L’agrotourisme à l’heure de la mobilité

Jérôme Delgado Collaboration spéciale
Photo: Mobeva

Ce texte fait partie du cahier spécial Agrotourisme

Vous roulez depuis un bon moment et le bureau d’information touristique semble toujours jouer à cache-cache. Auriez-vous loupé le point d’interrogation sur panneau bleu ? Dommage, car la carte de la région vous paraissait indispensable et le choix de votre hôtel était encore à faire. L’issue de votre séjour dépendra désormais de votre flair.

Quel voyageur aventureux ne s’est pas trouvé dans cette situation ? Aussi courante soit-elle, ou fût-elle, cette image du tourisme est condamnée à disparaître. L’information sera aussi mobile, et elle l’est déjà, que celui qui se déplace. Elle ne se terre plus que dans de petits bâtiments sur le bord de la route.

Il y a deux ans, une entreprise québécoise, Mobeva, lançait Nestor, une application gratuite pour téléphones et tablettes. Nestor est à la fois un guide autant qu’un annuaire, qui répertorie cartes, listes de commerces et suggestions d’activités.

Selon Nicolas Michaud, un des associés de la boîte montréalaise spécialisée dans le « tourisme mobile », Nestor est né d’une « frustration ». « Chaque fois qu’on voulait faire quelque chose, il fallait consulter dix sources différentes. C’était toujours difficile », dit-il. Le projet de Mobeva tient à ce besoin de tout rassembler, des lieux à visiter aux sites d’hébergement. Les entreprises agrotouristiques ont été ses premières cibles, mais l’idée est de permettre une « découverte complète du Québec, y compris le culturel et les sorties sportives », confie Nicolas Michaud.

Il existe déjà quelques applications régionales, notamment d’associations touristiques, comme Laurentides ou Québec Villes et régions, qui offrent des sections agrotouristiques ; ou encore des versions mobiles de certains sites nationaux comme celui de Terroir et saveurs.

C’est son côté rassembleur et sans frontières qui fera la force de Nestor, croit M. Michaud. La promotion régionale, dictée par les divisions administratives, n’est pas la norme dans l’application mise en place en janvier 2013, après un projet testé pendant six mois en Montérégie.

Pour le milieu de l’agrotourisme, Nestor est un outil de diffusion supplémentaire dont on ne peut que se féliciter. En Montérégie, le regroupement Circuit du paysan le voit comme un « complément » pour faire connaître une région encore sous-estimée. « C’est un outil qui n’apporte pas plus qu’un autre, dit Jacques Bouvier, agent de développement économique. Mais, oui, il y a des gens qui nous ont dit avoir trouvé un producteur avec Nestor. C’est encore marginal, mais je crois qu’il prendra de l’importance. »

Les 133 établissements du Circuit du paysan ne sont pas tous présents dans l’application — on parle d’une soixantaine seulement, dont certains bénéficient d’une vidéo promotionnelle. Jacques Bouvier aurait voulu en offrir davantage cet été, comme des rallyes, mais « on a manqué de temps », dit-il. En 2015, promet-il alors. Le site Internet du Circuit du paysan offre une carte interactive fort attrayante et simple d’utilisation.

La suggestion de circuits, à Tourisme Brome-Missisquoi, l’organisme qui pilote La route des vins , on s’y connaît. Le site Web de l’office régional en propose quelques itinéraires, met en vedette quelques vignobles. Ceux-ci sont reliés, dans la version pour appareils mobiles, à Google Maps. Mais c’est tout. Grâce à Nestor, les visiteurs peuvent créer leurs propres parcours, on y trouve des trucs pratiques et une foule d’adresses complémentaires.

« Les applications coûtent extrêmement cher et sont difficiles à mettre à jour, note Rémi Jacques, conseiller en développement touristique basé à Cowansville. Depuis 2012, on compte trois nouveaux vignobles, et d’autres sont attendus d’ici peu. C’est un milieu en constante évolution, parfois ce sont des changements de nom, des changements de propriétaire. »

« L’an dernier, poursuit-il, 40 % des visites du site Web se sont faites à partir d’une tablette ou d’un téléphone. C’est énorme et ça va en augmentant. On doit en tenir compte. »

Pour Cédric Fontaine, de Terroirs Québec, il est devenu impossible de faire du commerce et négliger la mobilité des gens. En 2008 déjà, ce consultant Web indépendant d’origine bretonne avait mis en ligne un audioguide de la Montérégie où il dictait autant le chemin à suivre qu’il décrivait le paysage à contempler. Des entrevues avec des producteurs locaux complétaient le topo.

Faute de temps et de moyens, l’expérience s’est arrêtée là. L’arrivée de Nestor permet cependant aux producteurs que Terroirs Québec promeut, souvent des mini-entreprises, « d’être visibles dans les appareils mobiles ». « Il sera possible de commander des produits. On est en train de mettre en place l’application, qui sera prête cet automne », confie-t-il.

La mobilité gagne de l’importance. L’industrie du tourisme agroalimentaire en est consciente. Danie Béliveau, de Tourisme Cantons-de-l’Est, croit à l’idée « qu’il faut rester accessible tout le temps ». Une activité écourtée, une intempérie imprévue, un caprice de dernière minute : les raisons sont nombreuses d’avoir besoin de l’aide. « On n’arrête pas de chercher [dans nos appareils] », constate-t-elle. Nestor et ses semblables ne peuvent que se multiplier.