Le premier hamburger créé à partir de cellules souches est «goûteux»

La boulette du futur a coûté 220 000 livres sterling à développer, soit quelque 350 000 dollars canadiens. Le cofondateur de Google Serge Brin, qui ne craint certainement pas de diversifier ses investissements, a financé le tout.
Photo: LiveLeakPLUS La boulette du futur a coûté 220 000 livres sterling à développer, soit quelque 350 000 dollars canadiens. Le cofondateur de Google Serge Brin, qui ne craint certainement pas de diversifier ses investissements, a financé le tout.
Goûteux mais trop peu juteux, voilà ce qu’ont pensé trois goûteurs invités à mordre dans le premier hamburger créé entièrement en laboratoire à partir de cellules souches de bœuf. La dégustation a été diffusée en direct sur le Web lundi depuis Londres, en Grande-Bretagne.

C’est la première boulette pour laquelle aucun animal vivant n’a dû être abattu : en effet, les chercheurs l’ont entièrement créée en cultivant des cellules musculaires de bœuf en laboratoire.

Exempte de gras, la boulette ressemble davantage à un petit gâteau protéiné, selon Josh Schonwald, un des volontaires appelés à mettre ses papilles à l’épreuve dans une dégustation. « La texture ressemble à celle de la viande, le gras en moins. Mais la bouchée ressemble à un hamburger traditionnel », a-t-il réagi.

Les chercheurs, qui n’ont en effet ajouté aucune cellule de gras à leur création, ont dit « prendre acte » des commentaires des goûteurs, qui trouvaient que l’absence de gras sacrifiait le côté « juteux » d’un vrai bon burger. Ils travaillent sur la culture de cellules adipeuses, mais qualifient ce défi de plus « complexe ».

Six ans pour un burger

Selon le chercheur allemand Mark Post, de la Maastricht University, outre le bœuf, le poulet ou le poisson pourrait aussi faire l’objet d’une culture en laboratoire. Celui qui s’intéressait de prime abord à l’ingénierie tissulaire pour des raisons médicales croit que la viande de laboratoire pourrait, dans le futur, assurer la sécurité alimentaire des humains. Selon lui, la viande de synthèse nécessite 99 % moins de surface agricole et de 82 % à 96 % moins d’eau que la viande d’élevage, a-t-il dit en entrevue avec un média britannique.

Ne se resservant pas une deuxième bouchée, les trois goûteurs invités semblaient toutefois manquer quelque peu d’enthousiasme.

Quelque 350 000 $

La boulette du futur a coûté 220 000 livres sterling à développer, soit quelque 350 000 dollars canadiens. Le cofondateur de Google Sergueï Brin, qui ne craint certainement pas de diversifier ses investissements, a financé le tout. En entrevue avec le quotidien britannique The Guardian, il a affirmé être préoccupé par l’impact environnemental de la production de viande et le bien-être animal.

Il aura fallu plus de six ans aux scientifiques pour élaborer la boulette à partir de cellules souches de vache — dans l’intervalle, les cellules produites ont été congelées avant que la quantité ne permette de constituer une boulette digne de ce nom. Des cellules souches que les bovins utilisent déjà pour réparer les muscles ont été prélevées puis cultivées dans un milieu nutritif. Les chercheurs ont dû trouver la recette pour forcer ces cellules souches à se transformer en cellules musculaires.

Il leur a aussi fallu rendre le tout un peu plus attrayant : dans la boîte de Petri, les cellules musculaires étaient blanchâtres et peu goûteuses. Chaque fibre avait la taille d’un grain de riz — il en a fallu plus de 20 000 pour former un burger. L’ajout de jus de betterave et de safran a été nécessaire pour ajuster la couleur naturelle de la viande. Avant de la servir, le chef a ajouté œuf et chapelure à la préparation, pour que le burger prenne forme.

N’en cherchez pas dans une épicerie près de chez vous : les chercheurs estiment que dix ans pourraient s’écouler avant que la viande de synthèse ne soit commercialisable.


À voir en vidéo