La transparence par le numérique

Pour Jean-Hugues Roy, ancien journaliste à Radio-Canada et professeur à l’UQAM, le gouvernement du Québec devrait travailler à mettre ses données numériques au service du citoyen et de la démocratie, plutôt qu’à celui de la culture du secret.
Photo: UQAM Pour Jean-Hugues Roy, ancien journaliste à Radio-Canada et professeur à l’UQAM, le gouvernement du Québec devrait travailler à mettre ses données numériques au service du citoyen et de la démocratie, plutôt qu’à celui de la culture du secret.

Il a été journaliste pendant 25 ans à Radio-Canada, il est aujourd’hui professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), et la note qu’il donne au gouvernement, en matière d’ouverture numérique et de transparence, est sans appel : « C’est un D, lance à l’autre bout du fil Jean-Hugues Roy, qui enseigne le journalisme, et surtout le journalisme de données, aux générations montantes de gardiens de la démocratie. Ça aurait pu être un E, pour échec, mais comme le gouvernement a ouvert récemment un portail pour la diffusion de quelques données, cela aurait été trop sévère. » Et il ajoute : « Un D, c’est tout juste la note de passage. Je n’ai pas souvent donné ça dans ma carrière de professeur. »

Alors que mardi prochain, la Commission des institutions va amorcer la dernière ronde de ses consultations publiques sur le rapport de la Commission d’accès à l’information intitulé Technologies et vie privée : à l’heure des choix de société, M. Roy se prépare, lui, à y faire plusieurs recommandations afin d’inciter Québec à apprendre de ses erreurs passées et mieux construire pour l’avenir une société qui met ses données numériques au service du citoyen et de la démocratie, plutôt qu’au service de la culture du secret.

 

Barrières à l’information


L’homme sait de quoi il parle. Dans les dernières années, à titre de journaliste, mais également de formateur, il s’est régulièrement buté à cette culture qui bloque régulièrement l’accès à des informations et des données numériques dont le caractère public semble pourtant évident. Ces barrières sont induites autant par des frais démesurés exigés pour des données pourtant assemblées par le gouvernement à même les fonds publics, soit par l’évocation de l’article 15 de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics, qui précise que les demandes doivent reposer que sur des documents qui ne « requièrent ni calcul ni comparaison de renseignements ».


Jean-Hugues Roy réclame d’ailleurs, dans un mémoire dont Le Devoir a pris connaissance, son abrogation, au mieux, ou, au pire, la précision de cet article pour qu’il cesse de nuire à l’accès aux données numériques du gouvernement. « Techniquement, les données numériques contenues dans un ordinateur sont le fruit d’un calcul, dit-il. Du coup, quand on demande l’accès à des données informatiques, la première réponse que l’on obtient, c’est : non ! Cet article devrait soit disparaître ou être interprété dans une optique d’ouverture, plutôt que de fermeture. »

 

Pour un accès gratuit


Dans la foulée, le prof d’université estime que l’accès aux données gouvernementales devrait également à l’avenir se faire sans frais, dans leur ensemble. « Cela semble une évidence, écrit-il dans son mémoire. Les données téléchargeables en ce moment à partir des portails de données ouvertes [plusieurs provinces, dont le Québec, le gouvernement fédéral ou encore la Ville de Montréal en ont un] le sont sans frais. Pourtant, pour accéder à d’autres données publiques, des montants prohibitifs sont exigés », sans que cela soit justifié par ailleurs.


Il cite d’ailleurs en exemple l’accès à plusieurs bases de données du ministère des Ressources naturelles sur l’historique des travaux pétroliers et gaziers pour lesquels plus d’un millier de dollars est nécessaire pour une vue d’ensemble en format ouvert. Et ce, même si ces mêmes données sont diffusées gratuitement, dans un format peu propice au journalisme de données, avoue-t-il, sur le site du ministère.


Les demandes de M. Roy font écho à celles lancées devant la Commission des institutions dans les dernières semaines par plusieurs organismes de défense de la transparence et du droit du public à l’information pour que le Québec mette l’accès à ses données au goût du jour et de la nouvelle réalité citoyenne numérique. L’organisme Québec Ouvert est du nombre. Il réclame, entre autres, que l’ensemble des données liées à l’attribution des contrats publics soient désormais publiques à 100 %, en format ouvert et de manière permanente. Les données touchant l’argent versé aux fournisseurs de l’État devraient connaître le même sort, selon ce groupe qui estime qu’en dehors des données nominatives - ou celles pouvant avoir un impact sur la sécurité de l’État -, tout devrait être public, en format ouvert, sans aucune restriction.


Une idée résumée d’ailleurs dans le mémoire du nouvel Institut de gouvernance numérique qui, mardi prochain, doit également prendre la parole devant la Commission, pour appeler à un profond et fondamental changement de culture dans l’appareil gouvernemental pour la mise en place d’une réelle démocratie ouverte. Comment ? En passant « d’une culture du secret par défaut, ouvert par nécessité » à celle d’une « ouverture par défaut, secrète par nécessité ».

2 commentaires
  • Richard Boulé - Inscrit 20 avril 2013 09 h 55

    Au service du citoyen et de la démocratie...

    Tout cela bien sûr en supposant que les fonctions publiques occidentales soient toujours au service du citoyen et de la démocratie, ce qui devrait nous apparaître de moins en moins évident avec les nombreuses lois de sécurité étatiques adoptées depuis 2001.

    • France Marcotte - Inscrite 20 avril 2013 17 h 16

      Pourquoi ce pessimisme?

      Vous souhaitez le pire par défaut?