourd’hui, le travail du chercheur porte essentiellement sur l’interaction des microbes et du fonctionnement métabolique des écosystèmes à différentes échelles. Menés dans le cadre des activités de la Chaire de recherche industrielle CRSNG/Hydro-Québec, dont il est à la tête, bon nombre des projets de M. Del Giorgio ont pour objectif de quantifier le rôle des systèmes aquatiques dans l’économie du carbone de paysages entiers, des travaux qui s’avèrent particulièrement pertinents dans un contexte de changements climatiques.

« On est en train d’explorer la biogéochimie du carbone dans les écosystèmes aquatiques boréaux. C’est un sujet qui me passionne vraiment », indique le chercheur.

« Notre région boréale a un impact majeur sur le bilan global des sources de carbone, poursuit-il. Or les composantes aquatiques de cette région boréale ne sont presque pas étudiées. Pourtant, elles ont un rôle extrêmement important ! La partie aquatique de cette région-là fait preuve d’une grande activité biochimique. Pour comprendre ce paysage-là, il faut comprendre l’eau, et c’est ce qu’on est en train d’essayer de faire avec nos recherches. »

La portée de ces travaux sur la dynamique des gaz à effet de serre dans les écosystèmes aquatiques est considérable, puisque les découvertes du scientifique s’appliquent à toutes les régions boréales de la planète et qu’elles ont un impact sur les modèles de prédiction des émissions de carbone.

« Actuellement, les eaux douces que nous étudions ne sont pas prises en compte dans les modèles de carbone globaux. Notre tâche, c’est de fournir les informations et les outils qui vont permettre d’incorporer ces eaux douces dans les modèles de carbone régionaux. »

Un prix valorisant

S’il n’est pas du genre à chercher les honneurs, M. Del Giorgio admet que le prix Michel-Jurdant revêt une importance singulière à ses yeux. Comme ce dernier reconnaît une contribution au sein de l’environnement non seulement en matière de connaissances, mais également sur le plan de sa mise en lumière et de sa protection, le scientifique estime qu’il s’agit d’une récompense fort valorisante.

« Au Québec, nous sommes les gardiens d’un nombre incroyable de lacs, de fleuves et de rivières, commente-t-il. C’est très important pour moi de sensibiliser les gens à la beauté de notre environnement et à la responsabilité que nous avons par rapport à nos ressources aquatiques. Le prix Michel-Jurdant me plaît énormément, parce qu’il reconnaît justement cet aspect de mon travail. »

M. Del Giorgio souligne toutefois que, à ses yeux, ce prix devrait être attribué à l’ensemble de son groupe de travail. « Toutes mes recherches résultent d’un travail collectif, conclut-il. Ce prix, je le dois beaucoup à mon groupe, à mes collaborateurs ! On ne peut pas concevoir un programme de recherche et apporter des contributions importantes sans avoir une équipe en arrière. J’en suis très conscient et c’est pourquoi j’aimerais partager ce prix avec mes collègues aussi. »