Plus de cyclistes, mais moins d’accidents grâce au Bixi

Le système de vélo en libre-service Bixi compte aujourd’hui quelque 450 stations de vélos.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le système de vélo en libre-service Bixi compte aujourd’hui quelque 450 stations de vélos.

L’arrivée du Bixi a fait gonfler la pratique du vélo non seulement au centre-ville de Montréal, mais partout sur l’île, sans pour autant augmenter le nombre d’accidents sur les pistes cyclables, et les routes en général.

 

Une étude publiée par des chercheurs montréalais dans l’American Journal of Preventive Medecine (AJPM) démontre en effet que l’entrée en scène du Bixi en 2009 a fait augmenter de façon sensible le nombre de cyclistes dans la métropole, et cela, même en dehors des zones couvertes par le service de vélo en libre-service (SVLS).

 

De 8 % des résidants de l’île de Montréal en 2009, le nombre de personnes ayant déclaré avoir eu recours au Bixi est passé à 11 % l’année suivante, note l’étude.

 

« Ce que nous avons appris, c’est que ceux qui restent à proximité d’une station ont plus de chances d’utiliser le système Bixi. Mais le système sert aussi aux gens de l’extérieur de Montréal qui, en nombre, sont relativement plus nombreux à l’avoir utilisé »,explique Lise Gauvin, chercheuse au Département de médecine sociale et de prévention de l’Université de Montréal.

 

Touristes de passage, banlieusards, résidants des villes défusionnées et voisines, les usagers du fameux Bixi ne se limitent pas aux quartiers centraux. « Même les gens de l’ouest ou de l’est de l’île utilisent Bixi comme un des éléments d’un cocktail comportant plusieurs modes de transport », note le Dr Louis Drouin, coauteur de l’étude et chercheur à la Direction de la santé publique de Montréal.

 

Cet instantané de la situation qui prévalait en 2009-2010 confirme ce que d’autres études tendent à démontrer depuis. À savoir que la pratique du vélo à Montréal a le vent dans les voiles.

 

Dans une autre étude plus récente, publiée en janvier 2013 dans l’AJPM, les mêmes chercheurs constatent que cet engouement ne s’est pas traduit par une hausse des accidents chez les adeptes du vélo. « Ce qu’on voit, c’est qu’il n’y a pas de hausse mesurable du risque d’être impliqué dans une collision ou une quasi-collision. Même dans les quartiers centraux où le nombre d’usagers est élevé, il n’y a pas d’augmentation du risque », affirme Lise Gauvin.

 

En fait, avec un volume de cyclistes plus élevé, le nombre d’accidents ou de quasi-collisions rapportés semble même avoir chuté, si l’on tient compte d’un indicateur combinant le nombre de jours d’usage du vélo par cycliste. Mais l’équipe de recherche affirme que la méthodologie retenue ne permet pas d’affirmer cette conclusion, insiste Mme Gauvin.

 

Ces deux recherches, financées par les Instituts de recherche en santé du Canada, ont été réalisées auprès d’un échantillon de quelque 2500 adultes.


L’effet du nombre

 

Suzanne Lareau, la présidente-directrice générale de Vélo-Québec, se réjouit de ces résultats qui viennent confirmer ceux observés dans d’autres villes.

 

Cette thèse veut que plus la masse de cyclistes augmente, plus ces derniers sont visibles et en sécurité sur les routes.

 

Selon les plus récents chiffres (recueillis en 2008) publiés par l’organisme dans L’État du vélo du Québec en 2010, le nombre de Montréalais utilisant le vélo comme mode de transport est passé de 25 % à 53 % entre 2000 et 2010.

 

« C’est toujours bien d’avoir des résultats scientifiques qui confirment nos impressions. Avec 4,4 millions de déplacements l’an dernier, Bixi a contribué à démocratiser la pratique du vélo. Ç’a eu un effet boule de neige, même chez des gens qui n’auraient jamais pensé voyager à bicyclette avant », soutient Mme Lareau.

 

Les chercheurs, qui se penchent maintenant sur les facteurs qui influencent l’adhésion au SVLS dans d’autres villes d’Amérique du Nord, estiment que l’impact du Bixi sur les déterminants de la santé, bien que certain, reste encore à être mesuré.

 

« En passant de 125 000 usagers à 176 000 usagers en deux ans, ça commence à faire pas mal de monde. On peut certainement dire que ça aide à améliorer la santé des Montréalais, même si l’impact populationnel n’a pas encore été démontré », soutient le Dr Drouin.

 

Des études menées à Copenhague, à Londres et à Barcelone démontrent que l’usage du vélo comme mode de transport a un impact sur la prévalence des maladies cardiaques, du diabète et du cancer. Pas moins de 500 villes dans le monde disposent désormais du SVLS.