De la vapeur d’eau s’échappe d’une lune de Jupiter

Le télescope Hubble a permis de détecter de la vapeur d’eau s’échappant d’Europe, l’une des 63 lunes gravitant autour de la planète Jupiter.
Photo: ESA/Hubble Information Centre Le télescope Hubble a permis de détecter de la vapeur d’eau s’échappant d’Europe, l’une des 63 lunes gravitant autour de la planète Jupiter.
Des images captées par le télescope spatial Hubble ont permis de mettre en évidence des panaches de vapeur d’eau s’échappant de la surface glacée d’Europe, un des satellites de Jupiter. Cette nouvelle observation renforce l’hypothèse selon laquelle Europe serait l’un des endroits les plus propices à la vie extraterrestre dans le système solaire.

On soupçonnait déjà l’existence d’un océan liquide sous l’épaisse croûte de glace recouvrant Europe. Voilà maintenant la toute première observation de vapeur d’eau surgissant du pôle Sud de cette lune de Jupiter. Ces panaches de vapeur d’eau ont été découverts sur des images obtenues en novembre et décembre 2012 par le spectrographe du télescope Hubble qui avait détecté de faibles traces de lumière ultraviolette, qui est la signature des ions hydrogène et oxygène constituant des molécules d’eau.

Croûte glaciaire

Les chercheurs qui rendent compte de cette découverte dans Science Express soulignent que ces geysers de vapeur d’eau n’apparaissaient que lorsqu’Europe se trouvait sur le point de son orbite le plus éloigné de Jupiter.

Ils imputent l’aspect transitoire de ce phénomène (qui dure environ sept heures) « aux forces gravitationnelle et de marée » qu’exerce la planète de Jupiter sur sa lune. « À grandes distances de Jupiter, ces forces tirent et poussent sur la lune et par conséquent ouvrent grandes les fissures qui laissent alors échapper la vapeur d’eau, tandis qu’elles rétrécissent, voire ferment les fissures quand Europe se rapproche de Jupiter. »

Les chercheurs avouent par ailleurs ne pouvoir préciser si ces colonnes de vapeur d’eau s’échappant des fractures de la croûte glaciaire proviennent de ce prétendu océan d’eau liquide situé en profondeur sous la surface de glace ou s’ils dérivent d’une eau issue de la fonte de la glace causée par la friction — provoquée par le stress gravitationnel de Jupiter — entre les parois de glace.

Présence de micro-organismes ?

Europe est la seconde lune du système solaire à présenter un tel phénomène. En 2005, la sonde spatiale Cassini avait détecté des colonnes de vapeur d’eau qui s’échappaient de la surface d’Encelade, une lune de Saturne qui est beaucoup plus petite qu’Europe mais qui est aussi recouverte de glace.

« Cassini a traversé un de ces jets d’eau et y aurait détecté des molécules organiques », précise Robert Lamontagne, professeur d’astrobiologie à l’Université de Montréal. « Sur la Terre, l’eau est un ingrédient essentiel à la vie, mais sa présence ne garantit pas qu’il y a de la vie. C’est comme lorsqu’on réunit tous les ingrédients pour faire un gâteau, ça ne garantit pas la réussite de celui-ci. Cette observation nous indique que, sous la croûte glacée d’Europe, il fait plus chaud, ce qui est probablement propice à ce que la vie puisse se développer. On connaît sur la Terre des micro-organismes qui vivent sans lumière dans les fonds marins. On pourrait imaginer un écosystème semblable à celui des fumeurs noirs, ces sources hydrothermales. On ne s’attend pas à trouver des poissons ou des mammifères marins, mais possiblement des micro-organismes. »