81e congrès de l’Acfas - Du curcuma en nanoparticules

« Le curcuma est hydrophobe, il ne se dissout pas dans l’eau, ce qui réduit son absorption par voie orale. De plus, il est dégradé rapidement dans le tractus gastro-intestinal », a indiqué Doggui Sihem, étudiante au doctorat à l’Institut Armand-Frappier.
Photo: - Archives Le Devoir « Le curcuma est hydrophobe, il ne se dissout pas dans l’eau, ce qui réduit son absorption par voie orale. De plus, il est dégradé rapidement dans le tractus gastro-intestinal », a indiqué Doggui Sihem, étudiante au doctorat à l’Institut Armand-Frappier.

Québec — On connaît bien les propriétés antioxydantes du curcuma, mais l’ingestion orale de l’épice ne procure pas les effets attendus car celle-ci est dégradée rapidement dans le tractus gastro-intestinal. Pour éviter cette situation, les chercheurs de l’Institut Armand-Frappier ont pensé à encapsuler le curcuma dans des nanoparticules qui sont ensuite éliminées par voie naturelle.

« Le curcuma est hydrophobe, il ne se dissout pas dans l’eau, ce qui réduit son absorption par voie orale. De plus, il est dégradé rapidement dans le tractus gastro-intestinal », a précisé d’entrée de jeu Doggui Sihem, étudiante au doctorat à l’Institut Armand-Frappier, dans le cadre du congrès de l’Acfas qui se poursuit à l’Université Laval de Québec. Dans le but d’accroître la disponibilité de l’épice dans l’organisme, notamment dans le cerveau où ses propriétés antioxydantes devraient aider à freiner la maladie d’Alzheimer, la jeune chercheuse a mis au point des nanoparticules de 100 nanomètres de diamètre qu’elle remplit de curcuma.


Doggui Sihem a synthétisé ces nanoparticules de poly-lactide-coglicolide par évaporation d’acide lactique et d’acide glycolique, ce qui en fait des nanoparticules biodégradables qui sont éliminées par voie naturelle.


Des expérimentations in vitro ont montré que ces nanoparticules libèrent rapidement (au cours des six premières heures) le curcuma attaché à leur surface interne. Le reste du contenu en curcuma diffuse ensuite lentement à travers la matrice des nanoparticules au cours des 10 heures suivantes.

 

Cancer et Alzheimer


Pour vérifier si le curcuma encapsulé dans les nanoparticules est bien internalisé par les cellules que l’on veut traiter, la scientifique a exposé des cellules de neuroblastome humain (un cancer du système nerveux) à du curcuma seul, ainsi qu’à des nanoparticules contenant du curcuma. Alors que cinq micromoles de curcuma seul ont été nécessaires pour induire un début d’internalisation, à peine 0,07 micromoles de nanoparticules de curcuma ont entraîné une bonne internalisation de l’épice dans les cellules cancéreuses.


Dans le but de mimer le stress oxydatif qui survient dans la maladie d’Alzheimer, Doggui Sihem a appliqué du peroxyde d’hydrogène sur les cellules de neuroblastome humain. Elle a ensuite observé que le curcuma encapsulé dans des nanoparticules prévenait la mort de ces cellules contrairement au curcuma administré seul, qui n’offrait aucune protection. « Nous avons également observé que les nanoparticules de curcuma diminuaient significativement la libération des molécules très réactives qui sont relâchées lorsqu’on traite les cellules au peroxyde d’hydrogène. Et il fallait une dose dix fois plus grande de curcuma seul pour obtenir un effet comparable », a précisé Mme Sihem.


Lors d’un stress oxydatif, la concentration de glutathion, une molécule antioxydante présente en permanence dans le cerveau, diminue rapidement car elle est utilisée pour combattre ce stress oxydatif. Or la chercheuse a montré que l’administration de nanoparticules de curcuma bloque cette diminution, « probablement parce que les cellules utilisent le curcuma à la place du glutathion pour atténuer les effets nocifs du stress oxydatif », avance-t-elle.


Le facteur de transcription Nrf2 qui induit la synthèse de protéines antioxydantes, dont le glutathion, est activé chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, ainsi que lorsqu’on provoque un stress oxydatif à l’aide du peroxyde d’hydrogène, car son rôle est d’assurer la survie des cellules, ajoute la chercheuse. Or les nanoparticules de curcuma bloquent là aussi l’activation du Nrf2.


Selon Doggui Sihem, les résultats positifs de ces expériences fondamentales prouvent que l’encapsulation du curcuma dans des nanoparticules accroît l’efficacité et les propriétés neuroprotectrices de l’épice en augmentant sa disponibilité dans l’organisme.

2 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 8 mai 2013 11 h 37

    Non mais

    On connaît l'hydrophobie du curcuma depuis toujours. C'est pourquoi il est recommandé de l'absorber avec un peu d'huile. Voilà.

  • Jacques Gagnon - Abonné 8 mai 2013 15 h 40

    Curcumine et pipérine

    On sait que l'absorption de la curcumine par l'organisme est multipliée par 20 si associée à la pipérine du poivre.