La santé mentale a sa Signature

Un médecin discute avec un patient admis dans un l’hôpital psychiatrique. La banque de données Signature recueillera les données biologiques, médicales et psychosociales de personnes vivant un problème de santé mentale afin d’aider la recherche dans le domaine.
Photo: Agence France-Presse (photo) Joël Saget Un médecin discute avec un patient admis dans un l’hôpital psychiatrique. La banque de données Signature recueillera les données biologiques, médicales et psychosociales de personnes vivant un problème de santé mentale afin d’aider la recherche dans le domaine.

Une nouvelle banque de données biologiques, médicales et psychosociales provenant de personnes vivant un problème de santé mentale voit le jour à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM), anciennement l’hôpital Louis-H. Lafontaine. Ce projet qui a débuté en novembre dernier et dont c’était le lancement officiel mardi matin fournira aux chercheurs une mine d’informations susceptibles d’aider au dépistage précoce des troubles mentaux et à la personnalisation des traitements.


Le projet de la banque Signature est unique au monde, car il vise à étudier une grande variété de marqueurs biologiques (métaboliques, hormonaux, toxicologiques et infectieux) en santé mentale, contrairement à la plupart des autres banques d’échantillons biologiques qui sont avant tout des banques de données génétiques, a fait remarquer Sonia Lupien, directrice scientifique de l’IUSMM, où sera constituée cette banque de données médicales, psychosociales et de matériel biologique humain. Le projet Signature se distingue aussi par le fait qu’il prévoit de recueillir des données à quatre moments critiques du cheminement des patients, soit au moment où ils se présentent à l’urgence et où ils sont en état de crise, au moment où ils quittent l’hôpital et que leur état est stable, à leur premier rendez-vous de suivi en consultation externe, ainsi qu’à la fin de leur traitement.


À chacune de ces étapes, des échantillons de sang, de cheveux et de salive seront prélevés et les patients devront répondre à un questionnaire permettant d’obtenir les informations démographiques de base, telles que leur âge, leur statut matrimonial et leur lieu de résidence. Les patients seront aussi invités à décrire leur mode de vie (consommation d’alcool, de cigarette, de drogues) et leur histoire familiale de trouble mental. On cherchera aussi à connaître leur niveau d’anxiété, la qualité de leur sommeil, les troubles cognitifs dont ils sont atteints, les traumatismes dont ils ont été victimes durant leur enfance, autant d’éléments psychosociaux qui se manifestent fréquemment dans les divers troubles mentaux et qui peuvent s’avérer des déclencheurs du trouble mental. Ces prélèvements et les réponses au questionnaire permettront de déterminer « la signature de l’état émotionnel et biologique du patient à ces différentes étapes. Il est certain que la signature du patient qui arrive à l’urgence ne sera pas la même que celle du moment où il sort de l’hôpital », souligne Mme Lupien.


Les patients doivent répondre à ce questionnaire de quelque 168 questions sur un iPad. Quand ils ont rempli le questionnaire, leurs réponses sont cryptées et envoyées dans une base de données qui est mise à la disposition des chercheurs. Les réponses sont aussi compilées et transmises sur-le-champ au psychiatre traitant. « Le projet Signature permet aux médecins traitants d’avoir accès à de nombreux renseignements cliniques en temps réel qui aideront à l’évaluation et au traitement de la personne », a indiqué le Dr Marc Sasseville, chef médical du Service de psychiatrie des urgences à l’IUSMM. L’utilisation du iPad permet d’éviter des frais et des erreurs de transcription, a fait remarquer Sonia Lupien avant d’ajouter que les psychiatres ont constaté que les patients, qui pour la plupart sont assez jeunes (entre 18 et 40 ans), apprécient ce mode d’interaction, « qui les calme. Jusqu’à maintenant, aucun iPad n’a été lancé sur les murs par les patients », a précisé Mme Lupien.


Les échantillons de sang, de cheveux et de salive serviront à mesurer des marqueurs génétiques, métaboliques, hormonaux, toxicologiques et infectieux, voire de nouveaux biomarqueurs émergents qu’on pourrait découvrir dans les prochaines années. « Tous les schizophrènes qui sont traités à l’aide de médicaments de deuxième génération développent le syndrome métabolique. En nous permettant de mesurer les marqueurs métaboliques, la banque Signature nous aidera à mieux comprendre comment apparaît ce syndrome », a expliqué Sonia Lupien avant de préciser qu’autrefois, les médicaments de première génération induisaient un syndrome parkinsonien qui ne se manifeste plus avec les nouveaux médicaments, lesquels engendrent par contre un syndrome métabolique, une maladie insidieuse qui annonce de graves problèmes de santé, comme le diabète, la maladie cardiovasculaire et l’accident vasculaire cérébral.


Jauger les hormones de stress et les hormones sexuelles permettra de voir quels sont les effets des variations cycliques de ces hormones sur les manifestations psychiatriques, a poursuivi Mme Lupien. « Par exemple, ces marqueurs permettront d’élucider pourquoi certaines femmes déprimées rechutent durant leur période de menstruations. » Ils permettront de vérifier si les taux de testostérone peuvent expliquer pourquoi certains hommes sont agressifs quand ils arrivent à l’urgence.


Par ailleurs, l’exposition à certains produits toxiques, comme le plomb, semble être associée à l’apparition de troubles mentaux. « Les personnes provenant d’un milieu socio-économique défavorisé sont plus nombreuses à souffrir d’un trouble de santé mentale. Une des raisons permettant d’expliquer cette association est le fait qu’elles pourraient être exposées à plus de toxines environnementales, comme le plomb, car elles habitent souvent dans de vieilles maisons, dont la tuyauterie est en plomb et les murs sont couverts de peinture au plomb. Plusieurs études ont indiqué que l’exposition au plomb chez les enfants pourrait avoir un impact sur le développement du cerveau et accroître la prédisposition aux troubles mentaux, comme l’anxiété, à l’âge adulte », a expliqué la chercheuse.


La banque Signature permettra aussi de mesurer des marqueurs infectieux, tels que le parasite de la toxoplasmose, que les chats transmettent aux humains et qui rejoint le cerveau de la personne infectée. Or, selon certaines études, ce parasite pourrait prédisposer à la schizophrénie.


Ces échantillons biologiques qui seront prélevés, anonymisés et entreposés à - 80 degrés Celsius dans la banque Signature, « ne seront mis à la disposition que des chercheurs qui désirent mesurer l’un de ces biomarqueurs dans leur projet de recherche, car les patients ont consenti à fournir des échantillons de leur sang, de leurs cheveux et de leur salive que pour ce genre de mesures. Les chercheurs devront payer, à l’aide de leurs subventions de recherche, pour accéder aux biospécimens. Les chercheurs s’engagent aussi à retourner à la banque toutes les données qu’ils auront obtenues afin que les autres chercheurs puissent les utiliser », a souligné Mme Lupien.


La cueillette des données a débuté en novembre dernier. Et depuis, la participation est particulièrement élevée. À part les 40 % de patients qui ne sont pas en mesure de donner leur consentement au projet, 60 % de ceux qui sont aptes à comprendre les conditions du projet acceptent d’y participer, a indiqué Mme Lupien.

2 commentaires
  • Jean-Noël Ringuet - Abonné 12 juin 2013 18 h 47

    Des projets pour le bénéfice de qui?

    Qui seront ces chercheurs ? Les données fournies serviront à quels genres de projets ? Ceux susceptibles de permettre la bien-être général des citoyens ou bien des grandes entreprises pharmaceutiques ou de biotechnologie qui ont le plus de moyens de payer l'accès à ces biospécimens ? Questions importantes pour l'obtention d'un consentement éclairé des donneurs...

  • Nathe François - Inscrit 14 juin 2013 15 h 48

    Bonjour

    Pour répondre à vos questions, les compagnies privées n’ont pas d’accès direct à cette banque de données. L'accès est réservée aux chercheurs et cliniciens-chercheurs du centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal qui proviennent de diverses universités au Québec. Les données issues de la banque Signature serviront pour différents projets de recherche en santé mentale uniquement. Oui, ce projet permettra d’améliorer le bien-être des personnes atteintes de problème de santé mentale, autant au point de vue des recherches que des soins qui en découleront. Voici le site web site web si désirez plus d’information www.centresignature.ca .
    Nathe François, coordonnatrice de la Banque Signature