Action TI - L’industrie québécoise se porte bien

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Action TI a dans ses cartons des projets pour intéresser les jeunes à travailler dans le secteur des technologies de l’information.
Photo: Agence France-Presse (photo) Frédérick Florin Action TI a dans ses cartons des projets pour intéresser les jeunes à travailler dans le secteur des technologies de l’information.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le réseau Action TI a procédé, samedi dernier, à la remise des prix Octas, qui reflètent avec justesse les réalités de l’industrie des technologies de l’information et des communications (TIC) au Québec. Celle-ci n’a rien à envier au reste du monde sur le plan des acquis et de l’innovation, mais elle fait face à un épineux problème de relève. Le p.-d.g. du réseau, Patrice-Guy Martin, analyse la situation.


L’ère des ordinateurs géants, qui servaient à afficher l’avant-gardisme de certaines entreprises sur la place publique, est révolue depuis longtemps et a fait place à un tout autre modèle : « Aujourd’hui, la puissance qu’on peut utiliser dans un téléphone mobile intelligent, que je préfère appeler “ multifonctionnel ”, est beaucoup plus grande que celle d’un ordinateur qui a servi à envoyer Apollo 11 sur la Lune, par exemple », laisse savoir Patrice-Guy Martin, pour montrer l’immensité des avancées survenues depuis le milieu des années 1970, au moment où le réseau Action TI prenait forme.


L’industrie a été profondément transformée depuis le milieu des années 1990 par la révolution Internet. Il y a 30 ans, les établissements financiers en étaient à leurs premiers balbutiements dans la mise en réseau des succursales entre elles, avec le soutien de lourds systèmes informatiques, alors qu’aujourd’hui leurs clients utilisent leur téléphone, leur tablette ou leur ordi pour effectuer leurs transactions courantes.


Dans ce contexte d’une évolution effrénée de la technologie dans bien d’autres secteurs, plusieurs observateurs de la scène des TIC considèrent que le Québec accuse du retard sur plusieurs fronts, dont celui de la haute vitesse. Le p.-d.g. ne partage pas cette opinion : « Je n’aime pas ce message, qui laisse voir qu’on est en retard sur le reste du monde, même si on l’entend fréquemment. On fait preuve de méconnaissance de ce qui se passe dans nos organisations et dans nos entreprises, petites et grandes ; personnellement, je suis très fier de constater leurs réalisations et il suffit de se pencher sur le travail accompli par certains lauréats des Octas dans une vingtaine de catégories pour voir à quel point on se compare très bien, si on n’est pas en avance dans bien des cas, avec d’autres à l’échelle internationale. »


Il existe, à son avis, plusieurs considérations d’ordres autres que technologiques dont il faut tenir compte dans la comparaison avec d’autres pays : il y a, entre autres, les conditions du marché et la réglementation. Il déplore tout de même cette disparité dans le trafic des données : « Il est clair que la vitesse d’accès ou la très haute vitesse dans Internet doit devenir égale pour éliminer une fracture numérique sur le territoire, compte tenu du fait que beaucoup d’entreprises utilisent le Net et que plusieurs services transactionnels s’effectuent par cette voie ; c’est un défi qui se présente et tout le monde sait comment gérer ce genre de situation : il faut construire des réseaux pour fournir cet accès-là », assure-t-il. Pour le reste, il lui apparaît que l’industrie québécoise subit très bien la comparaison avec d’autres joueurs à travers la planète.

 

Appel à une main-d’oeuvre jeune


Il est bien connu que le Québec connaîtra d’immenses besoins en main-d’oeuvre dans un avenir rapproché. Emploi Québec évalue à 695 000 le nombre des emplois à pourvoir d’ici 2016, dont 75 % résulteront de prises de retraite. Les TIC n’échappent pas à cette conjoncture, comme le rapporte Patrice-Guy Martin : « Comme dans beaucoup d’autres industries, on fait face à un problème de relève. On souffre de ce qu’on a voulu appeler le bogue de l’an 2012, au moment où les baby-boomers commencent à prendre leur retraite de façon beaucoup plus significative ; il en résulte qu’il y a tout un remplacement de ressources à effectuer. »


Les chiffres sont révélateurs : l’industrie, sur les plans vertical et horizontal, soit en ce qui concerne, d’une part, les fournisseurs de produits et de services et, d’autre part, les personnes qui travaillent sur des systèmes informatiques, fournit de l’emploi à 185 000 personnes, ce qui pèse dans l’économie du Québec ; plusieurs d’entre elles risquent de se retrouver hors circuit sous peu dans un domaine en pleine croissance : « Présentement, les entreprises québécoises doivent aller partout dans le monde pour trouver les ressources dont elles ont besoin afin de développer leurs produits et leurs services. »


Le réseau Action TI prend donc des mesures pour intéresser les jeunes et les travailleurs qualifiés de l’étranger afin qu’ils prennent la relève, mais la tendance des inscriptions dans les programmes en TIC dans les cégeps et les universités demeure à la baisse depuis 15 ans : « Il faut trouver des manières d’attirer les jeunes vers des carrières dans ce secteur », préconise M. Martin. Les participants au gala des Octas se sont d’ailleurs montrés dans l’ensemble préoccupés par ce manque d’effectifs compétents pour occuper des postes-clés dans les organisations : « De notre côté, on a quelques projets dans cette perspective, dont l’un d’eux sera annoncé sous peu et sera réalisé avec un partenaire. »


Les Octas, miroir de l’industrie


Les Octas sont attribués dans plus de 20 catégories, et 68 finalistes ont concouru cette année pour leur obtention. Le réseau Action TI émet le voeu que cette brochette de premiers de classe reflète adéquatement, par les divers projets soumis, la vitalité et l’essor que connaît l’industrie : « Quand on regarde tout cela, on a un bel exemple pour savoir où on en est rendu dans l’évolution des technologies », ose croire le président-directeur général, Patrice-Guy Martin.


Pour en faire la preuve, il donne en exemple quelques-uns des récipiendaires de prix et pose ce constat sur l’évolution survenue depuis le début de la présentation de cet événement annuel, en 1988 : « Ce qui est intéressant cette année, quand on regarde les lauréats, c’est qu’il y a de petites entreprises, même de très petites, et aussi de grandes organisations. On se rend donc compte que les technologies sont accessibles à toutes les tailles d’organisations et, dans tous les cas, les technologies participent à la mission de celles-ci ; elles en sont au coeur. »


La différence est marquante entre ce qui existait il y a une trentaine d’années et les changements radicaux qui se sont produits : « À cette époque, on automatisait les processus ; par exemple, on informatisait la comptabilité dans l’entreprise. Aujourd’hui, les technologies lui servent à aller beaucoup plus loin que cela : on est à une étape où on les regarde en fonction, entre autres, du service à la clientèle et du soutien des activités. »


 

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