Cancer: des cellules souches sont les nouvelles cibles à abattre

Les chercheurs croient aujourd’hui que les cellules souches cancéreuses sont à l’origine de nombreux cancers.
Photo: Thinkstock Les chercheurs croient aujourd’hui que les cellules souches cancéreuses sont à l’origine de nombreux cancers.

Dans la guerre contre le cancer, une nouvelle cible est apparue sur les écrans radars : les cellules souches cancéreuses que recèlent les tumeurs et qui sont responsables des récidives chez bon nombre de patients. Les scientifiques cherchent à mettre au point des armes pour abattre ces cellules qui résistent à la chimiothérapie traditionnelle.

Comme toutes les cellules souches normales qui sont présentes dans chacun de nos organes, les cellules souches cancéreuses se divisent en une cellule identique à elle-même (c’est ce qu’on appelle l’autorenouvellement) et une cellule progénitrice qui se différenciera en cellules cancéreuses matures. C’est ainsi que ces cellules souches qui ne sont pas sensibles aux traitements traditionnels parviennent à recréer une tumeur et à provoquer la rechute des patients en rémission.

« Dans le cancer de la prostate, par exemple, nous disposons d’un excellent traitement qui consiste à castrer chimiquement le patient, à le priver de testostérone. Ce traitement est très efficace pour réduire les tumeurs, sauf qu’il ne s’attaque pas aux cellules souches cancéreuses. C’est la raison pour laquelle ce cancer récidive dans presque tous les cas », indique Maxime Bouchard, chercheur au Centre de recherche sur le cancer Goodman de l’Université McGill, et coorganisateur d’un colloque sur les cellules souches cancéreuses qui avait lieu les deux derniers jours à Montréal dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier.

Les chercheurs croient aujourd’hui que les cellules souches cancéreuses sont à l’origine de nombreux cancers. Avant la découverte de ces cellules souches cancéreuses, « on affirmait que n’importe quelle cellule normale pouvait devenir cancéreuse. Aujourd’hui, on comprend que seulement certains types de cellule normale, parmi lesquelles figurent les cellules souches et certaines cellules un peu plus matures, peuvent devenir cancéreuses. Le phénomène est plus complexe et il dépend du type de tumeur, d’anomalie oncogénique et d’environnement dans lequel la tumeur se développera », souligne Emmanuelle Charaffe Jauffret, professeure au Centre de recherche en cancérologie de Marseille.

Ainsi, à la source de plusieurs cancers, il y aurait une cellule souche normale d’un organe, le sein par exemple, qui subirait une transformation oncogénique et deviendrait ainsi une cellule souche cancéreuse, laquelle donnerait naissance à une tumeur cancéreuse. Car en se divisant, cette première cellule souche cancéreuse aura donné une autre cellule souche cancéreuse et une cellule progénitrice, qui se multipliera. Et toutes ces cellules progénitrices se différencieront en cellules cancéreuses matures.

Par contre, dans certains cancers, comme les tumeurs cérébrales, la cellule souche n’est pas la cellule initiatrice du cancer. Hervé Chneiweiss, directeur de recherche au CNRS à Paris, pense que dans ce cancer, les cellules souches apparaissent au cours de l’évolution de la maladie, notamment en réaction au traitement de chimiothérapie.

« Il est très peu probable que toutes les tumeurs proviennent d’une cellule souche transformée, car celles-ci sont extrêmement rares, et elles sont plutôt tranquilles, le plus souvent en dormance », ajoute M. Bouchard.

On sait maintenant que les cellules souches de cancer ne proviennent pas toutes de la transformation d’une cellule souche normale. « Elles peuvent aussi résulter de cellules un peu plus matures (voire complètement différenciées en cellules cancéreuses) qui, en se transformant en cellules cancéreuses acquièrent des propriétés de cellules souches. Le phénomène a été mis en évidence dans les leucémies et dans les tumeurs cérébrales, comme les gliomes. Certaines cellules tumorales et différenciées peuvent, sous l’effet d’une pression de sélection d’un traitement, par exemple, acquérir des propriétés de cellules souches », explique Mme Charaffe Jauffret.

Cette dernière a évalué l’efficacité de 44 molécules — approuvées par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis et dont plusieurs sont utilisées pour traiter d’autres pathologies que le cancer — à éliminer les cellules souches cancéreuses présentes dans des tumeurs mammaires humaines qui avaient été greffées à des souris. Certaines se sont avérées intéressantes. La chercheuse testera maintenant s’il vaut mieux les administrer avant, après ou en concomitance avec la chimiothérapie traditionnelle. Son rêve serait bien sûr de trouver une molécule qui attaquera les deux de front.



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2 commentaires
  • Claudette Piché - Inscrite 8 octobre 2014 08 h 20

    Risques lors de dons de cellules souches

    En mai 2013, la Direction de la Santé Publique de Montréal a publié un bulletin memtionnant que ceux qui avaient la maladie de Lyme ne devraient pas donner de celllules souches afin de ne pas transmettre cette maladie aux gens qi font la demande de cet organisme.
    Le don de celllules souches peut s'avérer une solution au maintien de la vie mais à quel prix?
    Ne vaudrait -il pas mieux que les instances de la santé axe en vitesse grand V l'accent sur une bonne condition physique plutot que de réparer les pots cassés?
    La sensibilisation des changements climatiques, une alimentation saine, del'exercice physique, l'accélération de l'accessibilité à des moyens de transportsmoins polluants et cela à travers le Québec? Il y a à faire en informant adéquatement ce que les risques dedons de souches, d'organes et de sang comportent en pouvant transmettent si l'on est porteurs ... la Borreliose, la babesiose etc. Le role des directions de Santé Publiques est d'informer et même après des études qui eurent lieu en 2008 sur la recherche sur le terrain de tiques contaminées, il n'y a pas encore d'affiches ...POurtant une tique peut pondre 2000 à 3000 oeufs ...Alors les dons de celllules souches avec tests de borrelliose peut fiables !...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 8 octobre 2014 09 h 50

      Pourquoi parlez-vous de bonne condition physique...je ne vois pas La Relation entre les dons de cellules souches, la bonne santé physique et la maladie de Lyme ...je comprends (en ayant lu sur votre cas) que la tique du chevreuil qui cause la maladie de Lyme chez les humains et les dons de cellules souches par ces personnes atteintes sont à déconseiller pour ne pas dire à bannir...mais la bonne condition physique? svp pouvez-vous éclairer ma lanterne? merci