Des sports à risque, un sexe à risque

Les protocoles de gestion des commotions cérébrales ne tiennent pas compte des particularités féminines.
Photo: Francisco Leong Agence France-Presse Les protocoles de gestion des commotions cérébrales ne tiennent pas compte des particularités féminines.

On a beaucoup parlé des commotions cérébrales dans le hockey et le football. On a insisté sur les précautions à prendre pour atténuer les séquelles chez ce groupe de sportifs, massivement masculin. Or, les femmes sont deux à trois fois plus à risque de subir une commotion cérébrale dans la pratique de sports, comme le soccer, le rugby et le hockey, et elles s’en remettent beaucoup plus lentement que les hommes.

Dans la pratique d’un même sport, la prévalence des commotions cérébrales s’avère en effet deux à trois fois plus élevée chez les femmes que chez les hommes, affirment les spécialistes. De plus, celles qui subissent un choc à la tête présentent davantage de symptômes que les hommes, et ceux-ci sont plus intenses.

« Les déficits cognitifs, notamment au niveau de la mémoire, de l’attention et de la concentration, sont également plus importants chez les femmes que chez les hommes. Qui plus est, la récupération est plus lente chez les femmes », souligne le neuropsychologue Dave Ellemberg, professeur de kinésiologie à l’Université de Montréal.

Un choc de même intensité causera plus de dommages à une femme qu’à un homme en raison de la constitution plus délicate des femmes. La plus grande densité musculaire des hommes au niveau du cou et des épaules permet d’absorber une plus grande part de l’énergie dégagée lors d’un impact. La tête subit ainsi une moins grande accélération.

Protocoles déficients ?

La plus grande densité osseuse de la boîte crânienne des hommes contribue aussi à amortir le choc. De surcroît, le tissu cérébral de la femme est plus fragile et plus vulnérable à certaines atteintes. C’est pourquoi, par exemple, l’anesthésie et la chimiothérapie ont souvent de plus grandes conséquences chez les femmes que chez les hommes.

« Or, les protocoles de gestion des commotions cérébrales et de retour au jeu reposent sur des données scientifiques obtenues lors d’études qui ont été menées uniquement chez des hommes. Si on applique ces protocoles, on envoie les femmes à l’abattoir. Il faut absolument adapter la prise en charge des commotions cérébrales à la sensibilité du cerveau de la femme et au rythme de récupération des femmes », fait remarquer M. Ellemberg qui dirige un Groupe de travail sur les commotions cérébrales, mandaté par le ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports de dresser l’état de la situation au Québec et d’émettre des recommandations en terme de prévention, de détection et de suivi.

Étudiants : éloge de la lenteur

Des études ont aussi démontré que les jeunes qui retournent à l’école tout de suite après une commotion cérébrale voient leurs symptômes persister pendant une période pouvant atteindre trois mois, alors que ceux qui s’imposent le repos complet pendant cinq jours se remettent en trois semaines généralement. Ces résultats soulignaient aussi qu’un retour précoce sur le terrain ou à l’école peut aggraver la situation.

« L’école doit comprendre cela », lance le neuropsychologue. À la suite d’une commotion cérébrale, un repos complet d’au moins cinq jours, voire une semaine s’impose. « Un repos complet signifie l’arrêt de toute activité physique et intellectuelle, y compris les textos et la télévision », insiste-t-elle.


« Après la commotion cérébrale, qui entraîne un orage chimique et des microdéchirures dans le cerveau, celui-ci se met en mode réparation et grand ménage. Il a donc un plus grand besoin d’oxygène et de glucose, son carburant, pour se réparer et rétablir son équilibre alors qu’il est déjà en pénurie. Ainsi, tout effort mental accroît la consommation de glucose et d’oxygène à un moment où le cerveau en a plus besoin que d’habitude. C’est la raison pour laquelle un retour précoce à l’école peut aggraver la situation, car il ira gruger dans ces ressources qui sont déjà en pénurie », explique le chercheur.

Tout étudiant victime d’une commotion cérébrale peut retourner à l’école quand il n’a plus de symptômes au repos, soit quand il peut soutenir un effort mental d’au moins 45 minutes sans que les symptômes reviennent. « À partir de là, on peut envisager un retour à l’école progressif », recommande M. Ellemberg tout en ajoutant que « chaque école devrait avoir un répondant qui suivrait de près les jeunes victimes ».

Cette dernière déplore que toute l’attention soit portée sur le jeu et le terrain, et non sur le fait que 90 % des jeunes athlètes sont aussi des étudiants.

« S’ils ont été victimes d’une commotion cérébrale le samedi, ils retourneront probablement en classe le lundi ou le mardi et auront peut-être un examen de mi-session. On a mis beaucoup l’accent sur la sensibilisation des entraîneurs et des organisations sportives, mais rien n’a été fait dans les écoles. Il faut désormais se préoccuper de la gestion des commotions cérébrales à l’école, insiste le Dr Ellemberg. On doit établir une communication entre le terrain de jeu et la classe. L’école doit avoir un protocole d’accueil de ces jeunes. Elle doit consentir certains ajustements scolaires, comme le report des examens, et accorder des périodes de repos en fonction des symptômes. »

1 commentaire
  • Marie Archambault - Abonné 15 septembre 2014 20 h 28

    Commotion cérébrale

    Article très pertinent. À lire absolument