Prix Lionel-Boulet - Le physicien avait à l’oeil l’imagerie médicale

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Roger Lecomte s’est intéressé à l’utilisation de la physique pour les avancées de l’imagerie médicale.
Photo: Rémy Boili Roger Lecomte s’est intéressé à l’utilisation de la physique pour les avancées de l’imagerie médicale.

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix du Québec 2013

Physicien de formation et de carrière, Roger Lecomte obtient le prix Lionel-Boulet pour ses travaux de recherche à l’Université de Sherbrooke qui ont contribué au développement en milieu industriel. Il a utilisé ses connaissances dans le domaine de cette science pour l’avancement de l’imagerie en santé et poursuit ses activités de chercheur dans la même direction.

 

Roger Lecomte ne se considère pas comme un mordu de la science au moment où il fait ses études, bien qu’il ait connu beaucoup de facilité dans ces matières : « C’est même ce qui m’a causé un problème en quelque sorte, car, quand on est bon dans tout, il est parfois difficile de poser un choix, rendu à l’université. » Il opte finalement pour la physique : « Je trouvais que c’était la science qui allait le plus loin et le plus au fond des choses ; j’en aimais bien aussi la rigueur mathématique. J’ai opté pour cette discipline en me disant que, en étudiant dans cette voie, il était possible de faire n’importe quoi avec de telles connaissances par la suite. » Il lance, un sourire dans la voix : « Quand je tiens de tels propos, ça frustre en partie les autres scientifiques, mais c’est quand même un peu vrai… »

 

En 1974, il obtient son bac, avec spécialisation en biophysique, de l’Université de Montréal, ce qui laisse voir qu’il conserve toujours un engouement pour les autres sciences : « J’avais alors certainement un penchant pour la multidisciplinarité, dont on ne parlait pas beaucoup à l’époque ; c’était plutôt inconscient de ma part, mais c’était ce à quoi j’aspirais. » Il reçoit du même établissement universitaire, tour à tour en 1977 et 1981, une maîtrise en physique appliquée et un doctorat en physique nucléaire expérimentale. Il compte déjà 37 publications au terme de sa formation doctorale.

 

Dans le feu de l’action

 

En 1981, il gagne l’Université de Sherbrooke, où commence son parcours de chercheur dédié à l’utilisation de la physique pour les avancées en imagerie médicale. Roger Lecomte décrit son cheminement à partir de là : « J’ai choisi cet endroit parce que je pouvais m’orienter dans ce sens-là. Avec mes connaissances en physique, en détection et tout cela, je regardais les appareils utilisés en imagerie en me disant qu’il était probablement possible de les améliorer en utilisant les technologies semi-conductrices les plus récentes. »

 

Le hasard fait parfois bien les choses et il découvre qu’il existe une entreprise industrielle montréalaise, RCA Optoélectronique à l’époque, qui développe des « photodétecteurs » semi-conducteurs beaucoup plus sensibles que ceux d’ordre courant. Il établit des liens avec le docteur Robert J. McIntyre, leur inventeur et le responsable du dossier chez RCA : « Il a tout de suite vu l’occasion d’appliquer dans le domaine médical cette invention, qui était alors beaucoup utilisée, à 90 % sans doute, pour des applications militaires ; il voyait ce projet-là comme une occasion de l’appliquer à quelque chose de plus utile que de faire des systèmes de guidage pour des missiles. » Au même moment, le secteur des télécoms connaît une phase d’évolution rapide, notamment sur le plan de la fibre optique.

 

Cette entreprise a changé de nom plusieurs fois en cours de route pour s’appeler finalement Excelitas Tecnologies, et le professeur poursuit sa collaboration avec celle-ci encore de nos jours. Mais à quoi servent les appareils d’imagerie mis au point en commun en matière de santé ? « L’application qu’on appelle “tomographie par émission de positrons” (TEP) en est une de médecine nucléaire dont l’objectif est d’introduire un radiotraceur dans la circulation ou autrement pour regarder quelle en est la distribution. »

 

Il en résulte que, « contrairement aux résultats plus classiques d’imagerie médicale, où on voit bien l’anatomie, le squelette et les organes, on essaie de la sorte de mesurer la fonction des organes, de voir comment cela fonctionne ; l’information est différente et beaucoup plus utile pour comprendre le fonctionnement de la physiologie. » En raison des coûts prohibitifs encourus qui sont envisagés et impossibles à assumer, les expériences sont conduites auprès de petits animaux.

 

L’équipe en arrive finalement à la construction d’un prototype devenu fonctionnel en 1995, qui sera utilisé jusqu’en 2009 : « On a développé tout un programme de recherche biomédicale autour de ce dernier et, en parallèle, j’essayais d’intéresser des manufacturiers ou de grandes entreprises d’équipement médical à adopter cette technologie pour l’imagerie. » Il y a peu d’enthousiasme qui se manifeste : « On trouvait que c’était une belle technologie intéressante, mais qu’elle était trop risquée et trop dispendieuse ; on croyait que l’effort technologique à consentir pour en faire un produit commercial était trop grand. »

 

Qu’à cela ne tienne, Roger Lecomte s’associe à deux étudiants en 2002 et lance une entreprise ; ils réussissent à réunir les fonds pour y arriver en 2005 : « On aurait pu envisager d’investir nous-mêmes, mais, seulement pour construire une caméra comptant plusieurs centaines ou milliers de canaux électroniques, il est nécessaire de débourser des fonds substantiels. » Il s’agit là d’un marché très spécialisé qui génère un petit volume de ventes et nécessite une ouverture sur les exportations : « On est rapidement venu à la conclusion qu’on devait fusionner nos activités avec une autre entreprise qui possédait un réseau de distribution, en l’occurrence Gamma Medica. »

 

Chercheur un jour, pour toujours

 

Une entente est par la suite conclue avec un des trois grands dans la sphère de l’imagerie médicale, GE Healthcare, qui créera une brèche sur le marché international et assurera le fonctionnement des activités jusqu’en 2011 : « À partir de 2009, on occupe à peu près le tiers du marché mondial pour ce type très spécifique d’imagerie préclinique. » Malheureusement, GE retire ses billes en 2011 : « Elle se positionne de la même manière que ses concurrents, parce que, pour eux, c’est un marché trop petit pour être intéressant. D’une certaine façon, c’est une déception, mais, d’un autre côté, le marché est maintenant établi, ce qui a incité une petite entreprise à reprendre les activités ; c’est ce qui se passe présentement. »

 

Entretemps, Roger Lecomte n’a jamais cessé de conduire des travaux de recherche, ce qui demeure pour lui le fondement même de sa vie professionnelle. Au moment de l’entrevue, il s’activait à préparer encore une fois une demande de subvention : « Je suis demeuré chercheur universitaire et j’ai décidé de ne pas faire une carrière industrielle. Mes aspirations et mon plaisir se retrouvent dans la recherche plus fondamentale de l’exploration de nouvelles idées et du lancement de projets risqués ; c’est vraiment ce que j’aime. » Et c’est ainsi qu’il caresse maintenant le projet d’en arriver à la convergence des trois modes d’imagerie préclinique qui existent.

 

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