Magasiner son donneur dans les petites annonces

Les couples qui recourent aux donneurs sur le Web souhaitent négocier l’entente qui leur convient.
Photo: Thomas van Ardenne / CC Les couples qui recourent aux donneurs sur le Web souhaitent négocier l’entente qui leur convient.

« Trente-sept ans, en bonne santé, test de maladies à l’appui, groupe sanguin O +. Je suis éduqué. » Voici une petite annonce qui ne provient pas d’un site de rencontres, mais d’un homme qui offre son « aide », en ligne, aux femmes désirant concevoir un enfant. Bref, son sperme.

 

Malgré l’accès gratuit à la procréation médicalement assistée, certains couples ou femmes célibataires préfèrent encore se tourner vers les petites annonces pour rencontrer un donneur de sperme. Un système parallèle où l’insémination artisanale l’emporte sur les cliniques médicales, avec des risques et des avantages.

 

En un an, le chercheur et travailleur social Kévin Lavoie a recensé 62 offres provenant de donneurs de sperme sur des forums fréquentés par les couples infertiles. Il est entré en contact avec ces hommes, et a pu mener des entrevues approfondies avec 8 d’entre eux.

 

Âgés de 20 à 48 ans, ils étaient parfois célibataires, parfois en couple. Certains avaient une famille à eux. D’autres donnaient depuis quelques années et avaient aidé plusieurs autres personnes à fonder leur propre famille. Certains donnaient à la fois au système « officiel » des banques de sperme et à celui, officieux, des petites annonces en ligne.

 

Étudiant à la maîtrise à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et bientôt candidat au doctorat, M. Lavoie explique que les personnes infertiles, seules ou lesbiennes qui préfèrent les petites annonces aux cliniques médicales veulent sortir de la procréation assistée « par autrui » pour vivre la procréation « négociée avec autrui ». « Ils vont négocier l’entente qui leur convient à tous, ce qui n’est pas possible dans le système officiel », dit-il. Il a présenté ses résultats dans le cadre du congrès de l’Acfas lundi, à Montréal.

 

Pour les personnes qui recherchent ces donneurs, « l’idée est plutôt de se situer en porte-à-faux par rapport au système médical, car ce dernier est souvent vu comme froid, formalisé », explique Isabel Côté, professeure au Département de travail social de l’UQO. Elle explique que le donneur recruté en ligne est en quelque sorte un compromis entre le donneur « ami », proche de la famille, et le donneur entièrement anonyme des banques de sperme.

  

Qui et pourquoi ?

 

Des femmes célibataires, des couples de femmes et des couples hétérosexuels publient des avis de recherche sur ces forums.

 

En discutant avec les donneurs, M. Lavoie a constaté que plusieurs étaient motivés par l’idée de transmettre leur patrimoine génétique. « C’est un besoin instinctif, de transmettre mes gènes », lui a confié un donneur. Pour ces hommes, être père et géniteur, c’est deux concepts différents. Aucun ne recherche à établir une relation avec le futur enfant, mais plusieurs consentent à le rencontrer, un jour, si l’enfant en fait la demande. « Plusieurs agissent aussi dans le désir d’aider à fonder une famille, par altruisme », ajoute M. Lavoie.

 

La conception peut avoir lieu par une relation sexuelle, mais l’insémination artisanale est souvent privilégiée. Elle consiste à pratiquer l’insémination sans aide médicale, le plus souvent à l’aide d’une seringue sans aiguille. Dans ce cas, le donneur ne peut réclamer aucun droit parental sur l’enfant. S’il y a relation sexuelle, l’homme a un an pour faire valoir ses droits de père.

 

Et les risques ? « Ils existent, et c’est pour ça que c’est une pratique qui nécessite le consentement éclairé de tous, et une grande confiance », dit M. Lavoie. Même s’il produit un certificat médical, le donneur peut toujours être porteur d’une infection transmise sexuellement, par exemple, ou d’une maladie génétique qu’il ignore ou omet de déclarer. Certains hommes fournissent des tests génétiques, d’autres non, rapporte le chercheur. Une chose est sûre, il y a plus de demandes que d’offres.

 

Certains risques

 

Kevin Lavoie ne craint pas que ces hommes se retrouvent pères biologiques de dizaines d’enfants, pour la raison simple que le processus est long et exigeant. Une relation de confiance doit s’établir. Ensuite, la procédure n’aboutit pas nécessairement à une grossesse du premier coup. Le chercheur a d’ailleurs été étonné de constater que les donneurs avaient acquis une fine connaissance du cycle menstruel et qu’ils conseillaient même les femmes sur la manière de procéder pour maximiser les chances de conception. À long terme, des donneurs s’engagent aussi à être les géniteurs des enfants suivants de la fratrie.

 

La démarche est légale, pour des dons, ce qui était le cas de tous les exemples rapportés par M. Lavoie : la rémunération du don de sperme ou d’ovule est prohibée au Canada. De plus, la loi québécoise reconnaît les projets parentaux réalisés à l’aide de l’apport génétique d’un tiers depuis 2002.

 

Un règlement fédéral interdit toutefois la distribution de sperme frais. Le règlement vise à assurer l’innocuité du sperme. Un donneur se place donc potentiellement en position vulnérable, pouvant théoriquement être poursuivi. Ce qui ne semble pas les arrêter.

1 commentaire
  • Christian Fleitz - Inscrit 13 mai 2014 08 h 34

    Vive le néolibéralisme.....

    Offre payante ? Cela existe.... Tout se négocie, tout se paie, la pensée unique de ''enrichissez-vous'' sacrifie au veau d'or dont le culte se répand, activé par ceux qui y trouve le plus grand intérêt, pollue nos moindres actions. C'est surtout dans les petites circonstances que l'on constate l'ampleur des désastres de la morale et de la raison. L'inhumanité n'a jamais été un facteur de progrès de l'homme. Vendre la procréation est un des sommets de la dégradation de l'évolution humaine.
    Offre gratuite ? Il faut l'espérer, encore qu'une telle pratique relève du loto quant à la compatibilité parent\enfant.