L’origine asiatique des Amérindiens prouvée

Après les multiples indices archéologiques, voici désormais la preuve génétique de l’origine asiatique des Amérindiens. C’est en séquençant le génome d’un enfant amérindien vieux d’environ 12 600 ans que des chercheurs danois ont confirmé cette hypothèse et réfutent celle d’une origine européenne des pointes de flèche bifaces retrouvées à ses côtés, ainsi qu’un peu partout en Amérique.

 

Pour en arriver à ces conclusions, des scientifiques de l’Université de Copenhague ont eu accès aux ossements d’un garçonnet âgé de 12 à 18 mois qui ont été découverts dans le Montana, sur le site d’Anzick, qui est le plus ancien site funéraire jamais découvert en Amérique. Lorsqu’il a été exhumé, le squelette était recouvert de pigments ocre et était entouré de divers outils de la culture clovis. Cette dernière est apparue en Amérique il y a de 12 600 à 13 000 ans et se caractérise par des pointes de projectile bifaces faites d’une pierre très fine.

 

Même s’il semblait plus vraisemblable que la culture clovis ait été développée par des descendants d’immigrants venus d’Asie, certains experts avaient formulé l’hypothèse — solutréenne — qu’elle avait été introduite en Amérique par des Européens, qui auraient traversé l’Atlantique pendant la période de glaciation maximale de la dernière ère glaciaire. « Cette hypothèse était suggérée par le fait que la culture du Paléolithique supérieur en Europe maîtrisait la technologie de fabrication des lames de pierre retravaillées en biface sur du matériel très fin, de 6000 à 8000 ans plus tôt qu’en Amérique », explique André Costopoulos, professeur au Département d’anthropologie de l’Université McGill. « Toutefois, on a trouvé des précurseurs de cette technologie dans le nord de l’Asie qui sont beaucoup plus près dans le temps de la culture clovis. Et surtout, il y a une route connue entre la Sibérie et l’Amérique tandis que celle entre l’Europe et l’Amérique est moins évidente. »

 

En comparant le génome d’Anzick-1, le jeune représentant de la culture clovis, à celui de 143 humains contemporains provenant de diverses populations du monde, sauf africaines, les chercheurs danois ont relevé très peu de ressemblances génétiques entre Anzick-1 et les Européens. Une observation qui bat en brèche une fois pour toutes l’hypothèse solutréenne. Ces informations génétiques confirment par contre le scénario d’une vague de migration en provenance de la Sibérie à la fin de la dernière période glaciaire, il y a 15 000 ans, « alors que le niveau de l’océan était 120 mètres plus bas qu’aujourd’hui, ce qui dégageait des terres qui sont aujourd’hui submergées », précise M. Costopoulos.

 

Les résultats de cette étude génétique, qui fait l’objet d’un article dans la revue Nature, montrent également qu’Anzick-1 est plus étroitement apparenté aux 52 populations amérindiennes d’aujourd’hui qu’à toute autre population du monde. Cela confirme que « les Amérindiens de la culture clovis sont les ancêtres des populations amérindiennes modernes », souligne M. Costopoulos. Les scientifiques ont toutefois remarqué qu’Anzick-1 partage moins de matériel génétique avec les populations amérindiennes du Canada et de l’Arctique qu’avec les populations autochtones de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud. Cela s’expliquerait probablement par « des apports génétiques plus récents dans le nord de l’Amérique du Nord et dans l’Arctique. Il y aurait eu une expansion de la population dans l’Arctique, il y a 6000 ans, par des chasseurs de baleines et de phoques en provenance de la Sibérie », indique M. Costopoulos.

 

Même si le chercheur de McGill trouve ces résultats très intéressants, il prévient qu’« il ne faudrait pas conclure trop vite que tous les représentants de la culture clovis étaient apparentés à Anzick-1 et possédaient un génome comme le sien. On a trop souvent tendance à associer les artefacts matériels et le matériel génétique », dit-il.

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 13 février 2014 15 h 02

    Ça semblait évident ...

    ... que par leurs traits physiques (y compris la "tache bleue" au bas du dos des bébés) les Améridiens étaient plus proches des Asiatiques du Nord (ce qu'on appelle les "jaunes") que de tout autre population du globe. Ressemblances qui sont plus évidentes chez les jeunes, assez curieusement.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 février 2014 05 h 44

      Petite histoire.

      «la "tache bleue" » Il ne faut pas oublier que cette fameuse tache bleu est aussi portée par certains français à la naissance depuis Gengis Kan. Ah, il en a laissé des souvenirs sur sa route ce grand homme.

      PL