Le radon, un nouveau danger dans les écoles

Le radon émerge du sol et s’infiltre dans les habitations par les entrées de service et les fissures dans les fondations.
Photo: Agence France-Presse (photo) Sébastien Bozon Le radon émerge du sol et s’infiltre dans les habitations par les entrées de service et les fissures dans les fondations.

On apprenait cette semaine que dans plusieurs écoles du Québec ont été détectées des concentrations de radon supérieures à la limite jugée acceptable par Santé Canada. Ces écoles devront donc procéder à des travaux de correction afin d’évacuer ce gaz radioactif qui peut s’avérer cancérigène quand on y est exposé pendant plusieurs années.

 

Un programme de dépistage du radon dans toutes les écoles primaires et secondaires, publiques et privées, du Québec est en cours et devrait livrer tous ses résultats en juillet 2014. Les données obtenues dans le cadre du projet-pilote de ce dépistage ont révélé des concentrations de radon dépassant la norme nationale de 200 becquerels par mètre cube (Bq/m3) dans 17 % des écoles primaires de la Gaspésie, des Laurentides et de l’Outaouais. La commission scolaire de Beauce-Etchemin est la plus touchée avec 14 écoles présentant des concentrations supérieures à 200 Bq/m3.

 

Les écoles où on aura détecté des taux de radon allant de 200 à 600 Bq/m3 devront corriger la situation au cours des deux prochaines années, tandis que celles où la concentration de radon excédera les 600 Bq/m3 seront pressées de procéder au cours de l’année qui vient. « Le radon n’est pas du cyanure, il ne tue pas instantanément, et il ne tue pas à tout coup. Il ne fait qu’augmenter le risque de cancer du poumon », assure le Dr Jean-Claude Dessau, président du comité intersectoriel québécois sur le radon, tout en soulignant que le Québec est la première province à effectuer un tel dépistage.

 

Produit de désintégration de l’uranium

 

Le radon est un gaz incolore, inodore et radioactif d’origine naturelle qui est produit lors de la désintégration de l’uranium, un métal radioactif présent dans le sol sous forme de gisements ou de traces partout sur le globe. « Si une roche est relativement riche en uranium et que cette roche a des fissures, elle permettra l’accumulation de radon et sa migration vers le haut. Si le socle rocheux est couvert d’une épaisse couche de sédiments d’argile, le radon restera stocké dans le sol où il finira par se dégrader, car l’argile est très peu perméable. Par contre, si le couvert de sédiments est faible ou constitué de sable grossier qui est très perméable, le radon s’échappera dans l’atmosphère où il sera rapidement dilué à des concentrations qui ne sont pas nocives. Il y a toujours un peu de radon dans l’air que nous respirons, et ce, sur toute la surface du globe. Et personne n’est malade », explique Michel Chouteau, professeur de géophysique appliquée à l’École polytechnique de Montréal.

 

Le radon qui émerge du sol pourra s’infiltrer dans les habitations par les entrées de service (eau, électricité, gaz) et les fissures dans les fondations. Il s’accumulera en particulier dans le sous-sol ou le rez-de-chaussée, s’il s’agit d’une maison plain-pied, durant les mois où les fenêtres sont fermées.

 

Le radon qu’on détecte dans une habitation peut aussi provenir des pierres qui composent les fondations, les murs, voire le béton du bâtiment. « Il y a 20 ans, on a mesuré des concentrations très élevées de radon dans certaines résidences de la municipalité d’Oka dont les murs et les fondations contenaient des pierres de taille provenant d’une carrière qui était riche en uranium radioactif, rappelle M. Chouteau. Il ne faut pas utiliser une roche riche en produits radioactifs comme agrégats pour le béton des fondations, car le béton n’est pas imperméable et peut permettre la diffusion du radon émis par ces agrégats. »


Normes

 

Santé Canada a émis en 2007 de nouvelles lignes directrices limitant à 200 Bq/m3 le niveau à partir duquel on recommande de procéder à des mesures correctives à un bâtiment, car « on dispose d’évidences que le radon peut alors accroître le risque de développer un cancer du poumon chez les personnes qui y sont exposées pendant de nombreuses années, voire quelques décennies », affirme le Dr Jean-Claude Dessau, qui est aussi porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec sur le radon.

 

Selon une étude pancanadienne effectuée par Santé Canada, 16 % des cancers du poumon découleraient d’une exposition au radon. « Mais la grande partie des personnes atteintes de ces cancers sont des fumeurs. Le tabagisme aurait un effet non pas cumulatif mais multiplicateur sur l’action cancérigène du radon », ajoute le Dr Dessau, avant d’ajouter qu’il n’y a pas d’évidence montrant que les enfants sont plus vulnérables aux effets du radon. « Toutefois, comme la durée d’exposition est un facteur important, si les enfants sont exposés très tôt à du radon en grandes concentrations et que cette situation se poursuit durant le reste de leur vie, ils courront un plus grand risque de souffrir d’un cancer du poumon. Le but du dépistage des écoles est justement de limiter l’exposition cumulative des enfants, afin qu’au moins durant cette tranche de leur vie ils n’aient pas été exposés à des niveaux importants. »


Mesures correctives

 

Parmi les mesures qui sont prises pour atténuer les dangers du radon sur la santé, on encourage les fumeurs à cesser de fumer, car leur risque de cancer est plus important que celui de la population en général. On informe les habitants des secteurs qui sont les plus propices aux émanations de radon afin de les inciter à prendre des mesures dans leur résidence à l’aide d’un dosimètre certifié par Santé Canada. « L’Association pulmonaire du Québec offre des dosimètres pour 40 $ et elle incite les gens à transmettre les résultats de leurs mesures de façon anonyme au ministère de la Santé afin d’améliorer notre cartographie de la distribution des émanations de radon sur le territoire québécois », précise le Dr Dessau.

 

Certains secteurs à risque sont connus depuis longtemps. Il s’agit d’une partie des municipalités d’Oka et de Mont-Saint-Hilaire qui reposent sur une formation géologique riche en uranium. « Mais encore là, ce ne sont pas toutes les maisons de ces secteurs qui renferment des concentrations élevées de radon », prévient le Dr Dessau.

 

Des mesures effectuées par Santé Canada indiquent également qu’en Gaspésie, 25 % des 175 maisons testées présentaient des concentrations supérieures à 200 Bq/m3, la ligne directrice canadienne, dans le Bas-Saint-Laurent on en a compté 14 % et dans Chaudière-Appalaches, 13 %.

 

Le nouveau code de construction canadien 2010 recommande d’appliquer des mesures préventives très simples et peu coûteuses dans toutes les maisons neuves. On suggère d’installer une membrane de polythène sous la dalle de béton de la fondation pour créer une barrière imperméable qui isolera la maison du sol. On recommande de bien colmater les entrées de service (eau, électricité) et d’installer au travers de la dalle de béton un tuyau de PVC ayant un orifice dans le concassé sous la dalle de béton et un autre dans le plancher du sous-sol de la maison qui sera dans un premier temps fermé avec un bouchon. Si la concentration de radon s’avère élevée dans la maison, on pourra alors brancher à ce tuyau un autre tuyau équipé d’un ventilateur qui évacuera l’air contenu dans le tuyau à l’extérieur de la maison. « Ce système de dépressurisation sous la dalle permet d’induire une pression négative sous la dalle, ce qui fait en sorte que le radon, au lieu de diffuser dans la maison, s’en va dans le tuyau. On aspire ainsi le radon présent sous la maison et on l’expulse à l’extérieur. Dans sa ligne directrice, Santé Canada recommande d’installer par principe ce genre de dispositif dans toutes les maisons. On espère que les municipalités adopteront un règlement en ce sens », explique le Dr Dessau.

 

Dans les maisons plus anciennes, on peut diminuer les infiltrations de radon en étanchéifiant les ouvertures et les fissures. On peut installer un système de dépressurisation sous la dalle, ce qui est un peu plus coûteux car on doit percer la dalle de béton. Et améliorer la ventilation du sous-sol peut aussi aider.

5 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 novembre 2013 04 h 34

    Radon, plomb

    N'est-ce pas dernièrement que le gouvernement a annoncé de l'investissement dans les écoles ? Ne les voyez-vous pas venir avec leurs gros sabots les entrepreneurs qui cherchent de l'ouvrage et qui veulent se coller à la tétine de la vache à lait ? Inquiétez-vous pas, ils vont en trouver des défauts et des cossins à réparer !

    Y a du radon dans l'air ? Ouvre les fenêtres !!! Y a du plomb dans les tuyaux, laisse couler l'eau !!! Mais ça, ça coûte rien !!!

    PL

  • Chris G. Eustace - Abonné 23 novembre 2013 13 h 26

    CSLBP: Inspecter et faire rapport au conseils d' établissement

    23 novembre 2013


    Contrairement à ce que la présidente de la Commission scolaire Lester B. Pearson, Suanne Stein Day, pense - toutes les écoles doivent être inspectées et les résultats donnés aux conseils d'établissement .


    Plus d'informations :


    http://www.ledevoir.com/societe/education/385484/u


    http://www.ledevoir.com/societe/education/338801/e



    http://www.ledevoir.com/societe/education/338864/m


    http://www.ledevoir.com/societe/education/369302/m


    http://www.ledevoir.com/societe/education/386220/l



    Chris Eustace

    (enseignant à la retraite)

  • Jean-Yves Arès - Abonné 23 novembre 2013 13 h 54

    Changer les normes, ou l’art de créer des problèmes…

    Santé Canada à changer la norme la faisant passer de 800 a 200, ce qui du coup à multiplier par dix les lieux considérés comme en dépassement de norme. Vous avez le même phénomène qui se produit pour les normes de pression artériel ou d’indice glycémique, du jour au lendemain vous avez des millions de nouveaux malades à soigner…, tout un pactole pour l’industrie pharmaceutique !

    En l’Union Européenne cette norme est 400 Bq/m ³ pour les bâtiments neuf ou rénovés et 1,000 Bq/m ³ demande une intervention.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Radon#Normes_de_conce

    Il faut comprendre que l’on parle ici de l’infiniment petit, je cite :

    «1000 Bq/m3 d'air (concentration largement supérieure à ce qui est habituellement observé) traduiraient une présence de 0,17 picogramme de radon par m3 — soit une concentration molaire de l'ordre d'un millionième de millionième de millionième»

    «toute la radioactivité aéroportée de l'atmosphère terrestre n'est due qu'à quelques dizaines de grammes de radon»

    Et en termes d’exposition de radioactivité néfaste pour la santé les examens médicaux dépassent la part du radon. Devrait-on parler de «nouveau danger dans les hôpitaux» ?

    • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 23 novembre 2013 17 h 10

      Bonjour,

      Les effets de la radioactivité sont cumulatifs. Dans le cas du radon, il provient du plâtre, en général, à moins que vous traitez des minéraux qui contiennent du Radium.

      Ne vous inquietez pas trop, les doses sont infinitésimales normalment.

      Merci.

    • Yvan Dutil - Inscrit 24 novembre 2013 21 h 39

      Le radon provient généralement du sol qui contient un peu d'uranium. Il tend à s'accumuler dans les espaces clots. La meilleure solution pour contrôler le radon, c'est une bonne ventillation.