Cancer - Une nouvelle cible pour freiner les métastases

Des chercheurs de Montréal ont découvert une protéine jouant un rôle clé dans la formation des métastases issues d’un cancer du sein, voire de divers autres types de cancer. Cette protéine pourrait s’avérer une cible stratégique à bloquer pour empêcher la migration des cellules cancéreuses dans d’autres organes. Cette découverte fait l’objet d’une publication dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Le biochimiste Jean-François Côté, de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), s’intéressait à la protéine DOCK1 depuis son stage postdoctoral en Californie au début des années 2000. À l’époque, des scientifiques avaient identifié chez la drosophile et le ver C. elegans plusieurs gènes, dont celui responsable de la synthèse de DOCK1, qui induisaient la migration cellulaire. M. Côté a d’abord élucidé le mécanisme moléculaire par lequel la protéine DOCK1 entame la migration rapide des cellules dans lesquelles elle est exprimée. « Comme ces gènes ont été conservés au cours de l’évolution, on a alors suspecté leur implication dans le développement de métastases chez les humains », a souligné en entrevue le chercheur qui dirige aujourd’hui une unité de recherche à l’IRCM.


La protéine activée


Plus récemment, l’équipe de M. Côté a étudié la contribution de DOCK1 dans la dissémination des cellules cancéreuses chez des souris atteintes d’un cancer du sein du sous-type HER2+ qui est associé à un faible taux de survie parce qu’il se propage et forme des métastases plus rapidement que les autres sous-types de cancer. Les chercheurs ont alors découvert que les récepteurs HER2+, qui sont particulièrement abondants dans les tumeurs de type HER2+, s’associent physiquement aux protéines DOCK1 présentes dans la cellule. Cette rencontre « active la protéine DOCK1, qui induit alors la migration de la cellule », explique M. Côté tout en spécifiant que cette migration a été observée au microscope électronique. Et comme autre preuve : les souris ont développé considérablement moins de métastases lorsque les chercheurs ont inactivé le gène synthétisant DOCK1 dans les glandes mammaires de ces mêmes souris.


Les chercheurs de l’IRCM ont ensuite analysé le niveau d’expression des gènes chez des patientes atteintes d’un cancer du sein. Ils ont alors observé que celles qui présentaient un taux d’expression élevé du gène produisant DOCK1 étaient beaucoup plus susceptibles de voir leur cancer ressurgir sous forme de métastases.


Substance bloquante


L’autre bonne nouvelle est que l’équipe de M. Côté a collaboré avec le chercheur japonais Yoshinori Fukui, qui a mis au point une substance capable de bloquer la protéine DOCK2, laquelle facilite la migration de cellules immunitaires. Or, par un heureux hasard, cet inhibiteur paralyse aussi la protéine DOCK1 lors d’essais cellulaires. « M. Fukui a mis au point des drogues de deuxième génération qui pourront être utilisées sous peu chez la souris », affirme M. Côté, qui espère avoir accès à cette molécule dans un avenir prochain afin de l’éprouver chez ses souris atteintes d’un cancer HER2+. La molécule est toutefois protégée par des brevets qui en restreignent l’accès pour l’instant.


M. Côté ajoute que la protéine DOCK1 est probablement impliquée dans la formation de métastases de divers autres cancers. « Il s’agit d’une protéine centrale qui a été conservée au cours de l’évolution. Elle est également exprimée lors du développement embryonnaire précoce qui se caractérise par de nombreuses migrations cellulaires. Le cancer réexploite fréquemment des processus utilisés lors du développement précoce et qui étaient tombés en dormance », fait-il remarquer.